Petite Dent de Veisivi (3183m)

07 septembre 2016, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : traversée des arêtes

Configuration : boucle

Départ : Satarma

Orientation principale : sud-est

Cotation alpinisme : AD

Engagement : II

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1400 mètres

Compagnon : Déodat Richard

Présentation du sommet

La Petite Dent de Veisivi est une montagne des Alpes pennines, située en plein cœur du val d'Hérens. Perchée au nord-ouest de la Grande, ce sommet domine le village suisse des Haudères. La cime est caractérisée par ses cinq tours rocheuses élancées, dressées les unes à côté des autres. Du sud au nord, nous distinguons tout particulièrement la troisième et la cinquième, reconnues respectivement comme le Grand Gendarme et le point culminant du chainon.

La traversée des arêtes représente une course d'alpinisme technique, sur un caillou de qualité. Elle permet de gravir les quatre antécimes divisant l'esthétique parcours, avant d'aboutir à la plus haute. Après avoir réalisé la voie du Roc Champion à la Petite Dent de Morcles, je pose la tente avec mon ami Déodat à Satarma, non loin d'Arolla. Nous profiterons de cette deuxième journée de beau temps, avec un objectif de taille dans la tête.

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Nous nous réveillons à trois heures du matin, sous la tente. Le froid est saisissant mais le ciel étoilé me donne une motivation sans faille pour entamer cette belle journée. Petit-déjeuner conséquent dans le ventre et matériel de bivouac dans la voiture, nous prenons nos sacs préparés soigneusement la veille puis débutons la marche d'approche.

 

Le pont de la Borgne d'Arolla est franchi, nous nous dirigeons au nord jusqu'à l'encontre de jolis petits chalets. D'ici, il est nécessaire d'emprunter une sente peu marquée, s'élevant dans une forêt dense. La raideur du chemin met directement dans le bain, l'effort en pleine nuit est rude. Une petite heure s'écoule lorsque nous traversons un immense pierrier, dévalant sur toute la face de la montagne sur laquelle nous progressons. Un sentier est gagné de l'autre côté mais sommes hésitants quant à l'itinéraire et l'orientation.

Après une dizaine de minutes de réflexion, nous revenons sur nos pas jusqu'au pierrier. Aucun chemin ne fait son apparition, aucun indice du col de Tsarmine que nous devons rejoindre. C'est décidé, nous remonterons directement l'immense amas de pierres qui nous domine, jusqu'à trouver la route. La montée est ingrate mais n'entame guère la motivation de la troupe. Pendant ce temps; le Pigne, le Mont Blanc de Cheilon et les Aiguilles Rouges d'Arolla prennent d'ores et déjà le soleil.

Sortis du chaos rocheux, nous gagnons de grandes pentes raides et herbeuses. C'est ici que l'arête de la Petite Dent de Veisivi se dévoile enfin ! Nous remontons un couloir terreux puis marchons sur de grandes roches horizontales, avant de dépasser la barre des 3000 mètres d'altitude.

Le col de Tsarmine est rejoint. Je redécouvre subitement la magnifique Dent Blanche qui nous fait face, telle une reine ! De bons souvenirs de l'été dernier, je ne peux m'empêcher d'immortaliser la vue dont nous jouissons actuellement. Désormais encordés et sous un soleil radieux, Déodat prend la tête puis m'ouvre le chemin.

 

Nous gravissons sans trop de difficultés la première dent, suite à un joli pas d'escalade de IV+. La deuxième tour s'enchaine. Au pied du crux de l'itinéraire, le Grand Gendarme, j'assure mon collègue qui franchit l'impressionnant passage puis passe à mon tour. Nous basculons en versant est, où le mot exposition prend tout son sens. Quelques pas délicats plus tard, nous voilà entre la troisième et la quatrième dent. Déodat désescalade puis m'aide à en faire de même, grâce à une courte échelle improvisée. Son aide est la bienvenue, étant bien moins à l'aise que lui sur ce genre d'acrobatie. La quatrième tour est gravie sur le fil, après un pas de IV. Une petit ravitaillement s'impose en versant est, avant de traverser une série de vires faciles.

Nous atteignons le sommet de la Petite Dent de Veisivi, enfin ! C'est à cet endroit précis que le Cervin fait son apparition. Suite à une approche cuisante et une longue traversée d'arête, il nous reste encore huit rappels à tirer. L'attention doit être au rendez-vous, une simple erreur nous amènerait directement au village des Haudères, en quelques secondes...

De retour, sur la terre ferme, Déodat trouve un appareil photo réflexe. Les difficultés ne sont pas terminées, nous devons encore désescalader quelques barres rocheuses. Un dernier petit rappel, où je laisse une sangle, est selon moi nécessaire pour ne pas se blesser. Le retour sera long et sans eau, la souffrance est amplifiée.

Revenus à Satarma, nous sympathisons avec quatre personnes de la vallée qui nous invite à diner. Déodat restant encore deux jours dans le coin, nous voulions faire l'Aiguille de la Tsa le lendemain mais nous serons trop fatigués. Nous décidons donc d'aller à Chamonix et dormir en camping, afin de faire une course pas trop longue; les Aiguilles Crochues !

Cette traversée vaut vraiment le déplacement ! L'approche longue et ingrate est largement récompensée par l'ambiance et la vue qu'offre l'arête. De plus, la qualité du rocher permet de profiter pleinement de l'escalade.

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".