Täschhorn (4491m)

10 juin 2018, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : face nord-ouest

Configuration : aller-retour

Départ : Randa

Orientation principale : nord-ouest

Cotation descente : 5.1

Exposition : 3

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3150 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnon : Robin Marquis

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Täschhorn, avec ses 4491 mètres d'altitude, constitue le dixième plus haut sommet des Alpes. Appartenant au vaste massif des Alpes pennines, il trône entre le Mattertal à l'ouest et le Saastal à l'est. La montagne est dominée de près par le célèbre Dom des Mischabels, plus haute cime entièrement située en Suisse. Tous les itinéraires menant au Täschhorn sont longs et possèdent des difficultés techniques notables. Ainsi, il est rendue sauvage et exigent. En périodes estivales, l'arête méridionale est l'une des voies les plus prisées. Un abri non gardé est construit à son pied, le Mischabeljochbiwak, perché à 3855 mètres.

La face nord-ouest est considérée comme la voie normale du géant. Elle démarre du village de Randa, puis passe par la Kinhütte. S'en suit le Kingletscher, zone glaciaire habituellement très tourmentée. Ayant eu un hiver conséquent en neige, ce dernier est actuellement bien bouché. En cette fin de printemps, je propose à Robin de m'accompagner, afin de skier la face. N'ayant qu'un jour de disponible, nous tenterons l'ascension d'une traite, depuis la vallée. Conscient qu'il s'agit d'un défi physique et technique important, la réussite pourrait clore joliment la saison de ski. 

Galerie

Récit de l'ascension

 

09 juin 2018

 

Ayant fini le travail à 19 heures, je rentre chez moi puis récupère mes sacs préparés la veille. Voiture chargée, je retrouve mon ami Robin sur l'autoroute de la vallée du Rhône, au relai du Grand Saint-Bernard. Il est environ 21 heures 30 lorsque l'équipe est au complet. Ensemble, nous co-voiturons pour le Mattertal, que nous remontons jusqu'au hameau de Randa. Celui-ci est gagné vers 23 heures, dans la nuit noire.

L'objectif immédiat est de planter la tente discrètement, le camping étant interdit dans toute la zone. Après quelques instants d'hésitation, Robin me propose de garer la voiture sur un chemin forestier, à proximité du Matterhorn Golf Hotel. N'étant pas les mieux cachés, nous y installons tout de même notre abri primaire, derrière mon véhicule. Il n'est pas l'heure de tergiverser, nous devons absolument nous reposer. Conscients que la nuit sera courte, ce ne sera pas le cas de l'ascension de demain.

 

10 juin 2018

 

Le réveille marque les trois heures du matin. Nous replions les sacs de couchage ainsi que la tente, que nous glissons dans le coffre de ma voiture. Je gare cette dernière sur le parking de l'hôtel cité précédemment, avant de petit-déjeuner et de préparer les affaires avec Robin. En ce début juin, nous savons que le portage sera long. La décision commune consiste à réaliser toute l'approche en basket, afin d'être efficace au maximum. Ainsi, la charge sur les épaules est conséquente, les skis et les chaussures de ski devant être fixés aux sacs.

 

Le départ est donné à quatre heures moins le quart. Nous pénétrons ainsi dans une forêt dense, en suivant les indications pour la Kinhütte. Le rythme adopté est soutenu, malgré le poids des charges et la raideur du terrain. J'essaye de suivre mon ami de près, très entrainé. À la lumière de nos frontales, la prise d'altitude est efficace. Quelques petites cabanes en bois sont surpassées, au fur et à mesure que nous enchainons les sentiers en lacet. À travers les arbres, plus à l'ouest, la magnifique silhouette enneigée du Weisshorn tranche avec le ciel étoilé, passant du noir brut à un bleu très foncé.

