Mont Rose (4563m)

Du 30 juillet au 02 août 2015, Alpes pennines, Suisse/Italie

 

Itinéraire : Spaghetti Tour

Configuration : traversée

Départ : Klein Matterhorn

Cotation alpinisme : AD

Engagement maximal : III

Place dans la cordée : en tête

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3500 mètres

Fréquentation : très fréquenté

Compagnon : ​Laurent Dupont

Présentation du massif

 

 

Le Mont Rose est le second plus haut massif des Alpes, précédé par celui du Mont-Blanc. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, son nom proviendrait des mots "rouésa" ou "rouja" issus du patois valdôtin, signifiant glacier. Il se localise entre le canton suisse du Valais et le val d'Aoste italien. Cet imposant royaume de neige comporte 18 sommets culminant à plus de 4000 mètres, dont la Dufourspitze étant la plus haute montagne helvétique. En général, les cimes du Mont Rose sont peu difficiles sur le plan technique mais proposent d'esthétiques itinéraires, propices à l'alpinisme et au ski de randonnée. De par leur proximité les unes des autres, il est facile d'en gravir plusieurs à la journée. Au sommet de la Signalkuppe se dresse le plus haut refuge d'Europe, la cabane Margherita, perchée à 4554 mètres d'altitude.

 

Après avoir gravi le Grand Muveran, l'Aletschhorn et le Lagginhorn avec mon ami Laurent, nous partons pour la grande traversée du Mont Rose. Acclimatés et motivés, nous avons enfin un créneau météo favorable pour espérer entreprendre ce long périple. Cependant, le troisième jour serait mauvais, ce qui pourrait constituer une journée de repos. Notre objectif commun consiste à gravir le maximum de sommets en quatre jours. En ce qui concerne la logistique, nous dormirons dans les abris sommaires présents sur le parcours afin d'éviter la foule des refuges gardés.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Jour 1 : Breithorn ouest (4164m), Breithorn central (4159m), Breithorn est (4139m), Pointe 4106, Roccia Nera (4075m) et Pollux (4092m)

 

 

Nous garons la voiture à Täsch puis empruntons le petit train menant à Zermatt. Nous traversons le village piétionnier jusqu'au téléphérique du Klein Matterhorn, nous propulsant à 3800 mètres d'altitude. Bien que cette remontée mécanique soit onéreuse, elle constitue un point de départ idéal pour la traversée du Mont Rose.

 

Une fois équipés, nous débutons ce long séjour en altitude par l'ascension du Breithorn occidental, que j'avais déjà gravi en 2011. Les sacs sont lourds car nous transportons toute la nourriture nécessaire pour les quatre jours d'effort. Au départ de la course, la trace présente le glacier est une véritable autoroute. Nous nous dirigeons vers l'est jusqu'au plateau du Breithorn avant de bifurquer plein sud. Après seulement 300 mètres de dénivelé, nous arrivons en haut du 4000 le plus accessible des Alpes.

 

Depuis le sommet, nous empruntons une belle et fine arête neigeuse qui s'étend jusqu'à une selle. Nous y déposons les sacs à dos pour faire l'aller-retour au Breithorn central en vitesse. La suite du parcours est simplissime mais il faut néanmoins resté vigilant car de grosses corniches se sont formées du côté suisse, dominant l'immense précipice septentrional. Le vent est très fort et a effacé toutes traces de passage. Au sommet, nous ne tardons pas car les températures sont glaciales.

 

Revenus à la selle neigeuse, nous récupérons les affaires puis regagnons le plateau du Breithorn afin de contourner d'importantes barres rocheuses. Je propose à Laurent de laisser à nouveau les sacs, sous le Breithorn oriental, afin de s'alléger et d'économiser un maximum d'énergie pour la suite. Nous franchissons une rimaye puis une pente raide de neige qui aboutit au bastion rocheux sommital. Un passage mixte, exposé et gelé doit être franchi pour arriver en haut de cette troisième montagne. Une courte pause photo s'impose avant d'attaquer la descente.

