Mont Blanc (4810m)

08 & 09 avril 2017, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : face nord

Configuration : boucle

Départ : plan de l'Aiguille

Orientation principale : nord

Cotation descente : 4.2

Exposition : 2

Place dans la cordée : en tête

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2500 mètres

Compagnons :

  • Anne-Lorraine De Malliard

  • Raphaël Salomon

 

 

 

Présentation du sommet

Le Mont Blanc, plus haut sommet des Alpes et d’Europe occidentale, trône entre la France et l'Italie du haut de ses 4810 mètres. Il est visible jusqu'à 300 kilomètres de distance, par temps clair. Sa première ascension remonte au 8 août 1786. Elle est réussie par le guide Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard revenu aveugle; sans lunettes de soleil, ni corde, ni piolet, ni crampons. L'Everest des Alpes jouit d'un immense versant nord glaciaire, où se dessinent les voies d'ascension les plus faciles. Son versant sud lui, comporte des itinéraires bien plus engagés. Quelque soit la voie empruntée, une bonne condition physique et une acclimatation à l'altitude sont nécessaires. Chaque année, entre 2000 et 3000 alpinistes atteignent le sommet.

Au printemps, le Mont Blanc devient une destination privilégiée pour la pratique du ski-alpinisme. L'itinéraire des Grands Mulets, également connu pour être la voie historique, est propice aux sports de glisse. Il démarre en général de la station du Plan de l'Aiguille, arrêt intermédiaire du téléphérique de l'Aiguille du Midi. Les prétendants au sommet peuvent dormir au refuge des Grands Mulets, perché à 3051 mètres. Il est ensuite possible de gravir l'arête nord du Dôme du Goûter avant celle des Bosses, moins exposée aux séracs que la voie classique. Ayant prévu un week-end avec Boris, je lui propose cette ascension. Il viendra avec une amie en commun, Anne-Lorraine. Raphaël, fraichement rencontré, se joindra à la sortie.

 

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

08 avril 2017

 

Je retrouve Raphaël à Sallanches, en fin de matinée. Suite à un bref co-voiturage, nous gagnons ensemble la charmante ville de Chamonix, sous une tempête de ciel bleu. Voiture garée proche du téléphérique de l'Aiguille du Midi, nous empruntons ce dernier vers 13 heures. La station du Plan de l'Aiguille, départ habituel de la course, est rejointe peu après. À 2317 mètres, l'endroit est dominé par les masses granitiques des aiguilles de Chamonix. Parmi elles je distingue celle du Peigne, la plus proche qui me rappelle de bons souvenirs de 2012.

 

Anne-Lorraine & Boris skient aujourd'hui en face nord du col du Plan. Nous sommes censés les rejoindre au refuge des Grands Mulets en soirée. Pour se faire, la première étape consiste à descendre sur le glacier des Pèlerins. Un court passage à pied sur une moraine s'impose, afin de rejoindre la neige en contrebas. Skis aux pieds, la progression s'effectue ensuite en peau de phoque, sous l'impressionnant versant septentrional de l'Aiguille du Midi. La trace de montée est bonne et il serait difficile de se perdre ici. Exposée par endroit, elle passe naturellement sous l'ancien téléphérique des Glaciers et se conclut sous le glacier Rond, plus au sud-ouest.

Je reçois un coup de fil de Boris à cet instant. Il s'est fait mal à la cheville durant la descente et se voit dans l'obligation de refuser le Mont Blanc. Il a cependant accompagné Anne-Lorraine au gîte et doit redescendre dans la foulée. Avant de prendre pied sur le magnifique glacier des Bossons, je le croise et le salue à contrecœur.

 

Désormais encordés, nous suivons toujours la trace qui serpente entre d’innombrables sculptures de glace naturelles. Dans cet immense royaume de glace, libre à l’imaginaire de les comparer à des choses plus concrètes. Suite à quelques négociations avec des ponts de neige délicats au niveau de la Jonction, il ne reste qu'une large pente soutenue à remonter pour rejoindre le refuge. Par de multiples conversions, le pied de ce dernier est rejoint. C'est au pied de l'éperon rocheux sur lequel repose la construction que les alpinistes déposent leurs skis. Délestés de nos lattes respectives, des mains courantes sont fixées au rocher pour sécuriser la progression et ce, jusqu'à l'entrée.

