Pic de Tenneverge (2989m)

21 octobre 2018, Haut-Giffre, Suisse

 

Itinéraire : versant sud-est

Configuration : aller-retour

Départ : barrage d'Émosson

Orientation principale : est

Cotation randonnée : PD-

Dénivelé positif : 1100 mètres

Conditions rencontrées : bonnes

Fréquentation : non fréquenté

Compagnons :

  • Carrie Beadle

  • Fabien Lefaix

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Pic de Tenneverge est un sommet appartenant au massif du Haut-Giffre, trônant sur la frontière franco-suisse. Du côté français, la montagne domine très largement l'esthétique cirque du Fer à Cheval, par son versant nord-ouest. Haut d'environ 2000 mètres, il propose une voie d'ascension longue et très exposée. Il s'agit de l'itinéraire passant par le Pas Noir. Jacques Balmat, premier ascensionniste du Mont Blanc, aurait trouvé la mort en 1834 à proximité, entre le Tenneverge et le Grand Ruan.

La voie normale de la première cime évoquée, très sauvage, débute du barrage d'Émosson. Il s'agit d'une randonnée alpine, qui longe d'abord le lac éponyme par le sud puis par l'ouest. Après la courte traversée du glacier de la Finive, la voie aboutit au col de Tenneverge. L'itinéraire s'engage ensuite dans le versant méridional, raide et dangereux sur sa partie supérieure. Fraichement arrivé d'Équateur, Fabien me propose de l'accompagner. Sa copine, Carrie, fera également partie de la sortie.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Je gare ma voiture aux Houches, où je retrouve mes deux acolytes. Ensemble, nous co-voiturons jusqu'au parking du barrage. Au milieu des nombreux touristes venant profiter des lieux, nous nous équipons rapidement. Dès le départ, le panorama sur le lac d'Émosson est superbe ! La silhouette du Tenneverge apparait au loin, plus au nord-ouest. C'est à ce moment-là où je me rends compte qu'il faudra marcher des kilomètres, avant d'attaquer le dénivelé raisonnable du jour...

 

Nous rejoignons le restaurant tout proche du parking, où il est nécessaire d'emprunter la route goudronnée qui part à sa droite. Elle offre une courte descente, avant d'aboutir au barrage. Nous traversons l'édifice, proposant une vue déjà superbe sur le massif du Mont-Blanc. S'en suit la route du Vieux Émosson, qui contourne le lac par le sud. Son eau contraste parfaitement avec les arbres, vêtus de leurs magnifiques couleurs d'automne. Nous passons sous les Perrons de Vallorcine, que nous laissons sur notre gauche. Après deux kilomètres et demi environ, l'épingle cotée 1960 sur la carte suisse est gagnée.

 

À ce stade, il faut emprunter le chemin partant plein nord, s'apparentant au départ à une piste carrossable. Nous voyons au même moment un rocher où il est écrit "Tenneverge", en peinture rouge. Le lac est ainsi longé par sa rive ouest et ce, pendant quasiment trois kilomètres. La progression s'effectue sur un sentier plus étroit, situé entre lac et falaises. Quelques grimpeurs peuplent les environs, s'apprêtant à escalader les falaises de proximité. Plus loin, l'itinéraire change d'orientation, passant de plein nord à plein ouest. Désormais, le glacier de la Finive qu'il faut rejoindre est en vue. Légèrement plus au sud, la pente se raidit et forme quelques lacets à surmonter. Ils sont suivis d'une cheminée facile à gravir, donnant accès au dit-glacier. D'ailleurs, ce dernier s'apparente plutôt à un névé qu'à un véritable glacier.

Nous remontons sur une neige dure, avant de prendre pied sur un grand pierrier en rive gauche. Nous devinons un pseudo-chemin, timidement cairné. Il se redresse au fur et à mesure que nous nous approchons du col Vers l'Homme. Une ultime traversée ascendante y mène, plus au nord. Nous gagnons donc le vaste col, majoritairement composé de schistes. La face sud du Tenneverge, celle par laquelle nous allons passer, parait d'ici très impressionnante. Une sente discrète, coupant une facette instable, est empruntée. Nous esquivons un névé bien regelé, afin d'éviter une glissade stupide.

