Mont Rose (4563m)

26 & 27 août 2018, Alpes pennines, Italie

 

 

Itinéraire : Spaghetti Tour

Configuration : boucle

Départ : Punta Indren

Cotation alpinisme : PD+

Engagement maximal : III

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2050 mètres

Fréquentation : très fréquenté

Compagnon : ​Sylvain Godelu

Présentation du massif

 

 

Le Mont Rose est le second plus haut massif des Alpes, précédé par celui du Mont-Blanc. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, son nom proviendrait des mots rouésa ou rouja issus du patois valdôtin, signifiant glacier. Il se localise entre le canton suisse du Valais et le val d'Aoste italien. Cet imposant royaume de neige comporte 18 sommets culminant à plus de 4000 mètres, dont la Dufourspitze étant la plus haute montagne helvétique. En général, les cimes du Mont Rose sont peu difficiles sur le plan technique mais proposent d'esthétiques itinéraires, propices à l'alpinisme et au ski de randonnée. De par leur proximité les unes des autres, il est facile d'en gravir plusieurs à la journée. Au sommet de la Signalkuppe se dresse le plus haut refuge d'Europe, la cabane Margherita, perchée à 4554 mètres d'altitude.

 

En 2015, avec mon ami Laurent, nous avions réalisé une partie de la grande traversée du Mont Rose. Après quatre jours consécutifs, nous avions gravi 14 des 18 sommets de plus de 4000 mètres. Du côté suisse, la tempête du troisième jour avait rendu la Dufourspitze et la Nordend inaccessibles, en raison de la neige fraiche. Quant au côté italien, nous avions négligé la Punta Giordani, jugée un trop éloignée du programme, ainsi que le Corno Nero. Ce dernier présentait une rimaye infranchissable. Je décide ainsi d'aller compléter le versant italien, avec mon ami Sylvain. Connaissant ces deux sommets, il n'a cependant pas eu l'occasion d'atteindre la Zumsteinspitze et la Signalkuppe. Nous essayerons donc de cocher ces quatre cimes durant ce week-end d'Août, sur deux jours.

Galerie

Récit de l'ascension

 

26 août 2018

 

Je retrouve Sylvain à Tourronde, petite commune proche d'Évian-les-Bains. Notre long co-voiturage nous fait successivement traverser Martigny, le col du Grand-Saint-Bernard et Aoste. Plus au sud encore, la très grande vallée du Lys est rejointe. Il est nécessaire de conduire jusqu'à son terminus, Staffal. Ce dernier se situe au pied du large versant italien du Mont Rose, sur les hauteurs de Gressoney-la-Trinité. Sylvain gare sa voiture sur l'immense parking, au centre du village. À la base, il était prévu de bivouaquer. Cependant les températures très froides qui règnent ici nous poussent finalement à réserver une nuit au refuge Citta di Mantova. Par ailleurs, nous serons plus légers pour les nombreuses ascensions les deux prochains jours.

À côté de la grande zone de stationnement, nous prenons deux télécabines menant au Passo di Salati. Une fois ce col atteint, il est ensuite possible d'emprunter le téléphérique de la Punta Inden. À 3257 mètres d'altitude, il est grand temps de nous équiper et de commencer à marcher. Le vent du nord accentue nettement le froid glacial ressenti. Après un court passage sur dalles rocheuses, nous atteignons le glacier d'Indren. Très sec et dépourvu de crevasses, la corde s'avère inutile. Le rythme adopté est relativement rapide, malgré la hauteur déjà notable. La progression s'effectue plein nord, plutôt en rive droite du glacier.

 

En amont, un replat neigeux est gagné. Le soleil, de plus en plus haut dans le ciel, commence à réchauffer cette atmosphère frigorifiante. Nous enchainons avec la dernière pente de neige, plus raide que les précédentes. Homogène en termes d'inclinaison,

celle-ci présente toutefois une neige de meilleure qualité. Sylvain avance plus vite que moi, je ressens la barre des 4000 mètres qui est très proche. Plus loin, nous aboutissons à un petit col. Il est cerné à gauche par la Pyramide Vincent, et à droite par la Punta Giordani, l'objectif. L'ascension se conclut par cinq mètres sur roche, sans difficulté.

