Zinalrothorn (4221m)

28 & 29 juillet 2016, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : Rothorngrat >> Arête nord

Configuration : boucle

Départ : Zinal

Orientation principale : sud-ouest

Cotation alpinisme : D-

Engagement : IV

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2600 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnon : Xavier Fœssel

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Zinalrothorn est une montagne de plus de 4000 mètres d'altitude, perchée entre le val d'Anniviers à l'ouest et le Mattertal à l'est. Elle fait partie d'une ceinture de hauts sommets; connue sous le nom de Couronne Impériale; également composée du Cervin, de la Dent Blanche, de l'Ober Gabelhorn et du Weisshorn. Réputée pour avoir un excellent rocher, la cime accueille de nombreux itinéraires d'alpinisme sur ses arêtes effilées. Sa voie normale, débutant de Zermatt et passant par la Rothornhütte, constitue déjà une ascension sérieuse.

 

La montée par l'arête sud-ouest, appelée Rothorngrat, et la descente par l'arête nord est une longue traversée technique et engagée. Fraichement revenu de Chine et pas au top de ma forme, l'arête nord en aller-retour me parait plus raisonnable mais Xavier, compagnon de cordée expérimenté, me convint de le suivre sur cette entreprise majeure. Ayant une confiance totale en ses capacités à gérer la sortie, nous partons donc pour un fabuleux voyage en haute montagne.

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

28 juillet 2016

 

Je retrouve mon ami à Martigny, où nous covoiturons jusqu'à Zinal. Les sacs minutieusement préparés, nous débutons la longue approche de la cabane du Grand Mountet. La marche s'effectue tout d'abord en rive droite du large fleuve de la Navisence, sur une longueur d'environ trois kilomètres. Un pont traversant le courant d'eau est franchi, et nous prenons enfin de la hauteur sur la rive opposée. En descendant quelque peu, nous gagnons une moraine qui se dessine à gauche du glacier de Zinal, dans le sens de la montée. 200 mètres en amont, je propose à Xavier de faire une halte pour déjeuner, à l'abri du vent sous de gros rochers.

 

Après un sandwich et quelques collations dans le ventre, nous contournons les flancs ouest et sud de l'imposante montagne du Besso, puis gagnons un passage étroit équipé de mains courantes, dominant des barres rocheuses. La dernière partie de la randonnée, se déroulant dans un immense amas de blocs rocheux, est moins plaisante mais offre une vue splendide sur les faces nord de l'Ober Gabelhorn et de la Dent Blanche.

Arrivés au refuge, nous faisons une courte sieste avant de refaire les sacs et de diner. Sans demi-pension, nous nous ravitaillons sur la terrasse du refuge, où le Zinalrothorn apparait temps à autre entre les nuages. Les températures chutant à vitesse grand V, il est l'heure de retourner au lit afin d'avoir un maximum d'énergie pour demain.

 

 

29 juillet 2016

 

Le réveil sonne, il est deux heures du matin. Un petit déjeuner consistant est primordial pour entamer cette longue journée en altitude. Nous sortons puis suivons machinalement la moraine dominée par le glacier du Mountet, que nous rejoignons vers 3200 mètres d'altitude. Crampons fixés aux chaussures, nous prenons la direction du nord-est puis traversons quelques crevasses sur de solides ponts de neige.

 

Rimaye franchi, Xavier prend la tête et me montre le chemin dans un raide couloir neigeux. D'une pente d'environ 50 degrés, la progression est douloureuse mais rapide. Arrivés sur la Rothorgrat, le vent fait son apparition. Au fur et à mesure que nous traversons les trois gendarmes et leurs difficultés rocheuses respectives, j'ai de plus en plus de mal à progresser sur ce terrain délicat. Manque de technique, d'acclimatation et d'entrainement physique, je suis comme je peux mon collègue entrainé. Les points positifs se résument pour ma part à un excellent rocher rendant la grimpe plaisante et une météo qui s'améliore de minute en minute.

Après avoir galéré dans le fameux pas de V+ pendant bien cinq minutes, nous arrivons à la Gabel, brèche commune à la voie normale. Le terrain devient bien plus simple, Dieu merci ! Les plaques Biner sont surpeuplées par les cordées qui montent et celles qui descendent, les croisements sont délicats. Le verglas ne rend pas les choses plus faciles mais ne nous empêche en rien de continuer. Les deux derniers gendarmes sont contournés, la croix marquant le point culminant se rapproche significativement, me redonnant le moral dans le supplice que je suis en train de vivre...

 

Au sommet, la vue sur l'ensemble des 4000 suisses est imprenable. Le Weisshorn, le grand voisin du Zinalrothorn est cependant pris dans d'imposants nuages. Encore lucide, je tente d'avaler une barre mais la recrache aussitôt. Je suis pris par de fortes nausées mais me force à rester concentré. En effet, toute l'arête nord doit être descendue et aucun faux pas ne sera pardonné.

Grâce à mon ami Xavier, nous désescaladons prudemment les différents ressauts qui nous font face : d'abord la Bosse avec un grand rappel, puis la Bourrique avec une traversée horizontale très aérienne. Nous gagnons le Sphinx que nous contournons versant Mountet puis enfin le Rasoir. Encore quelques difficultés rocheuses nous font face, cependant négligeables par rapport à ce que nous avons surmonté. Nous gagnons l'Épaule puis descendons l'arête de neige menant au Blanc de Moming. Le glacier du Mountet est rejoint, je commence à souffler de nouveau.

Au refuge, je remarque que j'ai laissé une sangle avec quatre friends au niveau de l'Épaule. Ma fatigue extrême m'aura donc finalement joué des tours. Pris de remords et de colère, nous nous remettons en route. Sur ma route, je croise un espagnol, Diego, qui me demande les conditions du jour. Je lui explique au même moment que j'ai laissé du matériel sur le début de l'arête nord. Il m'enverrait un message s'il retrouve mon matériel, lui qui a prévu de faire l'arête nord en aller-retour.

Nous revenons donc à Zinal vers 22 heures, à cause de mon état physique déplorable. Finalement, je retrouverai mon matériel grâce à Diego, un grand merci à lui ! Un grand merci à Xavier et sa patience sans faille, que j'ai mis à rude épreuve. Une course dont je me souviendrai et qui m'aura appris beaucoup, notamment à ne pas griller les étapes lorsque physique et technique ne sont pas au rendez-vous...

Cette traversée est technique, physique et engagé. Un entrainement solide et une expérience de la haute montagne me semblent être les éléments clefs pour être efficaces et prudents dans ce genre d'ascension.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".