Peu après, nous découvrons le col du Tenneverge. Au sud-ouest, le large et sauvage vallon éponyme fait son apparition. Le cheminement astucieux, qui compose la seconde partie de la sortie, nous fait entrer petit à petit dans le versant complexe du Pic. Dans cet immense tas d'éboulis, la progression est parfois pénible. Le terrain se faisant bien plus raide, nous sommes contraints à poser les mains. En amont, sur un replat, nous cernons une grande barre rocheuse. Elle accueille de grandes vires, permettant de traverser vers l'épaule ouest. Il s'agit d'un passage obligatoire, constituant la porte d'entrée du sommet.

Sur cette section, exposée mais relativement aisée, la concentration est de rigueur. L'épaule occidentale est rejointe. J'admire le grand gendarme caractéristique de la face sud-est, se détachant tout particulièrement du relief tourmenté. L'arête sud constitue la prochaine étape de la course. Celle-ci propose un ressaut facile. Il donne accès à des banquettes rocheuses, entrecoupées de sections plates. Cependant, des assiettes schisteuses y sont entreposées, rendant la progression périlleuse. Au milieu de ce chaos minéral, raide et délicat, une cheminée de six mètres doit être escaladée. Le pierrier terminal représente le dernier obstacle. Nous gagnons en hauteur tant bien que mal, jusqu'à atteindre le plateau sommital. Le sommet est à portée de main, plus à droite.

Le point culminant du Tenneverge est sous nos pieds ! Il est matérialisé par une petite croix en bois, à moitié détruite. Il est 13 heures 30 environ. Le point de vue que nous offre cette montagne est tout simplement sublime ! Au sud, le massif du Mont-Blanc est toujours aussi impressionnant. Au sud-est; le lac d'Émosson parait bien petit. Dans la même direction, les silhouettes du Weisshorn, de la Dent Blanche et du Grand Combin se détachent tout particulièrement. Au nord-est, les autres montagnes du Haut-Giffre se dressent dignement. Parmi elles, j'admire tout particulièrement la Tour Sallière, nous dominant de peu. Je me penche légèrement vers la face occidentale, plongeante vers le "Bout du Monde". Il s'agit d'une randonnée très populaire, démarrant du cirque du Fer à Cheval. Aujourd'hui, 1800 mètres à-pic nous en séparent...

Après avoir profité d'un panorama exceptionnel, nous amorçons prudemment la descente. Effectivement, l'exposition et le terrain pourri qui caractérisent la partie supérieure de l'itinéraire ne sont surtout pas à négliger. Le pierrier terminal est rapidement passé. Les banquettes rocheuses sont négociées sans peine, mais l'attention ne doit pas être relâchée. À tour de rôle, nous franchissons la cheminée de six mètres. Successivement, les difficultés s'enchainent dans le sens opposé.

 

Le col de Tenneverge est regagné; après avoir retrouvé l'épaule ouest, la grande vire et la base chaotique de la face sud du Tenneverge. Une petite pause s'impose, dans le but de boire et de manger. Rapidement, nous rejoignons le col Vers l'Homme puis descendons le grand pierrier au dessus du glacier de la Finive. Il ne reste plus qu'à perdre de la hauteur sur cette zone enneigée, précédent la courte désescalade la première cheminée et les lacets. La dernière épreuve est de prendre son mal en patience, et de re-longer les rives ouest et sud du lac d'Émosson...

Le Pic de Tenneverge est très sauvage, et quelque peu technique sur le haut. Il représente, selon moi, l'un des plus beaux belvédères des Alpes ! La distance notable à parcourir avant le dénivelé n'est pas à négliger. Il ravira tous les amateurs de solide et de randonnée alpine.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".