Mont Aiguille (2086m)

24 mai 2014, Vercors, France

 

Itinéraire : voie normale

Configuration : boucle

Départ : Richardière

Orientation principale : nord-ouest

Cotation alpinisme : PD

Engagement : II

Place dans la cordée : en tête

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 900 mètres

Compagnon : Mylène Deffrennes

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Mont Aiguille est sûrement l'une des montagnes les plus belles et les plus connues au monde, classée parmi les sept merveilles du Dauphiné. C'est une cime impressionnante, détachée de la falaise orientale du Vercors. Son sommet a été gravi pour la première fois le 26 juin 1492, à l'aide d'échelles et de pitons. Cette expédition aurait été organisée sous les ordres du roi Charles VIII, fasciné par le Mont Aiguille. Selon l'Histoire, il s'agirait du berceau de l'alpinisme et a longtemps été surnommé "Mont Inaccessible". Entourée de chaque côté par d'imposantes falaises, la partie sommitale en est totalement différente. En effet, il s'agit d'un large plateau herbeux, où le bivouac y est fréquent. L'aviateur Henri Giraud y posa son petit avion en 1957.

 

Aujourd'hui, la star du Vercors possède une trentaine de voies d'ascension, allant de l'initiation à l'escalade très difficile. C'est dans sa face nord-ouest que se dessinent les itinéraires les plus faciles, dont le normal. Ce dernier est une course peu technique et ne voit jamais le soleil durant la matinée. Cette voie se résume par un enchainement astucieux de cheminées à gravir et de vires à traverser. Elle est très populaire et il n'est pas rare de faire la queue en pleine paroi. Très attiré par cette montagne de renom, je propose à Mylène de m'accompagner pour cette ascension.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Nous arrivons à Chichilianne vers neuf heures, charmante petite commune du Trièves. Afin de gagner du temps, je gare la voiture en amont, au hameau de la Richardière. L'approche débute sur des sentiers balisés, dominés par l'impressionnant Mont Aiguille, maître incontesté des lieux. Nous progressons à un bon rythme avant d'arriver en forêt. Après une heure d'effort en sous-bois, nous gagnons le col de l'Aupet, à 1627 mètres d'altitude. La randonnée jusqu'à la face nord-ouest de l'objectif est relativement longue. De plus, il n'est pas du tout évident de trouver le départ de l'itinéraire sur un versant si complexe.

 

L'attaque de la voie débute juste au dessus d'une grosse broche de fer forgé. Nous grimpons quelques cheminées faciles, où il est difficile de protéger la progression. Je monte puis j'assure Mylène, juste avant d'attaquer une grande traversée ascendante de la face. Une main courante est installée pour faciliter le passage et il est possible de mettre quelques dégaines pour se sécuriser. Nous avançons corde tendue jusqu'à arriver à "l'entaille de la vierge", une plateforme agréable entourée de tours rocheuses. J'attends Mylène tout en l'assurant depuis cet endroit. 

 

Il est ensuite nécessaire de contourner un impressionnant gendarme par sa gauche. Le terrain devient moins raide mais bien plus instable. En effet, les chutes de pierres y sont fréquentes et je peux affirmer que le casque n'est pas un luxe. Nous devons désormais traverser de nombreuses vires exposées, tout en gagnant de la hauteur. Parmi elles se dessine le fameux "passage des meules" , une vire sous plafond.

 

Nous buttons sous le ressaut final de 80 mètres, section la plus technique de la course. Certains passages sont humides, ce qui rend les appuis glissants. Lorsque j'arrive au sommet de l'obstacle, je découvre une toute autre ambiance. L'obscure escalade étroite de la cheminée a laissé place à un large champ d'herbe ensoleillé. Je n'en crois pas mes yeux, un changement brutal de décors n'est possible qu'ici ! Mylène est autant étonnée que moi lorsqu'elle sort des difficultés. Le vent souffle fort, il n'y a plus aucune paroi pour nous protéger. Le véritable sommet se rejoint en cinq minutes, par un sentier.

 

Une fois atteint, je découvre un cairn abritant un personnage en légo. Décidément, le Mont Aiguille n'a pas fini de nous étonner. Je me penche légèrement pour admirer le vide spectaculaire qu'offre sa face nord-est, quasiment verticale. Nous revenons sur nos pas pour entreprendre la descente.

 

Une plaque métallique commémorative et un cairn indiquent le haut de la voie des Tubulaires, itinéraire classique pour désescalader le Mont Aiguille. Nous perdons de l'altitude au milieu de gradins instables et de névés. Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde qui redescendent de la montagne. En effet, une queue s'est déjà formée au premier rappel de 30 mètres.

 

Une fois en aval de celui-ci, nous rejoignons le deuxième de 45 mètres. Celui-ci est impressionnant et se termine à l'intérieur d'une faille. Je rejoins Mylène, descendue en première. Manipulations de corde effectuées, nous avons désormais l'impression d'être dans une grotte. Nous devons nous faufiler sous un énorme bloc coincé avant de sortir de l'obscurité. Il ne reste désormais qu'à faire la randonnée d'approche dans l'autre sens. Il est environ 18 heures lorsque nous retrouvons le parking. Cette journée fut bien plus longue que prévue...

 

La voie normale de la cime est très plaisante et permet de gravir une légende du milieu de l'alpinisme. L'instant où nous découvrons la prairie sommitale, après une longue escalade donne un caractère unique à la course !

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".