Plus haut, au point côté 2224, nous faisons une petite pause. Les premiers 800 mètres de dénivelé ont été avalés en une heure environ. À la lisière des sous-bois, nous partons à droite puis perdons quelque peu en altitude. Nous rejoignons ensuite les vires dominant la gorge du Wildikin, en rive droite. La vue se dégage, nous laissant profiter de la célèbrissime forme pyramidale du Cervin, au sud-ouest. Plus à gauche, le Klein Matterhorn se dévoile bien plus timidement. L'abysse est proche mais nombreuses sont les mains courantes sécurisant le passage exposé. À flanc de paroi, nous avançons toujours à bon rythme.

Un peu plus loin, il est nécessaire de traverser une petite grotte, creusée à même la roche. La surprise est grande lorsqu'une lumière automatique s'allume, détectant nos mouvements. Même en pleine nature, la Suisse nous étonne agréablement ! Skis sur les sacs, il est obligatoire de marcher penché, le passage étant bas de plafond. À sa sortie, d'autres vires équipées doivent être empruntées. Derrière nous, les 4000 du coin prennent d'ores et déjà le soleil. Le Zinalrothorn et le Weisshorn s'embrasent, le paysage est rendu magique !

Vers 2200 mètres, nous rejoignons l'Europaweg, célèbre sentier de randonnée reliant Grächen à Zermatt. Nous bifurquons alors à gauche, en direction de la Kinhütte. L'itinéraire serpente à nouveau et se raidit. En amont, plus à l'est, nous passons sous la cabane susmentionnée, non gardée à cette époque de l'année. S'en suit une moraine, très pentue et physiquement éprouvante.  Je souffle et m'arrête régulièrement. Nous la quittons pour descendre quelque peu sur notre droite, dans le but de rejoindre le premier névé s'offrant à nous, vers 2750 mètres d'altitude. 

 

Après 1400 mètres de portage donc, nous chaussons enfin les chaussures de skis et les lattes ! Les baskets sont laissées sous un rocher, bien cachées. Une pause s'impose pour reprendre un peu d'énergie, en buvant et en mangeant. Bien moins chargés, l'impression de ne rien porter est très agréable ! Les névés à gravir sont raides, nous imposant de multiples conversions. Sous le Kingletscher, nous déchaussons puis empruntons un petit couloir en neige, que nous remontons à pied.

Désormais, l'immense Täschhorn est visible. Après avoir longé les contreforts du Grabenhorn, nous atteignons la rive droite du Kingletscher. Celui-ci parait débonnaire sa partie inférieure. Rapidement, nous venons butter contre une grande barre de séracs, qu'il faut contourner par la rive opposée. Nous traversons donc vers la droite, pour passer l'obstacle esthétique. Une fois fait, une deuxième série de séracs fait face. À nouveau, un changement de rive s'impose. Cette année, le glacier est très bien bouché mais lorsque l'enneigement est faible, les lieux doivent être bien plus chaotiques. Mon rythme diminue, la fatigue monte.

 

Un vaste plateau est rejoint, vers 3700 mètres. La prochaine étape est d'atteindre la crête sommitale du Kinfelsen, par le sud-est. Une fois dessus, j'hésite m'en arrêter là. Robin, encore en bonne forme, me motive à continuer. Je décide de tenter le coup, à rythme très calme. Après une longue pause, les skis sont échangés contre les crampons et les piolets sont de sortie. En effet, un bombement raide nous fait face. Ce dernier donne accès à l'épaule 3812. Arrivés à cette dernière, nous nous trouvons à la base de l'imposante face nord-ouest du Täschhorn. Au loin, nous voyons quatre personnes dans cet itinéraire compliqué.

Peaux de phoque à nouveaux aux pieds, nous progressons et entrons dans la face par une large pente neigeuse, cernée par deux barres de séracs. Nous comprenons que toute la suite de l'itinéraire est bel et bien exposé, le versant glaciaire est suspendu. La trace présente sur l'itinéraire nous facilite grandement la progression. Plus haut, de gros séracs font obstacle à nouveau. Pour les éviter, il est obligatoire de réaliser une traversée ascendante droite. Une fois faite, un passage raide impose à nouveau les crampons. Au fur et à mesure que la journée avance, le ciel se voile et les nuages nous rattrapent. Derrière, le Cervin et le Weisshorn sont déjà dans la tourmente.