 

Nous perdons de l'altitude en empruntant un autre itinéraire que celui de la montée, car l'exposition est jugée trop importante. Il est désormais nécessaire de suivre une arête effilée, où certains passages demandent beaucoup d'attention. Perchés au dessus de l'abime nord de la chaine du Breithorn, nous progressons prudemment. De retour sur le glacier, nous contournons les difficultés rocheuses de la Pointe 4106 puis gravissons ensuite une énième pente raide de neige suivi d'un passage pierreux délité. Au sommet du quatrième Breithorn, la vue n'est que partiellement dégagée car les nuages apparaissent par intermittence.

 

La Roccia Nera est d'ici très facile d'accès. Effectivement, il suffit de se laisser guider sur l'évidente arête neigeuse partant à l'est. Une fois avoir réalisé la traversée complète des Breithorn, nous revenons sur nos pas pour récupérer les sacs à dos.

Nous repartons ensuite vers l'est jusqu'à rencontrer l'abri sommaire Rossi et Volante, perché à 3750 mètres d'altitude sur le flanc de la montagne. Une fois à l'intérieur, je constate que nous n'aurons pas le temps de gravir Pollux, Castor et d'aller jusqu'au refuge Quintino Sella comme prévu. Cependant, Pollux est à portée de main et il serait dommage de le laisser de côté. Je propose à Laurent de se poser une vingtaine de minutes avant de repartir. Demain est une grande journée et nous devons en faire un maximum aujourd'hui. En prenant le strict minimum en termes d'équipement, nous serons très légers pour l'escalade de cette dernière cime.

 

Nous perdons de l'altitude et prenons pied sur le glacier pour arriver au pied de la montagne en question, proche du Zwillingsjoch. Un couloir raide est face à nous et il est obligatoire de le remonter dans son intégralité. Sur sa partie sommitale se trouvent quelques courts passages mixtes, instables mais peu techniques. Il est ensuite nécessaire de progresser en terrain entièrement rocailleux. Nous contournons aisément quelques tours rocheuses par la droite puis revenons à gauche jusqu'à butter contre une section totalement verticale. Cette dernière est équipée de cordes fixes, une vierge est fixée sur un promontoire en amont. D'ici, il ne reste plus qu'à suivre l'arête neigeuse jusqu'au sommet. Nous restons une dizaine de minutes à contempler le paysage avant d'attaquer l'ultime descente du jour.

 

Nous regagnons rapidement le bivouac pour dîner. Cette journée a été difficile et la suivante risque d'être encore plus éprouvante. Nous sympathisons avec deux allemands qui partent faire la traversée des Breithorn demain, dans le sens inverse du nôtre. En ce qui nous concerne, Castor et la traversée des Lyskamm résument le programme chargé du deuxième jour.

 

 

Jour 2 : Castor (4228m), Liskamm ouest (4479m), Lyskamm est (4527m) et Pyramide Vincent (4215m)

 

Un petit-déjeuner copieux est plus que nécessaire pour aborder les nombreuses ascensions de ce vendredi. Nous partons à l'aube, qui annonce une météo grandiose. Une fois équipés, nous repassons à proximité de Pollux puis atteignons le Zwillingsjoch à 3848 mètres d'altitude. La suite de l'itinéraire se déroule sur l'imposant versant sud-ouest de Castor. La pente est soutenue et se redresse au fur et à mesure que l'on gagne de la hauteur. Nous franchissons plusieurs crevasses de cette face sombre et austère. Le froid est saisissant et j'attends le soleil avec impatience car mes orteils commencent à geler.

 

Nous retrouvons le soleil sur la somptueuse arête nord-ouest de Castor. Tendue en plein ciel, le fil neigeux s'étend jusqu'au sommet. D'ici, la face que nous avons gravi est encore plongée dans l'ombre et son énorme rimaye lui donne un air de mangeur d'hommes. Nous marchons sur la très fine arête jusqu'à atteindre les 4228 mètres de l'imposante montagne. L'ambiance est au rendez-vous, nous sommes au dessus d'une mer de nuages dominant l'Italie. J'observe la suite de la journée en regardant les Lyskamm trônant au loin.

