Mont Blanc (4810m)

12 & 13 juillet 2013, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : arête des Bosses

Configuration : aller-retour

Départ : le Crozat

Orientation principale : ouest

Cotation alpinisme : PD-

Engagement : III

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3400 mètres

Compagnon : Olivier Lefez puis seul

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Mont Blanc, plus haut sommet des Alpes et d’Europe occidentale, trône entre la France et l'Italie du haut de ses 4810 mètres. Il est visible jusqu'à 300 kilomètres de distance, par temps clair. Sa première ascension remonte au 8 août 1786. Elle est réussie par le guide Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard revenu aveugle; sans lunettes de soleil, ni corde, ni piolet, ni crampons. L'Everest des Alpes jouit d'un immense versant nord glaciaire, où se dessinent les voies d'ascension les plus faciles. Son versant sud lui, comporte des itinéraires bien plus engagés. Quelque soit la voie empruntée, une bonne condition physique et une acclimatation à l'altitude sont nécessaires. Chaque année, entre 2000 et 3000 alpinistes atteignent le sommet.

 

La voie normale se dessine sur les flancs nord-ouest. Elle débute en général à l'arrivée du train du Mont Blanc, appelée le Nid d'Aigle. Deux refuges gardés se trouvent sur l'itinéraire en amont; celui de Tête Rousse et celui du Goûter, plus haut de France. Entre les deux, il est nécessaire d'escalader l'Aiguille du Goûter et de traverser le Grand Couloir, connu pour ses chutes de pierres quotidiennes. À partir de 3800 mètres environ, la course devient glaciaire et se conclut par l'arête des Bosses. Olivier me propose de gravir le Mont Blanc d’une traite depuis le parking du Crozat, situé 3400 mètres plus bas. N’ayant aucune idée de ma capacité à atteindre le géant alpin de cette manière, j’accepte avec plaisir ce défi.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

12 & 13 juillet 2013

 

Il est 19 heures 30 lorsque nous arrivons au parking du Crozat, sur les hauteurs de Saint-Gervais-les-Bains. Deux ou trois petits sandwichs plus tard, le départ est donné. Baskets aux pieds et chaussures d’alpinisme sur le sac; le rythme adopté est lent, afin d'économiser un maximum d'énergie. Les bâtons de marche sont à mes yeux indispensables lorsque le dénivelé à parcourir est si conséquent.

 

Peu après, nous nous engageons dans un sous-bois qui débouche aux chalets du Planet. Nous laissons un chemin sur notre gauche qui rejoint l'arrêt "Bellevue" du train du Mont Blanc. La pente se raidit ensuite en forêt et mène à l'esthétique Plan de l’Are, dominé par la moraine du glacier de Bionnassay sur laquelle nous prenons pied. Une barre rocheuse, équipée de mains courantes et d'échelles, est franchie avant d'arriver au Nid d'Aigle au soleil couchant.

 

Une pause d'impose. J'en profite pour manger une barre et boire un peu, Olivier en fait de même. Le soleil s'est couché et les dernières lumières ne vont pas tarder à disparaitre. La deuxième étape nous attend, celle consistant à rejoindre le refuge de Tête Rousse. Nous remontons jusqu'au refuge du Nid d'Aigle pour ensuite bifurquer au nord. Le désert de Pierre Ronde est traversé, lorsque les lumières du nouveau refuge du Goûter s'allument au loin, 1000 mètres plus haut.

 

Le jour nous abandonne totalement lorsque la baraque des Rognes est gagnée. La frontale est bien évidemment indispensable pour pouvoir continuer. La neige est présente sur l'itinéraire qui est difficile à cerner de nuit. À 2900 mètres, j'échange le short contre le pantalon de montagne et les baskets contre les chaussures d'alpinisme. En effet, les températures baissent de façon significative.

 

Nous arrivons au glacier de Tête Rousse où nous nous ravitaillons un peu. Le refuge du Goûter domine encore de 700 mètres. Il est temps de mettre le casque pour aborder le passage le plus aléatoire et le temps dangereux de la course; la traversée du Grand Couloir. Ce tronçon est très exposé aux chutes de pierres et est sécurisé par un câble. De la neige recouvre entièrement ce cheminement angoissant. Je passe en premier et trottine pour le traverser. Olivier regarde à la frontale en amont pour observer les éventuelles pierres qui pourraient décrocher. Une fois de l’autre côté, j’essaye d’en faire de même pendant que mon collègue aborde cette section.