Fatigués par l'effort et l'altitude, nous déposons les sacs puis décidons de finir plus légers. La pente se calme, nous remettons les skis. Le brouillard et les éclaircies s'enchainent. Quelques conversions plus tard, nous laissons nos instruments de glisse, afin de gagner encore du poids. Le terrain redevient raide et ce, jusqu'à l'arête sommitale du Täschhorn. Une fois de plus, crampons aux chaussures et piolets à la main, nous grimpons.

 

Sortis sur l'arête, cette dernière se fait effilée mais facile. La sensation d'être en ciel et terre prend tout son sens. La météo, bien que mitigée, rend l'ambiance très particulière. J'immortalise ces instants uniques, avant de reprendre la route. Nous contournons un petit obstacle rocheux par sa gauche, en entreprenant une traversée neigeuse. S'en suit un court pas d'escalade, nous menant à l'ultime pente de neige d'une dizaine de mètres.

Le sommet du Täschhorn, matérialisé par une belle croix métallique, est gagné vers 13 heures 30 ! Malheureusement, les nuages se font plus épais et nous empêchent de profiter pleinement du panorama grandiose. Je remercie Robin de m'avoir motivé à venir jusqu'ici. Je gravis à cet instant mon quarante et unième 4000 des Alpes, marquant ainsi la moitié de mon projet consistant à tous les faire ! Les températures ne sont pas froides, le vent est absent.

 

Après avoir soufflé quelque peu, nous repartons rapidement. Prudemment, nous descendons la courte pente finale puis évitons le petit pas d'escalade, par une autre pente de neige plus commode. La traversée de l'arête est enchainée, les skis sont vite retrouvés. Les peaux de phoque sont enlevées, il est temps de revenir à des altitudes plus raisonnables ! Quelques virages plus tard, dans un brouillard mêlé d'éclaircies fugitives, les sacs sont à nouveau de la partie.

 

En faisant une petite pause, le ciel se dégage, nous permettant ainsi d'entreprendre la descente de façon agréable et sécurisée. En effet, l'exposition n'est pas négligeable dans cette face glaciaire suspendue. Grâce à des conditions nivologiques très correctes, l'épaule 3812 est vite regagnée. La descente du bombement, bien pentue, est enchainée avec concentration. Le terrain s'aplanit et offre toujours du bon ski, sur les reliefs du Kingletscher. Rapidement, nous quittons la zone glaciaire et skions les derniers névés.

 

Les baskets sont récupérées. Nous trouvons encore un peu de neige, à gauche de la moraine, empruntée à la montée. Les derniers virages s'effectuent. À 2700 mètres d'altitude, nous rencontrons une petite bâtisse en béton, offrant une terrasse panoramique. Une halte s'impose, avant d'enchainer les 1300 mètres de dénivelé, à réaliser sur un terrain exigeant et sans répit. Nous quittons définitivement les chaussures de skis et refaisons les sacs. Heureux de renfiler les baskets, ce bonheur est vite atténué quand je remets le sacs sur les épaules.

À bon rythme, nous perdons en altitude. Successivement, nous cernons à nouveau la Kinhütte, puis retrouvons le croisement avec l'Europaweg. Apparaissent ensuite les vires équipées, entrecoupées du fameux tunnel. Pour retrouver le point côté 2224, une remontée courte mais douloureuse doit s'effectuer. En ayant fini avec le dénivelé positif, il reste encore 800 mètres à descendre, en sous-bois. Trois quart d'heure plus tard, nous revenons dans les belles rues typiques de Randa. Je paye ma place de parking à l'hôtel, comme indiqué sur le panneau, avant de reprendre la route.

 

Le Täschhorn représente une véritable épreuve sportive. Au printemps, lorsque la face nord-ouest est skiable, la Kinhütte n'est pas gardée et n'offre aucun local d'hiver. Ainsi, il est nécessaire d'apporter tout le matériel de bivouac, ou d'enchainer les 3150 mètres de dénivelé depuis la vallée.

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".