La première cime, matérialisée par une statue de vierge, est atteinte vers 13 heures ! L'endroit n'est pas large, surtout que d'autres alpinistes gagnent les lieux à cet instant. Le vent se fait extrême, certaines rafales sont violentes. D'ici, j'ai l'impression d'être littéralement écrasé par les montagnes plus hautes du Mont Rose, au nord. Parmi elles, je peux re-citer la Pyramide Vincent, toute proche. Plus loin à droite; le Corno Nero, la Ludwigshöhe, la Parrotspitze et la Signalkuppe paraissent gigantesques !

Après avoir profité de cet instant privilégié, nous désescaladons les rochers sommitaux puis regagnons le versant neigeux gravi. Légèrement plus bas, à l'abri, Sylvain me propose de se poser un peu. Un déjeuner plus tard, nous perdons efficacement en altitude. Vers 3300 mètres, le glacier Indren est traversé vers l'ouest. Nous cernons ensuite l'itinéraire menant aux refuges Citta di Mantova et Gnifetti. Ils sont défendus par une barre rocheuse, devant être surmontée. Celle-ci est équipée en cordes fixes, facilitant et sécurisant son escalade. Beaucoup de personnes montent aujourd'hui.

À la terrasse de Citta di Mantova, la vue se fait grandiose ! Des Alpes italiennes jusqu'au massif du Mont Blanc, il serait vraiment impossible de reconnaitre toutes les montagnes se dessinant droit devant. Affaires posées au sous-sol, nous nous enregistrons auprès des gardiens. Atteint d'une migraine d'altitude depuis peu, je vais tenter de me reposer. Une bonne sieste plus tard, nous descendons dans l'esthétique salle à manger, très bien décorée et proposant une vue imprenable sur les Lyskamm. Nous cuisinons des pâtes et du minestrone, puis remontons immédiatement commencer notre nuit.

27 août 2018

 

L'alarme sonne à trois heures moins le quart. Discrètement, nous sortons du dortoir puis gagnons le sous-sol, afin de nous équiper. Une fois fait, le petit-déjeuner est pris très rapidement. Dehors, sur la terrasse du refuge, j'admire le ciel parfaitement étoilé. Bon signe, c'est présage d'une belle journée ! À cette heure-là, nous sommes les premiers à partir. Encordés, crampons aux pieds et piolet à la main, il est grand temps d'attaquer la longue montée du jour.

Dans la nuit noire donc, seuls au monde, nous prenons de la hauteur plein nord sur l'immense glacier du Lys. Guère plus tard, le cabane Gnifetti est laissée sur notre gauche. Elle est cernée facilement par ses nombreuses fenêtres éclairées, contrastant très franchement avec l'obscurité totale de l'extérieur ! En amont, nous franchissons deux zones tourmentées, offrant des crevasses béantes. Plus haut, les contreforts méridionaux de la Pyramide Vincent sont laissés plus à droite. Quelques nuages font leur apparition. Il en est de même pour une cordée qui a dormi au bivouac du Balmenhorn, tout proche de notre position actuelle.

Le Lysjoch, très large col à 4151 mètres d'altitude, est gagné. Les premières lueurs du jours commencent à surgir à l'horizon, rendant le spectacle somptueux ! Loin devant, je reconnais les silhouettes de la Zumsteinspitze et de la Signalkuppe, les deux premiers objectifs de la matinée. Les Lyskamm, censés être sur notre gauche, sont pour le moment prisonniers par un brouillard épais. Désormais en direction du nord-est, nous passons sous le versant ouest de la Parrotspitze, offrant de beaux séracs. Il est donc recommandé de franchir ce passage à un rythme rapide, afin de limiter le temps d'exposition.

 

L'aube entre en jeu, rendant le ciel somptueux, changeant de couleur à chaque minute ! Les Lyskamm, derrière nous, se dégagent petit à petit des nuages. Je ne peux m'empêcher d'immortaliser les environs ! Le soleil entre ensuite en scène, nous réchauffant de manière très agréable. Nous nous trouvons désormais sur le col Gnifetti, séparant la Zumsteinspitze de la Signalkuppe. Les alentours sont désormais peuplés d'alpinistes, ayant dormir à la cabane Margherita. Elle est construite sur le deuxième sommet mentionné. Nous décidons de commencer avec son voisin. Ainsi, nous franchissons l'arête sud-est de la Zumsteinspitze. Elle se présente sous forme neigeuse, s'affinant quelque peu avant de proposer un final mixte, très facile.

