Mont Viso (3841m)

11 & 12 juillet 2015, Alpes cottiennes, Italie

 

Itinéraire : face sud, par les lacs Forciolline

Configuration : aller-retour

Départ : Castello

Orientation principale : sud

Cotation alpinisme : PD-

Engagement : III

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2290 mètres

Compagnon : Gabriel Voisin

Présentation du sommet

 

 

Le Mont Viso, Monte Viso ou encore Monviso est un sommet mythique du Piémont. Source du plus grande fleuve d'Italie, le Pô, il représente également le point culminant des Alpes cottiennes. Le "Roi de Pierre" domine le Queyras mais n'en fait cependant pas partie, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Haute montagne fortement isolée, elle est visible depuis quasiment tous les massifs alpins. Nombreux sont les randonneurs faisant le tour ou les alpinistes gravissant ses 3841 mètres. Le Viso offre de nombreuses courses rocheuses dont l'arête orientale, alternative technique à la voie normale.

 

Située en face sud, cette dernière est un itinéraire d'apparence complexe. Il offre cependant une escalade facilitée par un balisage jaune omniprésent. De plus, le rocher est excellent tant que l'on ne s'écarte pas trop de la voie. La difficulté dépend de l'enneigement, qui peut rendre l'ascension difficile voire dangereuse. Un refuge non gardé, le bivouac de la Forciolline est présent à mi-chemin, à 2850 mètres d'altitude. N'ayant personne pour m'accompagner, je contacte des personnes sur Internet et tombe sur Gabriel, un grenoblois motivé pour aller gravir le Viso en ce mois de juillet.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

11 juillet 2015

 

Je rejoins mon contact à Grenoble pour covoiturer. Après un trajet de cinq heures, durant lequel j'ai la joie d'apercevoir le magnifique massif du Dévoluy, nous franchissons le col Agnel à 2744 mètres d'altitude. Deuxième plus haut col routier des Alpes française après celui de l'Iseran, nous basculons en Italie puis descendons jusqu'à Castello. Constituant le point de départ de la course, ce charmant village est niché au creux du Val Varaita.

Nous préparons soigneusement les sacs puis commençons la marche d'approche sous une chaleur épuisante. La charge sur les épaules est conséquente car nous portons le matériel de bivouac, excepté la tente. Effectivement, ayant peur que le sommet soit noir de monde un week-end de 14 juillet, nous allons a priori dormir dehors. L'idée serait de s'installer à proximité du bivouac Forciolline, qui est à mon avis déjà complet. La randonnée débute dans l'esthétique vallon de Vallante, sur une piste large et agréable. Nous prenons timidement de la hauteur en rive droite d'un torrent.

À l'encontre d'un hameau d'estive, il est nécessaire de bifurquer à droite, vers les 2000 mètres environ. Le dénivelé s'effectue désormais au beau milieu d'une forêt de mélèzes. Nous optons pour le chemin balisé par des marques jaunes, qui sous-entendent la direction du bivouac de la Forciolline. Le sentier se divise discrètement en deux dans les bois, il serait facile de s'égarer sans s'en rendre compte...

 

Revenus au soleil, la suite de l'itinéraire se raidit légèrement. Nous sommes ici dominés par l'impressionnante gorge de la Forciolline; passage raide, rocailleux et encaissé. L'effort est rude et nous devons gagner en altitude par celui-ci, sous un soleil de plomb. Nous franchissons trois passages câblés et contournons d'énormes blocs, sûrement détachés de la paroi ou apportés par le torrent que nous traversons régulièrement.

 

En amont de la gorge se trouvent quelques dômes de roches polies, précédant le magnifique plateau de la Forciolline. Le bivouac éponyme, ausi connu sous le nom de bivouac Boarelli, se détache de l'endroit minéral par ces couleurs vives. L'esthétique bâtisse date de 2005 et peut accueillir jusqu'à douze personnes. Quelle surprise lorsque je me rends compte que nous aurons de la place pour la nuit ! Nous sympathisons à l'intérieur avec trois belges, un français, un américain et un italien. Ce dernier, d'un certain âge, fera son soixante quatorzième Mont Viso demain. Quant à l'américain, Ryan, il deviendra l'un de mes futurs compagnons de cordée. Nous cuisinons puis allons nous coucher, après avoir passé une excellente soirée.

 

 

12 juillet 2015

 

Nous petit-déjeunons puis sortons du bivouac vers quatre heures et demi du matin. Ayant déposé tout le matériel de bivouac, les sacs à dos sont bien moins lourds. En contournant l'un des nombreux lacs par la droite, nous nous élevons ensuite dans un vaste éboulis. Grâce à l'excellent balisage, l'orientation dans ce chaos rocheux est grandement facilitée. l'itinéraire arrivant depuis le Pas des Sagnettes est rejoint, une autre approche de la voie normale. Le sommet du Viso est enfin visible, dominant l'immense face sud. Nous remontons une moraine lorsque les couleurs matinales rendent l'ambiance magique !

 

En gagnant le glacier du Viso, je constate que ce dernier est en fin de vie. Sans crevasse ni sérac, il s'apparente plus à un névé qu'autre chose. Nous prenons de la hauteur en le remontant tout droit, puis en rive gauche avant d'atteindre le bivouac Andreotti, perché à 3225 mètres. Jaune et vert, il contraste avec les couleurs monotones de la roche de la montagne. Accroché à la paroi avec des câbles, il constitue un abri de fortune en cas d'urgence. Un autre névé relativement raide et exposé nous fait obstacle et précède une traversée de vires, nous menant au plus profond de la face sud du géant.


Les choses sérieuses commencent ici, à partir de 3300 mètres d'altitude. Cependant, nous ne sortirons pas la corde car jugée inutile. L'italien de la veille, connaissant la montagne comme sa poche, nous double sans souci malgré son âge avancé. En remontant un couloir facile, je constate que l'itinéraire est balisé tous les trois mètres, grâce à la peinture jaune présente sur les rochers. L'escalade est rendue donc bien plus facile et rapide. Sans aucun repère, il serait extrêmement facile de se perdre ici, où le cheminement est loin d'être évident. Ressauts, vires et cheminées résument la suite du parcours. Nous passons à proximité d'un monolithe caractéristique, ressemblant à un masque africain puis traversons une vire exposée rejoignant l'arête orientale. Il ne nous reste que quelques obstacles faciles à escalader pour atteindre le sommet.

 

L'objectif est atteint ! De par l'isolement de la cime, j'ai l'impression d'être très haut en altitude. Depuis cette position privilégiée, le panorama est tout simplement exceptionnel ! Du Mercantour au Mont Rose, la vue sur les Alpes est unique ! Nombreuses sont les décorations présentes ici, entre la croix et les statues. Je rencontre Ryan et son collègue Antoine à cet instant. Des alpinistes provenant de l'esthétique l'arête orientale nous rejoignent cinq minutes plus tard.

 

Vingt minutes s'écoulent lorsque je propose à Gabriel d'entamer la descente. Prudemment, nous perdons de l'altitude dans la voie. En compagnie d'Antoine et de Ryan, le bivouac est vite rejoint, après avoir parlé de tout et de n'importe quoi. Gabriel sieste une trentaine de minutes à Forciolline, avant le long retour en vallée qui nous attend.

 

Le Mont Viso offre une voie normale facile et magnifique, lorsqu'elle est sèche. Sa position géographique et son aura en fait un géant alpin à gravir absolument !

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".