 

L'arête que nous empruntons à la descente est plus large et permet de rejoindre le Felikjoch, selle neigeuse située à 4063 mètres. À cet endroit, nous croisons beaucoup d'alpinistes en provenance du refuge Quintino Sella. Il est désormais temps d'attaquer les sommets les plus techniques du Mont Rose, les deux Lyskamm ! Nous gagnons du dénivelé en montant une pente de neige qui se transforme parfois en arête. Sous le sommet occidental du Lyskamm, un section raide doit être escaladée avant d'arriver à 4479 mètres d'altitude.

À partir d'ici, les choses sérieuses commencent. Nous nous engageons sur l'arête très effilée qui s'étend jusqu'au Lyskamm oriental, le plus haut. Il s'agit de la plus longue et de la plus haute traversée des Alpes. Le faux pas est strictement interdit car nous sommes prisonniers entre deux précipices considérables, le versant suisse étant le plus important. Haut de mille mètres et parsemé de séracs, il donne des allures himalayennes au géant alpin. Nous progressons doucement mais sûrement sur le fil neigeux où l'omniprésence du vide règne. Les quelques ressauts rocheux sont faciles mais très impressionnants. Les conditions sont excellentes, ce qui réduit considérablement l'engagement. Nous atteignons le Lyskamm oriental, à 4527 mètres. Quelle satisfaction de toucher la petite croix marquant le sommet de cette montagne prestigieuse !

 

L'exposition de la descente est maximale. Effectivement, le cramponnage doit être parfaitement maitrisé pour éviter une chute fatale dans l'interminable face suisse. L'ambiance est au rendez-vous et cette traversée est tout aussi magnifique que dangereuse. Malgré notre situation, je ne peux m'empêcher de laisser mon appareil photo rangé. Nous retrouvons un terrain bien plus facile lorsque nous arrivons sur l'immense plateau glaciaire qu'est le Lisjoch. Nous traversons le vaste col pour arriver au Balmenhorn, rognon rocheux équipé d'échelles. Le bivouac éponyme s'y trouve à son sommet. Ce dernier est petit et sale mais offre une vue dégagée sur la Pyramide Vincent qui se dresse juste en face. Nous déposons les sacs à dos et nous nous reposons une petite heure.

 

Il est temps d'aller découvrir la montagne citée précédemment pour occuper cet fin d'après-midi. Sans poids sur les épaules, nous avançons vite et ce n'est qu'après 30 minutes que nous atteignons notre dixième 4000 en deux jours. Le vent est puissant et le ciel se couvre. Nous prenons donc la décision de revenir au bivouac le plus vite possible, en laissant à contre-cœur le onzième 4000, la Punta Giordani située plus loin.

 

Revenus au bivouac, deux polonais et trois tchèques nous rejoignent. Les prévisions météorologiques pour le jour suivant sont mauvaises et nous savons que rester au Balmenhorn sera l'unique programme du lendemain.

 

 

Jour 3 : repos au Balmenhorn (4167m)

 

Je me réveille à dix heures du matin, une grasse matinée est plus que bénéfique après ces deux jours intenses ! Les conditions météorologiques se sont considérablement dégradées. À l'extérieur, il neige abondamment et la visibilité est nulle. Il est donc impossible de planifier une quelconque ascension et sommes contraints à rester ici, sans rien faire. Grâce à l'un des deux polonais, nous obtenons de précieuses informations en fin d'après-midi sur le temps à venir. Demain sera une journée magnifique, nous espérons juste qu'il n'y ait pas trop de neige fraiche...

 

 

Jour 4 : Zumsteinspitze (4563m), Signalkuppe (4554m), Parrotspitze (4432m) et Ludwigshöhe (4341m)

 

Le réveil sonne à cinq heures du matin et nous sommes heureux de découvrir un ciel magnifique ! Après un petit-déjeuner rapide, nous nous équipons puis quittons enfin le Balmenhorn. Les polonais sont partis avant nous et ont tracé l'itinéraire en direction de la Zumsteinspitze, notre premier sommet du jour. Nous traversons à nouveau le Lisjoch lorsque le soleil se lève, rendant le paysage somptueux. Les Lyskamm et le Cervin captent les premiers rayons de soleil et s'embrasent. Nous passons sous le versant ouest de la Parrotspitze pour nous diriger vers le col Gnifetti à 4452 mètres d'altitude, situé entre la Signalkuppe et la Zumsteinspitze. À ce stade, il suffit de suivre la courte l'arête pour arriver au sommet de cette dernière.

