Pico de Orizaba (5740m)

05 & 06 septembre 2014, cordillère néovolcanique, Mexique

 

Itinéraire : par le glacier Jamapa

Configuration : aller-retour

Départ : refuge Piedra Grande

Orientation principale : nord

Cotation alpinisme : PD-

Engagement : III

Place dans la cordée : second puis seul

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1450 mètres

Compagnon : Paco Trad puis seul

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Pico de Orizaba représente le point culminant du Mexique, mais aussi le plus haut volcan d'Amérique du Nord. Ainsi, il fait partie du célèbre défi sportif des sept sommets volcaniques, consistant à gravir le plus haut volcan de chaque continent. Éteint depuis 1846, il se situe à 250 kilomètres de la capitale mexicaine, entre les états de Veracruz et de Puebla. Les mexicains l'appellent également "Citlaltepetl", signifiant "montagne étoilée" en langage nahuatl.

 

L'itinéraire traversant le glacier Jamapa, le plus grand du pays, est considéré comme la voie normale de la cime. Vivant cinq mois au Mexique dans le cadre de mes études, ne pas gravir le Pico de Orizaba n'est à mes yeux pas envisageable. Ayant escaladé le troisième plus haut sommet mexicain la semaine dernière, l'Iztaccihuatl, j'estime mon acclimatation suffisante pour tenter l'ascension de la montagne. Je contacte Paco, guide local pour m'accompagner.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

05 septembre 2014

 

Je rencontre mon guide à Mexico. Pour cette excursion dans une zone reculée, je préfère être accompagné car au Mexique, la sécurité n'est pas toujours optimale. Après plus de quatre heures de bus, nous arrivons au petit village de Tlachichuca, perché à 2600 mètres d'altitude. Ce dernier constitue généralement le point de départ de l'ascension. Nous achetons du poulet et des tortillas pour avoir de quoi manger, avant ou après la course.

 

Nous trouvons ensuite la maison de Joaquín Canchola Limón, chargé de nous conduire jusqu'au refuge Piedra Grande, à 4260 mètres d'altitude. En effet, il est possible de faire la longue approche en 4x4. La route se déroule sur une piste carrossable en forêt, où le brouillard se fait omniprésent. Plus nous progressons et plus la végétation se fait rare. Il nous faudra environ une heure de transport mouvementé pour atteindre la bâtisse.

 

Joaquín nous laisse un bidon d'eau de 10 litres puis repart aussitôt. Le rendez-vous est fixé le lendemain vers 10 heures 30 du matin, pour qu'il nous redescende au village après l'ascension. Le gîte, non gardé, est très sale et j'entends les rats se balader à l'intérieur. Je mange un morceau puis me couche sur une grande planche de bois faisant office de lit. Le confort des cabanes des Alpes n'est pas au rendez-vous. Paco s'endort vite mais pour ma part, impossible de trouver le sommeil. Je commence à somnoler puis me fais réveiller en sursaut par un bruit. J'allume ma frontale pour découvrir que je suis nez à nez avec un énorme rat !

 

Je décide alors de me promener dehors. Je croise un mexicain, venu en buggy, avec qui je commence à discuter. Il me montre des photos de lui sur le Pico de Orizaba qu'il a gravi il y a quelques années. Je retourne ensuite dans le refuge en essayant tant bien que mal de me reposer. Mon pied gauche a pris froid, erreur d'être sorti en baskets ! Après 30 minutes à masser mon pied, les sensations dans mes orteils reviennent. Je me recouche et arrive à somnoler un petit quart d'heure.

 

 

06 septembre 2014

 

J'entends le réveil sonner à trois heures du matin. Nous nous équipons et adoptons un rythme assez lent. Nous sommes tous les deux très fatigués par la petite nuit et par l'altitude. Le ciel n'est pas totalement dégagé et il fait très froid. Le terrain est chaotique, nous progressons au beau milieu de pierres volcaniques instables. Heureusement que Paco connait le pseudo-chemin car il serait impossible de s'orienter de nuit sur les flancs de cette montagne. Certains passages sont très raides, où il est nécessaire de poser les mains.

 

Il est cinq heures et demi du matin lorsque nous arrivons au pied du glacier Jamapa. Le jour se lève et nous voyons beaucoup d'éclairs au loin. Le ciel n'est actuellement pas menaçant mais il ne faudrait pas trainer si nous voulons atteindre le sommet. Le Pico de Orizaba est réputé pour être prisonnier des nuages les après-midi. Une fois encordés et les crampons aux pieds, nous continuons sur le glacier, raide et interminable. Je distingue les hauts volcans tels que le Popocatepetl et l'Iztaccihuatl, trônant au loin sur notre droite. Paco est fatigué et n'avance pas très vite. Il m'affirme qu'il faudra renoncer si nous continuons à ce rythme. En effet, le ciel commence à se charger aux alentours et le soleil se fait très discret.

 

Je décide donc d'aller le plus vite possible, seul, jusqu'au sommet. Je retrouverais Paco au pied du glacier. Je me désencorde et j'accélère. Heureusement que les crevasses sont inexistantes ici car progresser sur un glacier seul n'est pas la meilleure idée que j'ai eu. À cette vitesse-ci et à cette altitude, je souffre mais ma détermination est sans faille. J'avance machinalement, le souffle court, et m'arrête de temps en temps pour reprendre des forces.

 

J'arrive au bord de l'immense cratère, de forme elliptique. D'une profondeur maximale de 300 mètres et d'un diamètre de 480 mètres, ce dernier est magnifique et très impressionnant. J'aperçois enfin la croix à ma droite, quel bonheur de voir que le but est si proche ! Cinq minutes plus tard, j'accède au dôme sommital où se trouve un sanctuaire de croix, marquant le sommet.

 

J'y suis enfin, à 5740 mètres ! Je suis seul au monde et à cet instant, je me dis que je suis l'homme le plus haut du Mexique. J'immortalise les lieux et remarque enfin la hauteur à laquelle je suis. On pourrait presque y avoir le vertige, je domine les plateaux désertiques mexicains à perte de vue. Après une dizaine de minutes, je décide de redescendre pour rejoindre Paco au pied du glacier. Effectivement, il ne serait pas très raisonnable de rester seul plus longtemps.

 

Je perds rapidement de l'altitude sur le glacier. Retrouvant Paco, je souffre de migraine, vivement que je retrouve une altitude plus raisonnable ! Revenus au refuge sous un ciel gris, Joaquín et son 4x4 sont déjà là. Je somnole dans sa voiture, épuisé par cette sortie.

 

Le Pico de Orizaba est un incontournable à gravir. Sans acclimatation préalable, son ascension relèverait de la folie. De plus, sans connaitre la voie normale, son cheminement en pleine nuit serait très délicat à cerner.

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".