 

À l’intérieur des Grands Mulets, je retrouve Anne-Lorraine. Ayant réservé la demi-pension, nous profitons pleinement du confort que peut offrir ce refuge. Je discute avec le gardien concernant les conditions du moment. L'arête nord du Dôme du Goûter étant en glace, la course deviendrait bien plus fatigante et technique que passer par les Plateaux. Ayant discuté avec mes deux collègues, nous décidons de prendre le risque et de passer sous les séracs de l'itinéraire classique.

09 avril 2017

Le réveil sonne à une heure et quart du matin. N’ayant pas fermé l’œil de la nuit, je suis convaincu que la journée va être difficile. Une dizaine de minutes plus tard, nous avalons un petit déjeuner avant d’aller s’équiper. Prêts à en découdre, les premiers efforts du jour consistent à descendre prudemment du refuge.

 

Revenus au dépôt des skis, nous fixons peaux de phoque et couteaux. Dans la nuit noire, la progression se fait encordée. Les uns derrière les autres, les pentes du Mont Banc sont aujourd'hui bien peuplées. Le Pic Wilson est contourné à droite, plus au sud-ouest. Nous nous engageons ensuite dans le fameux vallon fortement exposé aux chutes de séracs. Les rares cordées s'engageant sur l'arête nord du Dôme du Goûter partent plus à l'ouest. Dans la nuit noire, il est impossible de se rendre compte que d'immenses masses glaciaires sont au dessus de nos têtes, prêtes à tomber. Le Petit Plateau est remonté intégralement, avec quelques courts déchaussages sur les sections plus raides. Juste avant de gagner le Grand Plateau, nous contournons un sérac gigantesque sur sa gauche.

 

En dépassant les 4000 mètres d'altitude, l'exposition diminue significativement et le rythme aussi. Au loin, les premières lueurs du jour font leur apparition. Le prochain objectif est de gravir le col du Dôme, endroit que je connais déjà bien. Ce n'est pas sans mal que ce dernier est rejoint, sous un lever de soleil somptueux. Sous l'abri Vallot, les conversions s'avèrent techniques car le terrain se fait de plus en plus gelé.

Arrivés à la cabane, à exactement 4362 mètres d'altitude, une pause s’impose. Ici, la majorité des prétendants du Mont Blanc laissent leurs skis. Avec moins de poids, l'arête des Bosses que nous devons traverser serait rendue moins douloureuse. De plus, la face nord du Mont Blanc n'est pas sans risque à skier. Actuellement tracée, nous décidons de porter tout notre matériel jusqu'au sommet. Notre objectif commun est clair, chausser sur le toit des Alpes !

Skis solidement attachés aux sacs, piolets à la main et crampons aux pieds, nous sommes prêts. La première Bosse est gravie sans trop de souci. À la deuxième, je commence à peiner et lutte pour garder le rythme de mes collègues en forme. Sous l'arête sommitale, une rimaye est apparue depuis la dernière fois que j'ai gravi la montagne, en 2013. Une corde fixe est installée pour faciliter la progression.

 

Le point culminant des Alpes est sous nos pieds, il est 10h30 ! Il s’agit d’une double première pour Anne-Lorraine et Raphaël. Pour ma part, je suis heureux d’avoir foulé pour la quatrième fois cette montagne que j’aime tant ! Le froid n’est pas négligeable mais la visibilité est parfaite. Un ciel vierge de nuage me pousserait à faire des photos pendant des heures. Je passe un coup de fil à mes parents, avoir la 4G à ces altitudes n'est pas commun.

 

Skis aux pieds et peaux enlevées, nous sommes prêts ! Nous nous engageons dans la face nord, raide et glacée sur ses premiers 300 mètres. L’attention doit être au rendez-vous, une faute de carre pourrait nous mener bien plus bas. L'obstacle passé, il est désormais nécessaire de bifurquer plein ouest. Ici, le mot exposition prend tout son sens, nous sommes sous d’immenses séracs déversants !

En rejoignant le Grand Plateau, la pression redescend quelque peu. À ce moment-là, un petit avion se pose sur le glacier. Une courte pause s'impose, avant de rejoindre le Petit Plateau. De jour, je découvre l'exposition excessive de l'itinéraire remonté de nuit. En descente, le refuge des Grands Mulets est vite gagné. Une énième pause est nécessaire avant de descendre à la Jonction et de retraverser jusqu'au Plan de l'Aiguille.

Le Mont Blanc à ski se mérite. La voie des Grands Mulets est magnifique mais très exposée, de haut en bas. La face nord rajoute bien évidemment une énorme satisfaction mais n'est pas sans risque.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".