Trifthorn (3728m)

24 avril 2018, Alpes pennines, Suisse

 

 

Itinéraire : face nord-ouest & arête nord-est

Configuration : aller-retour

Départ : Zinal

Orientation principale : ouest

Cotation descente : 4.1

Exposition : 2

Conditions rencontrées : excellentes

Dénivelé positif : 2200 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnon : Guillaume Houard

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Trifthorn est un sommet suisse, appartenant au massif des Alpes pennines. Plus précisément, il est situé sur la longue arête reliant le Zinalrothorn au nord de l'Ober Gabelhorn au sud. Ces derniers sont deux montagnes, dépassant les 4000 mètres et appartenant à la Couronne Impériale de Zinal. Le Trifthorn, plus modeste, peut être gravi en été comme en hiver. La cabane du Grand Mountet, construite à 2886 mètres d'altitude au nord-ouest de la cime, permet de couper l'ascension en deux.

Au printemps, la face nord-ouest du Trifthorn offre un magnifique itinéraire de ski-alpinisme. Il se conclut par l'arête nord-est, aboutissant au point culminant. Les conditions étant très bonnes dans le secteur, je propose la sortie à mon ami Guillaume. Ayant gravi le Zinalrothorn deux ans auparavant, je connais déjà l'approche, commune jusqu'au glacier du Mountet. L'objectif du jour consiste à atteindre le Trifthorn d'une traite.

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Je retrouve Guillaume devant l'église de Lugrin, à trois heures du matin. Ensemble, nous co-voiturons jusqu'à Zinal, au bout du magnifique val d'Anniviers. Deux heures plus tard, toujours dans la nuit noire, nous nous équipons minutieusement. Peu de temps s'écoule lorsque l'équipe est prête pour entamer la longue ascension du jour, skis aux pieds.

 

La première étape, peu intéressante, consiste à gagner le glacier de Zinal plein sud. Pour se faire, il est nécessaire de remonter le fond de vallon, sur un terrain très plat. À la frontale, nous longeons le fleuve de la Navisence en rive droite, sur trois kilomètres. Quarante minutes plus tard, nous changeons de rive par un large pont en bois, traversant le cours d'eau. En face, nous prenons enfin de la hauteur par le chemin d'été. Il permet d'accéder au Vichiesso, après une courte descente, lieu-dit offrant une vue imprenable sur la cime du Besso.

Nous continuons, toujours plein sud, très motivés. L'imposant Weisshorn se dévoile au loin, plus à l'est. Les arbres se font, tout naturellement, de plus en plus rares au fur et à mesure que nous avançons. En amont de la partie boisée, nous suivons encore la Navisence. En période estivale, il faut la retraverser afin de rejoindre la moraine qui borde le glacier en rive droite. En périodes hivernales et printanières, nous continuons à droite du fleuve jusqu'à trouver le front glaciaire. 

 

Nous voici désormais encordés. Rapidement, nous cernons une entrée dans le glacier de Zinal, formant une grotte d'un bleu très pur. Guillaume me propose d'y aller faire un tour au retour. La pente se raidit quelque peu, les températures sont froides et le vent fait son apparition. Droit devant, les sommets prennent d'ores et déjà les premiers rayons de soleil. Parmi eux, je reconnais les silhouettes imposantes de la Pointe de Zinal, ainsi que celle du Grand Cornier plus proche. 

 

Plus haut, vers 2600 mètres d'altitude, nous bifurquons au sud-est, dans la direction du Trifthorn. L'Ober Gabelhorn et sa très belle face nord entrent en jeu. Juste à sa droite, c'est le Mont Durand qui se dresse, bien plus modestement. Derrière nous, la Dent Blanche fait son apparition. Nous longeons les rochers qui accueillent la cabane du Grand Mountet, en amont de notre position. À proximité du Roc Noir, nous gagnons le glacier du Mountet plus au nord-est, par une courte descente suivie d'une section plus raide.

 

Le terrain se fait désormais soutenu. Ainsi, nous enchainons les conversions et gagnons efficacement en hauteur, plein est. Sur notre gauche, la grande face ouest du Zinalrothorn nous écrase. Plus haut, vers 3000 mètres, une petite pause s'impose. Après s'être ravitaillés correctement, il est temps de reprendre la route. Nous passons à proximité d'une grosse barre de séracs, avant d'atteindre un petit plateau moins raide. Ici, le sommet du Trifhorn s'approche significativement. 

 

Nous rencontrons la rimaye de ladite montagne, bien bouchée. À celle-ci, nous troquons skis contre crampons et gravissons le mur neigeux, incliné à environ 45 degrés. Un petit col est gagné et poursuit sur la large l'arête nord-est de la cime. Le sommet du Trifthorn est désormais à portée de main. L'un derrière l'autre, nous gravissons l'ultime centaine de mètres. Toujours sur un terrain neigeux, nous sommes cernés par de grosses corniches à gauche, ainsi que par des plaques de glace à droite. Sous le point culminant, nous franchissons un ressaut rocheux facile, puis enchainons le dernier segment mixte de l'ascension.

Le sommet est enfin gravi, il est midi ! Au loin à l'est trône l'imposant Mont Rose, ainsi que la chaine des Mischabels. Tout proche au nord se dresse le Zinalrothorn, sans égal. À l'ouest, le duo Grand Cornier-Dent Blanche découpe l'horizon. Au sud-ouest, ce sont la Wellenkuppe et l'Ober Gabelhorn qui composent le paysage. Malgré le peu de place qu'offrent ces lieux privilégiés, mon ami nous confectionne un banc avec brio, afin que l'on puisse se ravitailler agréablement sur l'or blanc.

Ne pouvant pas skier les derniers mètres de la montagne, nous débutons la descente en crampons. Une fois les maigres difficultés surmontées, nous chaussons les skis dans ce décor de rêve. L'attention doit cependant être au rendez-vous. Effectivement, il est utile de rappeler qu'à droite, l'abime masqué par les corniches n'est pas loin. À gauche, la glace présente en grande quantité ne doit pas offrir un ski d'une qualité extraordinaire.

Revenus sur un terrain plus propice au ski, la pente au dessus de la rimaye est raide mais offre une excellente neige. Les virages sautés s'enchainent jusqu'à la rimaye. Le glacier du Mountet propose une neige de printemps revenue à la perfection. Très rapidement, nous skions en profitant au maximum des superbes conditions. En faisant attention aux séracs, nous regagnons le glacier de Zinal très rapidement.

 

Toujours sur une moquette de neige exquise, nous retrouvons la fameuse grotte de glace. Nous déchaussons puis allons y faire un tour. Après avoir immortalisé les lieux maintes fois, nous remontons à la surface puis rechaussons. Des images plein la tête, le sourire jusqu'aux oreilles, il est l'heure de rentrer à la maison.

 

Nous retrouvons le Vichiesso puis déchaussons afin de remonter quelque peu, avant de re-skier à nouveau. Il ne suffit que de suivre le chemin enneigé et ce, jusqu'au pont en bois traversant la Navisence. Une fois retraversé, la séance de ski de fond  peut commencer. En poussant sur les bras et en musclant correctement les épaules, nous revenons au parking.

Le Trifthorn est un sommet panoramique, offrant une ambiance glaciaire de toute beauté. Gravir la cime en un jour constitue un beau défi, d'un dénivelé et d'une distance conséquents. À grandement conseiller pour tous les amateurs de ski-alpinisme !

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".