Nous voici à 4563 mètres d'altitude, sur le cinquième plus haut sommet des Alpes ! La vue y est juste magnifique. D'ici, il est possible de gravir la Dufourspitze par son arête sud-est mais avec la neige fraiche, les conditions ne s'y prêtent pas. Aujourd'hui, nombreux sont les alpinistes qui tracent les cimes voisines. Nous restons dix minutes afin de prendre quelques photos et d'admirer les hauts sommets du coin, quasiment tous plus bas que nous.

 

Nous retrouvons le col Gnifetti avant de s'attaquer à la Signalkuppe, où se localise le plus haut refuge d'Europe, la cabane Margherita. Cette dernière surplombe un immense précipice du côté italien. Sa terrasse offre donc un paysage tout aussi impressionnant que majestueux. L'intérieur est joli et l'accueil chaleureux. Dormir dans cet abri doit être une sacrée expérience et un point de vue magique pour admirer un lever et un coucher de soleil en haute montagne.

 

Le prochain objectif de la journée est la traversée de la Parrotspitze. Nous revenons sur nos pas et perdons légèrement en altitude. Pour arriver aux 4432 mètres de cette montagne, nous devons marcher sur une très belle arête neigeuse. Le panorama y est grandiose et la course, bien que rapide depuis la Signalkuppe, me frappe de par son esthétisme. Nous tentons de redescendre par l'arête ouest mais un bouchon d'alpinistes s'est formé avant un raidillon exposé, passage obligatoire pour redescendre. Après une demi-heure d'attente, je propose à Laurent de faire demi-tour puis de redescendre par l'itinéraire que nous avions emprunté ce matin.

 

Revenus au Lisjoch, nous escaladons sans souci la Ludwigshöhe, petite bosse enneigée dépassant néanmoins les 4300 mètres d'altitude. La vue sur le Corno Nero est saisissante. Je remarque à ce moment-là qu'il n'est pas tracé. Seulement deux alpinistes sont sous la rimaye, hésitant à s'engager sur la pente très raide en aval du sommet.

 

Nous les rejoignons puis faisons sagement demi-tour. Effectivement, la rimaye est bien ouverte et la trace n'est pas optimale. Les quantités de neige fraiche posées sur la paroi ne m'inspirent pas confiance.

 

Je suggère à Laurent de revenir à la civilisation par le côté italien du Mont Rose, sur le glacier du Lys jusqu'à la Punta Indren. Nous aurions bien visité le versant suisse pour redescendre. Effectivement, cela aurait été pratique pour dormir à la cabane du Mont Rose et gravir le lendemain la Nordend et la Dufourspitze mais le Grenzgletscher est très crevassé. En perdant de l'altitude, nous traversons les nuages et quittons les glaciers. Le grand ciel bleu d'altitude n'est plus au rendez-vous.

 

Après 14 sommets de plus de 4000 mètres dans la poche, nous revenons à la civilisation grâce aux remontées mécaniques de la Punta Indren, à plus de 3200 mètres d'altitude. Ces dernières mènent directement au village de Gressoney-la-Trinité. Il faudra revenir pour boucler la boucle, avec la Punta Giordani, le Corno Nero et le couple Nordend-Dufour. L'objectif de maintenant est de revenir chez moi, à Thonon. Merci aux personnes nous ayant pris en stop et à ma mère qui est venue nous chercher à Aoste. Le lendemain se résumera à un aller-retour à Zermatt, pour récupérer ma voiture.

Cette traversée est magnifique. Elle offre des paysages glaciaires inégalés, sans prendre de risques majeurs. Il s'agit de l'unique endroit des Alpes où il est possible d'enchainer autant de 4000 à la journée.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".