Le point culminant du séjour est enfin sous nos pieds, accueillant une statue de vierge. À 4563 mètres d'altitude, je retrouve ce panorama magnifique que j'avais découvert en 2015 ! La Pointe Dufour, point culminant de Suisse, domine de très près. Derrière elle, la Nordend apparait à sa droite. Afin de boucler la boucle du Mont Rose par tous ses plus hauts reliefs, j'y reviendrai à ski prochainement ! Nous profitons d'une vue aérienne sur la vallée Anzasca, plus à l'est. Au sud, la Signalkuppe et sa bâtisse sont dominées de peu.

Peu de temps s'écoule lorsque nous nous remettons en route. Prudemment, l'arête sud-est de la Zumsteinspitze est négociée dans le sens inverse, nous ramenant naturellement au col Gnifetti. Plein sud, nous traversons le large col, avant de monter la pente de neige de la Signalkuppe. À cette altitude, inutile de rappeler que l'effort est rude. La bonne trace présente sur le sol rend tout de même la progression plus facile.

Nous voici désormais sur la Signalkuppe ! Sylvain, ne connaissant pas la mythique cabane, aimerait découvrir cet endroit si singulier. Nous allons tout d'abord sur sa terrasse suspendue dans le vide, vraiment très impressionnante. Nous entrons ensuite à l'intérieur. Ayant un petit coup de fatigue, je vais en profiter pour prendre un cola, afin de faire le plein de sucre. Dans la salle à manger, je bois tranquillement ma boisson et reprends des forces.

Dehors à nouveau, nous quittons la Signalkuppe puis revenons sans peine au col Gnifetti. À bon rythme, l'altitude diminue. Le secteur est de moins en moins sauvage, au fur et à mesure que l'heure tourne. La face ouest de la Parrotspitze est à nouveau longée à sa base. Nous décidons de faire un crochet par l'esthétique Ludwigshöhe, toute proche. Nous traçons dans une neige profonde, avant de gagner le final glaciaire aérien et facile.

Je retrouve ce sommet très joli, ayant une vue imprenable sur le Corno Nero. Il s'agit désormais de l'unique 4000 du Mont Rose qu'il me manque, côté italien ! Quelques cordées montent et descendent sa face nord-ouest, courte mais très raide. Après avoir photographié les environs, nous quittons la Ludwigshöhe puis gagnons la base du versant susmentionné.​ Les conditions y sont bien meilleures qu'en 2015, où nous n'avions pu franchir la rimaye. En corde tendue, nous grimpons le mur, glacé sur sa partie supérieure. S'en suit une courte arête rocheuse sur notre gauche, très aérienne mais bien protégeable. Nous sommes entourés d'un abysse colossal, au sud-est.

 

La vierge en bronze, marquant le Corno Nero, est toute proche. Ce point culminant est très étroit. Nous attendons que la cordée d'anglais nous précédant finisse de profiter, avant de les remplacer. Le panorama est effectivement sublime ! Quelques photos plus tard, l'arête est à nouveau franchie dans le sens opposé. Les anglais ont installé 30 mètres de corde, afin de descendre la face nord-ouest en toute sécurité. Nous leur demandons si nous pouvons les utiliser, afin de gagner du temps. Après leur accord, nous voici à nouveau au pied de la montagne.

Il ne nous reste plus qu'à retrouver la remontée mécanique de Punta Indren. Plein sud, nous passons à droite du Balmenhorn, me rappelant de bons souvenirs. En effet, j'y avais passé deux nuits avec Laurent, durant notre grande traversée du Mont Rose. En aval, nous repassons à l'ouest de la Pyramide Vincent, avant de retrouver les deux zones très crevassées. Le refuge Gnifetti est laissé sur notre droite. Sylvain découvre un raccourci, efficace mais très raide, au beau milieu d'un mur rocheux. Celui-ci est équipé en mains courantes et débouche en amont des remontées mécaniques, désormais à portée de main.

Cette traversée est toujours aussi belle. Elle offre des paysages glaciaires inégalés, sans grande difficulté technique. Il s'agit de l'unique endroit des Alpes où il est possible d'enchainer autant de 4000 à la journée.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".