Mont Maudit (4465m)

14 juillet 2019, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : face nord

Configuration : aller-retour

Départ : téléphérique de l'Aiguille du Midi

Orientation principale : nord

Cotation alpinisme : PD+

Engagement : II

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1250 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnon : Tristan Cominotto

Présentation du sommet

 

 

Le Mont Maudit est une montagne de plus de 4000 mètres d’altitude, située dans le célèbre massif du Mont-Blanc. Il s’agit d'un sommet cerné par le toit des Alpes au sud-ouest, et par le Mont Blanc du Tacul au nord-est. D'un nom peu flatteur, il se dresse cependant entre la France et l'Italie, de manière imposante. Son arête sud-est, connue sous le nom d’arête Kuffner, est l'une de ses voies d'ascension, technique et réputée pour son esthétisme.

 

La voie normale de la cime est composé d'un parcours glaciaire tourmenté, suivi d’une arête mixte peu difficile. Les prétendants du sommet louvoient entre séracs et crevasses. En 2011, lorsque j’avais gravi le Mont Blanc par les 3 Monts, je n'étais pas passé par le point culminant du Maudit. Dans ma course aux 4000 alpins, je désire donc y retourner pour finir le travail. Je propose à Tristan, ami et collègue de travail, de m’accompagner sur les pentes de cette montagne.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

Je retrouve Tristan à Chamonix, à sept heures du matin. Ensemble, nous gagnons le téléphérique de l’Aiguille du Midi. Alpinistes et touristes peuplent déjà ces lieux prisés. Nous arrivons à prendre la seconde benne. Voulant faire le Mont Maudit à la journée, je suis conscient qu'il ne faut pas perdre une minute, vis à vis de cette ascension. Effectivement, travaillant tous les deux demain, louper la dernière descente en téléphérique n'est pas envisageable.

 

À la gare supérieure de la remontée mécanique; il est temps de sortir corde, piolets et crampons. Nous sortons sur l’arête classique de la vallée Blanche par le tunnel de l'Aiguille du Midi. Le ciel est d'un bleu limpide et le soleil est bien présent. Le col du Midi est gagné, suite à une descente rapide. Nous le traversons par un rythme très soutenu. Le refuge des Cosmiques est laissé sur notre droite avant d'atteindre la base de la face nord du Mont Blanc du Tacul.

 

Désormais, le terrain se raidit significativement. Le dénivelé est efficace et l’altitude se fait guère sentir, malgré les 3600 mètres. Plus haut, une immense rimaye barre la face. Heureusement, celle-ci est équipée de cordes fixes, permettant de la franchir sans trop de mal. En tirant sur les bras, nous franchissons l’obstacle impressionnant. S’en suit une ascension toujours dynamique, en zig-zag. Nombreux sont les alpinistes que nous doublons (la majorités sûrement partie pour le Mont Blanc du Tacul). En haut du versant, nous traversons vers la droite pour gagner l’épaule de la cime, passant sous de gros séracs.

 

Nous enchainons avec une légère descente, menant au Col Maudit. De celui-ci, les Aiguilles du Diable surgissent dans mon dos. Entre elles, les magnifiques Grandes Jorasses découpent l'horizon. Le prochain objectif de cette matinée éprouvante consiste à gravir la face nord du Mont Maudit, raide et exposée aux chutes de séracs. Toujours en suivant une bonne trace, la prise d’altitude est efficace. Une autre barre de sérac immense est contournée par la gauche. Désormais au dessus du mur glacé, l'exposition augmente. De plus, la pente se prononce. Inutile de préciser que la concentration est obligatoire pour éviter un faux pas. Par une traversée ascendante droite et une longueur en glace, le col du Mont Maudit est atteint.

Le col de la Brenva et le Mont Blanc se dressent droit devant. Quant à l'arête sommitale du Mont Maudit, elle doit directement s'emprunter sur notre gauche. Il s'agit du dernier obstacle de cette belle matinée. Sections neigeuses et cheminées rocheuses faciles cohabitent, la progression se fait relativement aisée. Une dernière ligne de neige doit être suivie, menant naturellement au point culminant du treizième plus haut des Alpes.

 

Le sommet du Mont Maudit, matérialisé par une petite plateforme rocheuse, est atteint ! Il est 11 heures et demie ! La vue s'y fait exceptionnelle. Nous surplombons la ville de Chamonix de manière aérienne nous sommes bel et bien en haute altitude ! Les innombrables montagnes du massif paraissent toutes plus petites les unes que les autres. Le Mont Blanc, tout proche, se dresse comme une petite enneigée, guère plus haute. Les températures sont clémentes et le vent relativement faible.

Après avoir contemplé les lieux une quinzaine de minutes, il est temps de revenir à la civilisation. Le premier objectif de cette belle journée, constituant à gravir la cime convoitée, est coché. Le second est de ne pas louper la dernière benne. L’arête est retraversée prudemment, sans mal. Nous sommes rapidement de retour au col du Mont Maudit. Celui-ci accueille un relai sur pieux. Le vent se lève et s'avère intense, le froid est saisissant. D’autres alpinistes attendent leur tour pour descendre en rappel. Il serait périlleux de désescalader la pente gelée, frôlant les 55 degrés. Nous enchainons 4 rappels, où je laisse tomber mon descendeur. Dans sa chute infinie, celui-ci est perdu à tout jamais.

 

Un terrain moins soutenu est à nouveau sous nos pied. Nous nous ré-encordons pour revenir au col Maudit, en passant à nouveau sous l’immense barre de séracs. Au col susmentionné, une légère montée est nécessaire pour retrouver l’épaule du Tacul. Celle-ci, bien que douce et courte, s’avère douloureuse à cause de l'effort déjà fourni. À très bon rythme, la face nord du Tacul est descendue. Sa rimaye est franchie par un petit rappel esthétique. S’en suit la longue traversée du col du Midi et l'éprouvante remontée de l’Aiguille du Midi.

 

Tristan et moi regagnons la célèbre remontée mécanique, à 16 heures 30. Défi relevé: le Mont Maudit a été atteint à la journée ! C’est par une belle migraine que nous sommes transportés rapidement à Chamonix, sourires jusqu’aux oreilles ! Les voitures sont retrouvées, par une chaleur écrasante qui contraste bien avec la haute montagne que nous venons de quitter.

 

La voie normale du Mont Maudit est une magnifique course glaciaire, réalisable eu un ou deux jours. Non sans risque, crevasses et séracs sont nombreux. De plus, la configuration pentue du terrain est propice aux avalanches. À entreprendre donc avec  une certaine prudence...

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".