Pointe de Charbonnel (3752m)

20 avril 2017, Alpes grées, France

 

Itinéraire : face nord

Configuration : aller-retour

Départ : les Vincendières

Orientation principale : nord

Cotation descente : 4.1

Exposition : 3

Conditions rencontrées : excellentes

Dénivelé positif : 1950 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnons :

  • Audrey Noraz

  • Raphaël Salomon

Présentation du sommet

La Pointe de Charbonnel est une cime française de Haute Maurienne, appartenant au département de la Savoie. Située au sud du massif des Alpes grées, elle en représente le point culminant. Méconnue du grand public, elle domine son voisin plus petit, le célèbre Albaron qui trône plus au nord-est. Notre montagne constitue une destination sauvage pour la pratique de l'alpinisme, en période estivale. Au printemps, lorsque les conditions nivologiques s'y prêtent, il est possible de skier son large versant nord.

 

Ce dernier domine la vallée d'Avérole de plus de 2000 mètres. Défendu par de nombreuses barres rocheuses sur sa partie inférieure et aboutissant au glacier de Charbonnel, il offre un itinéraire somptueux en termes de ski-alpinisme. Ayant gravi la veille l'Albaron avec mon ami Raphaël, nous décidons d'enchainer avec cette sortie. Nous passerons donc une deuxième nuit dans le camion aménagé de son père, dans les environs de Bonneval-sur-Arc. Sa copine, Audrey, se joindra à nous le matin-même.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

Après une nuit glaciale dans notre maison mobile, garée aux Vincendières, nous nous réveillons au pied de la face nord de l'objectif. Cinq heures et quinze minutes marquent l'instant du petit-déjeuner. Affaires minutieusement préparées, Audrey fait son apparition à six heures pile, comme convenu. Le départ de cette longue ascension est donné peu de temps après, sous des températures encore bien basses.

Prêts à en découdre, nous marchons premièrement sur la route goudronnée menant à Avérole. S'en suit une traversée de torrent par un pont plus à l'ouest, menant sous l'immense face septentrionale du Charbonnel. C'est ici que la neige fait son apparition, ce qui nous permet désormais de progresser skis aux pieds. Une fine couche de fraiche s'est déposée durant la nuit. Nous devrons donc tracer jusqu'en haut, étant aujourd'hui seuls au monde. Au beau milieu d'un terrain plus que chaotique, essentiellement composé d'anciennes coulées d'avalanche et parsemé de mélèzes, les deux cent premiers mètres de dénivelé sont avalés.

Très vite, les conversions deviennent pénibles et problématiques. Il est temps de troquer les skis contre les crampons, les sacs s'alourdissent donc en conséquence. Une première langue de neige, coincée entre deux petites barres rocheuses, est remontée efficacement. En amont, le soleil fait son apparition lorsque nous gagnons une large pente enneigée, butant sous les premières grandes falaises du versant. Toujours à pied, il est nécessaire de prendre de la hauteur tout en obliquant vers la droite. 

Vers 2200 mètres d'altitude, le point faible de la face est cerné. Effectivement, un couloir de neige se dessine entre les vastes murs rocheux. Au dessus, je vois ce dernier qui se divise en plusieurs branches, toutes entrecoupées par de nombreux ressauts. Inutile donc de se demander où se trouvent les difficultés techniques de la course. À tour de rôle, nous nous relayons pour tracer dans ce terrain raide et parfois exposé. Certaines sections demandent de l'attention, notamment lorsqu'il est obligatoire de franchir directement les obstacles.

Vers 2700 mètres, où le terrain s'avère moins pentu, nous remettons les skis aux pieds. Une centaine de mètres en amont, je suis victime de maux de ventre et de nausées. Heureusement, mes deux collègues en forme m'aident grandement en traçant devant moi. Tant bien que mal, j'essaye de garder leur rythme. Je suis conscient que le sommet ne sera pas gagné sans souffrance, mais je rêve de gravir la cime depuis un moment. En prenant mon courage à deux mains, je continuerai sans rien lâcher. 

 

Le glacier du Charbonnel est rejoint peu après. La neige se fait de plus en plus bonne, la descente risque de promettre du grand ski. Raphaël continue de tracer, sans montrer une once de fatigue et est suivi de près par Audrey. Pour ma part, je suis contraint de m'arrêter toutes les cinq minutes et de souffler. Les conversions s'enchainent et le paysage de fait de plus en plus beau. Désormais, la vue sur la vallée d'Avérole se fait très aérienne et contraste avec le glacier suspendu sur lequel nous nous trouvons.

 

La montée en peau sur cette seconde partie d'ascension, bien moins technique que la première, est interminable. Vers 3600 mètres, les nausées se dissipent miraculeusement et me réconforte quant à ma chance de fouler le point culminant. Sous ce dernier, la neige devient grandement soufflée. Les derniers efforts sont rudes et le souffle est court.

Le sommet est gagné vers 14 heures. Quel plaisir d'être sur le point culminant des Alpes grées, massif partagé entre France et Italie ! D'ici, bon nombre de sommets majeurs des Alpes sont visibles. Massifs du Mont-Blanc, de la Vanoise, des Alpes pennines et des Écrins sont ceux qui se détachent le mieux à l'horizon. Le froid est intense et le vent se fait non négligeable.

Prêts pour revenir à la civilisation, nous skions directement depuis le sommet. La neige fraichement tombée offre des conditions de rêve ! Le glacier est en parfaites conditions et les virages s'enchainent dans cet environ grandiose. Les lieux déserts comme à la montée, le moment devient encore plus beau.

 

En amont des barres rocheuses, le sourire jusqu'aux oreilles, la concentration doit désormais être au rendez-vous. Prudemment, nous skions à tour de rôle en prenant garde de ne pas faire une faute de carre et de ne pas s'écarter de l'itinéraire de montée. L'exposition diminue ensuite significativement. Il ne reste plus qu'à franchir les vieilles coulées d'avalanche, où un border cross s'est formé par les anciens passages de skieurs. Revenus au pont, cinq minutes de marche sur la route d'Avérole nous ramènent naturellement à la voiture.

La face nord du Charbonnel est sublime à skier. Non sans risque, il est primordial de repérer l'itinéraire pour éviter de se retrouver prisonnier entre les nombreuses barres qui entrecoupe la voie.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".