 

Des mains courantes sont ensuite installées pour faciliter l'ascension. Vers 3500 mètres, à 23 heures 30, Olivier me propose de somnoler une vingtaine de minutes. Il s'endort un peu mais pour ma part, fermer l’œil reste impossible. Nous nous allongeons sous une couverture de survie pendant un quart d'heure avant de repartir. Les 300 derniers mètres de l'Aiguille du Goûter sont plus techniques. Certains passages sont gelés et le rocher s'avère instable. Les nombreux câbles métalliques sont les bienvenus.

 

Il est une heure et demi du matin lorsque nous entrons dans le sas d'entrée de l'ancien refuge du Goûter, désormais fermé. Le sol est entièrement gelé, les températures sont glaciales. La fatigue se fait sentir par des maux de tête chez moi et des nausées chez Olivier. Nous restons une demi-heure dans la minuscule pièce avant de reprendre la route, désormais sur glacier. 

 

Olivier se sent vraiment mal donc sans hésiter, une halte devient indispensable au nouveau refuge du Goûter, gardé à cette période. Une fois à l’intérieur, nous nous reposons dans le hall d’entrée. Je m’allonge sous un banc pour essayer de dormir un peu, en espérant que les maux de têtes passeront. Il est trois heures du matin lorsque j’entends les premiers alpinistes partir pour le Mont Blanc. Je somnole ensuite miraculeusement deux heures puis retourne voir Olivier avec qui je reste un bon moment.

 

Ce dernier décide d’arrêter et me propose de trouver quelqu’un pour continuer avec moi. Je croise un homme dans le refuge qui veut atteindre le sommet avec ses skis, dans le but de descendre par les Grand Mulets. Il est seul et me propose de continuer avec lui mais est très chargé et m’averti qu’il n’aura pas un rythme rapide. Il est déjà sept heures et j'aimerais être le plus rapide possible. Je prends donc la décisions de continuer seul.

 

Je donne rendez-vous à mon ami au refuge de Tête Rousse. En sortant dehors, je découvre un magnifique panorama depuis la terrasse. Les maux de tête sont partis et la montée au Dôme me parait très facile et agréable. Il y a beaucoup de monde sur l'itinéraire et la trace y est bonne. De timides séracs surplombent la face glaciaire sur la laquelle je me trouve et et je découvre enfin le Mont Blanc depuis le sommet de celle-ci. Je laisse le sommet du Dôme du Goûter à ma droite et redescends au col éponyme. En remontant une pente raide de neige, j'atteins l'abri Vallot à 4362 mètres.

 

Désormais, la longue arête des Bosses m'attend. Les 3000 mètres de dénivelé et l’altitude commencent à se faire sentir mais je suis plus que motivé pour finir le travail. Je décide de me calquer sur le rythme d’une cordée devant moi. Je traverse les ressauts glaciaires esthétiques de la première et de la deuxième Bosses, se dressant sur l'arête neigeuse. Lorsque j’aperçois le Mont Blanc de Courmayeur, je suis conscient que je suis proche du but. Effectivement, je reconnais la vue que j’avais eu lors de mon premier Mont Blanc, deux ans auparavant.

 

J’atteins le sommet à dix heures, heureux mais fatigué. Sans tarder, j'entame le retour. De retour au refuge du Goûter, je vais découvrir de jour tout ce que l'on a grimpé de nuit. La descente de l'Aiguille est raide et exposée. Au le Grand Couloir, je me rends compte de la dangerosité du passage, les éboulements y sont perpétuels. De jour avec le dégel, ils sont bien plus nombreux que de nuit. Je retrouve Olivier à Tête Rousse comme prévu.

 

Nous descendons ensemble jusqu'au Nid d’Aigle. La dame du train du Mont Blanc nous propose de descendre gratuitement, connaissant bien mon collègue. Dans notre état, il serait stupide de refuser. Nous nous arrêtons à l'arrêt "Bellevue" où nous rejoignons la voiture rapidement.

 

Cette voie normale, malgré sa surfréquentation, reste magnifique. La deuxième partie, entièrement glaciaire, offre des paysages à couper le souffle et débouche sur le toit des Alpes. Cependant, le Grand Couloir donne un aspect dangereux à l'ascension.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".