Mont Blanc (4810m)

21 & 22 août 2013, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : arête des Bosses

Configuration : aller-retour

Départ : Nid d'Aigle

Orientation principale : ouest

Cotation alpinisme : PD-

Engagement : III

Place dans la cordée : en tête

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2450 mètres

Compagnon : Bruno Roch

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Mont Blanc, plus haut sommet des Alpes et d’Europe occidentale, trône entre la France et l'Italie du haut de ses 4810 mètres. Il est visible jusqu'à 300 kilomètres de distance, par temps clair. Sa première ascension remonte au 8 août 1786. Elle est réussie par le guide Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard revenu aveugle; sans lunettes de soleil, ni corde, ni piolet, ni crampons. L'Everest des Alpes jouit d'un immense versant nord glaciaire, où se dessinent les voies d'ascension les plus faciles. Son versant sud lui, comporte des itinéraires bien plus engagés. Quelque soit la voie empruntée, une bonne condition physique et une acclimatation à l'altitude sont nécessaires. Chaque année, entre 2000 et 3000 alpinistes atteignent le sommet.

La voie normale se dessine sur les flancs nord-ouest. Elle débute en général à l'arrivée du train du Mont Blanc, appelée le Nid d'Aigle. Deux refuges gardés se trouvent sur l'itinéraire en amont; celui de Tête Rousse et celui du Goûter, plus haut de France. Entre les deux, il est nécessaire d'escalader l'Aiguille du Goûter et de traverser le Grand Couloir, connu pour ses chutes de pierres quotidiennes. À partir de 3800 mètres environ, la course devient glaciaire et se conclut par l'arête des Bosses. Pour mon troisième Mont Blanc, j’aimerais atteindre le sommet au lever de soleil. Bruno, rencontré sur Internet et ayant fait demi-tour quelques jours auparavant, propose de m’accompagner et de prendre sa revanche.

Galerie

Récit de l'ascension

 

21 août 2013

 

Je rencontre mon collègue en fin de matinée, à Saint-Gervais-les-Bains. Nous prenons le train du Mont Blanc qui nous emmène directement au Nid d’Aigle, à 2372 mètres d'altitude. Le départ est donné à 14 heures environ. N’ayant réservé aucun gîte, notre plan serait de se reposer dans l'un d'eux, en fonction de notre avancée. Il est tout d'abord nécessaire de rejoindre le refuge de Tête Rousse, en passant par le désert de Pierre Ronde et la baraque des Rognes.

 

Arrivés au glacier et au refuge de Tête Rousse, nous faisons une halte sur sa terrasse panoramique. La vue sur la face nord-ouest de Bionnassay y est très impressionnante. Je suggère à Bruno de monter aujourd'hui jusqu'au refuge du Goûter. En effet, pour admirer le lever de soleil, il serait préférable d'être plus haut afin d'augmenter nos chances d’arriver au sommet à temps.

 

Nous mettons le casque puis sortons du gîte. À 3300 mètres d'altitude, je reconnais la périlleuse traversée du Grand Couloir, où les éboulements y sont quotidiens. L'escalade de l'Aiguille du Goûter est plaisante car à cet horaire, il y a très peu de monde et les températures y sont meilleures qu'en après-midi. Nous arrivons au plus haut refuge de France vers 18 heures 30. Je suis content d'être de retrouver le balcon panoramique de cet hôtel d'altitude, perché dans le vide au dessus de la face ouest de la montagne.

 

Nous préparons notre repas à l'extérieur. Lorsque le soleil se couche, le paysage devient absolument somptueux mais les degrés chutent très vite. La face nord-ouest de l'Aiguille de Bionnassay devient entièrement rose. Je prends quelques photos avant de rejoindre Bruno au chaud, à l'intérieur du refuge. Nous nous installons à l'étage, sur les tables de la salle à manger, où les températures sont plus clémentes qu’en bas. Il faut effectivement faire passer le temps car nous n’aurons pas de lit douillet ce soir. À est 21 heures 30, les gardiens ferment cette salle. Nous sommes donc contraints d'aller nous installer dans le hall d'entrée où cinq personnes ont déjà pris place. Il fait froid et la lumière automatique s’allume dès que nous bougeons un orteil. Inutile de préciser que trouver le sommeil durant 20 minutes relève d'un véritable miracle ! 

 

 

22 août 2013 

 

Il est une heure et demi du matin lorsque nous partons du refuge. Seuls au monde dans cet univers glaciaire, nous gravissons d'abord la pente occidentale du Dôme du Goûter. La trace est très peu visible mais je connais le cheminement. Lorsque nous arrivons en haut de la face, nous apercevons d'ores et déjà notre objectif, le Mont Blanc ! Nous redescendons jusqu'au col du Dôme du Goûter puis remontons à l'abri Vallot, installé à 4362 mètres d'altitude.

 

Je décide d’aller faire un tour à l’intérieur par curiosité et découvre une quinzaine d’alpinistes, emmitouflés dans leurs sacs de couchage. Nous attaquons désormais l'arête des Bosses en franchissant les deux ressauts glaciaires que sont les Bosses. L'arête est légèrement plus technique et plus engagée qu'il y a un mois, où j'avais gravi le Mont Blanc d'une traite. Les chaleurs de l'été en ont réduit sa largeur. L'aurore apparaît au loin lorsque nous progressons sur le dernier segment du fil neigeux.  

 

L'objectif commun est donc atteint, il est six heures du matin et nous nous trouvons au sommet du Mont Blanc ! À cette heure-ci, le soleil ne s’est pas encore levé. Lorsque ce dernier fait son apparition au loin, en amont du Weisshorn, la calotte glaciaire sommitale prend sa tente rose matinale. À chaque minute passée, le ciel change de couleur et offre un dégradé hors du commun. Quand nous restons statiques, nous ressentons le froid intense qui règne mais je ne peux m’empêcher de faire des photos toutes les minutes. Au bilan, nous serons restés 40 minutes au sommet !

 

Il est désormais temps de redescendre afin de se réchauffer et de retrouver la sensibilité de nos doigts et de nos orteils. Beaucoup de monde tente le sommet aujourd'hui et les croisements entre ceux qui montent et ceux qui descendent sont délicats sur l'arête. Nous en profitons pour atteindre le véritable sommet du Dôme du Goûter, que très peu de personnes gravissent en réalité. Il se situe à un petit quart d'heure de la voie normale du Mont Blanc. Nous redescendrons ensuite directement jusqu'au Nid d’Aigle où nous reprenons le train.

 

Cette voie normale, malgré sa surfréquentation, reste magnifique. La deuxième partie, entièrement glaciaire, offre des paysages à couper le souffle et débouche sur le toit des Alpes. Y arriver durant le lever de soleil rend la sortie magique. Cependant, le Grand Couloir donne un aspect dangereux à l'ascension.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".