Illiniza Norte (5130m)

28 & 29 septembre 2018, Andes du Nord, Équateur

 

Itinéraire : traversée classique

Configuration : boucle

Départ : parking de la Virgen

Orientation principale : sud

Cotation alpinisme : F

Engagement : II

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1180 mètres

Fréquentation : peu fréquenté

Compagnons :

  • Hugo Cagnon

  • Pierrick Demeulier

  • Benoit Vlieghe

Présentation du sommet

 

L'Illiniza est un volcan équatorien, composé de deux sommets bien distincts. L'Illiniza Sur, nom donné à la cime méridionale, représente le point culminant de l'ensemble. Il s'agit de la sixième plus haute montagne du pays, abritant de petits glaciers. Techniquement, c'est l'une des ascensions les plus difficiles d'Équateur. L'Illiniza Norte est le sommet septentrional, légèrement plus petit que son voisin. Ce dernier est totalement sec et bien plus facile à gravir. Les deux proéminences sont séparées l'une de l'autre par un vaste col. Très proche de celui-ci, en aval, est construit le refuge Nuevos Horizontes, à 4700 mètres d'altitude.

La voie normale de l'Illiniza Norte est devenue une grande classique du secteur. Son ascension se situerait entre la randonnée alpine et l'alpinisme facile, en fonction des conditions rencontrées. À plus de 5000 mètres, elle constituerait ainsi une sortie d'acclimatation idéale, très utile pour des projets plus ambitieux. Ayant déjà gravi trois cimes locales de plus de 4000 mètres, nous désirons prendre de la hauteur. La montée peut être réalisée en un jour, mais nous préférons la faire en deux. En effet, une nuit dans le gite susmentionné permettrait de parfaire l'acclimatation. 

Galerie

Récit de l'ascension

 

28 septembre 2018

 

Avec l'ascension du Corazón la veille, nous avons passé une deuxième nuit dans la ville de Machachi. Les affaires, jugées inutiles pour les deux prochains jours, sont laissées à l'auberge. Dans la matinée, un bus est pris pour gagner El Chaupi, le village à l'entrée du parc national des Illiniza. Nous trouvons ensuite un chauffeur, équipé d'un véhicule tout-terrain pour gagner le parking de la Virgen, à 3950 mètres d'altitude. À mi-chemin, il est obligatoire de faire une halte à la maison des gardes. En effet, il est officiellement interdit de tenter l'ascension de l'Illiniza Norte ou du Sur sans guide local. Bizarrement, personne ne nous dit rien. Une sorte de décharge est signée, avant de repartir en 4x4.

Le point de départ, vaste plateau poussiéreux, est rejoint. Ce dernier est matérialisé par un panneau. La météo est au beau fixe. Face à nous, les deux Illiniza trônent comme des rois. Dans notre dos, l'immense Cotopaxi se dresse fièrement. Il est l'heure de débuter la marche jusqu'au refuge Nuevos Horizontes, perché à 4700 mètres d'altitude. Après une courte erreur quant à l'itinéraire, pourtant évident, nous retrouvons le bon chemin. Il s'agit d'une large piste, agréable à suivre et proposant une pente douce. Nous nous faisons doubler par deux équatoriens sur la route. Il s'agit de José, un muletier ravitaillant le gite et Freddy, le gardien. Nous sommes loin du ravitaillement par hélicoptère des Alpes, et cela a son charme ! 

En amont, nous prenons pied sur la moraine nord de l'Illiniza Sur. La progression n'est pas sans peine, je souffre quelque peu de l'altitude et de la fatigue accumulée des jours précédents. Le terrain est parfois raide, entrecoupé de blocs rocheux. En amont de la moraine, le sentier tourne vers l'ouest, en direction du col séparant les deux Illiniza. Avant celui-ci se trouve le petit refuge Nuevos Horizontes. D'une couleur orange, il contraste parfaitement dans ce milieu minéral.

La petite bâtisse d'altitude est donc devant nous vers 14 heures. À l'intérieur, dans l'unique pièce, nous déposons nos paquetages. Les sacs de couchage sont installés sur les lits superposés. Sur la terrasse, je rencontre un magnifique loup des Andes, cherchant à manger les restes de nourritures qui se trouvent à proximité. Avec Hugo, nous faisons un court aller-retour au col séparant les Illiniza, afin de profiter de la vue. En dix minutes à peine, ce dernier est gagné. Un vent puissant règne ici, nous poussant à faire demi-tour rapidement.

Revenus à Nuevos Horizontes, nous sommes rejoints par des anglais et deux de leurs guides. Afin de tuer le temps, nous faisons une partie de cartes. Benoit et Pierrick décident ensuite d'aller au col à leur tour, afin d'immortaliser un coucher de soleil. Quant à Hugo et moi, nous nous installons à table, en compagnie des autres prétendants au sommet. Nos deux compères arrivent au milieu du repas. Dans une ambiance conviviale, nous mangeons le plat servi par le gardien. Le ventre plein, nous partons ensuite tenter de dormir. En position horizontale, tout le monde ressent la haute altitude. Les maux de tête sont au rendez-vous...

29 septembre 2018

 

Le réveil sonne à quatre heures et demi du matin. N'ayant pas fermé l'œil de la nuit, je suis heureux que mon attente se termine. Mes camarades ont également très mal dormi et n'attendent qu'une seule chose... partir au plus vite ! Je n'ai pas l'habitude de me lever si tard en haute montagne. Le dénivelé d'aujourd'hui, inférieur à 500 mètres, ne nécessite pas de partir plus tôt. Une collation plus tard, nous sommes contraints à prendre toutes nos affaires. Effectivement, nous ne repasserons pas par le refuge sur le chemin du retour.

Dehors, les températures sont fraiches. Le ciel, parfaitement étoilé, est présage d'une belle matinée ! Nous nous mettons en route, à un rythme rapide pour la hauteur. Le col, atteint la veille, est à nouveau sous nos pieds. Il est ensuite nécessaire de s'engager sur l'évidente crête qui se dresse en direction du nord. Le terrain devient plus exigeant, sans être pour autant pénible. Cependant, l'altitude nous rappelle vite à l'ordre, le rythme adopté précédemment doit impérativement être baissé.

Légèrement en amont, nous décidons de faire une longue pause sur la crête, afin d'admirer le lever de soleil. Nous n'hésitons pas à nous couvrir, il fait vite froid lorsque nous sommes statiques. À gauche de l'imposante silhouette du Cotopaxi, le soleil commence à se lever. Le spectacle est grandiose ! Derrière moi, la face sud de l'Illiniza Norte devient orangée ! Après avoir contemplé près de 30 minutes cet instant privilégié, il est temps de se remettre en route.

Nous gagnons encore en dénivelé, et rejoignons un replat poussiéreux. Le dernier de mon groupe, je suis désormais suivi de près par les anglais et par leurs guides. Un ressaut rocheux instable est franchi, aboutissant naturellement sous une tour rocheuse caractéristique. Cette dernière est contournée par la droite. S'en suit une traversée vers le nord-ouest, relativement exposée par endroits. Une courte désescalade est négociée, avant de buter sous l'obstacle sommital.  

 

Il s'apparente à un couloir rocheux, où les chutes de pierres sont fréquentes. Ici, il vaut mieux rester groupé. Après cette escalade facile, nous sortons du couloir par une traversée ascendante gauche. Une autre escalade, plus courte et moins dangereuse, est réalisée. Quelques cairns et marques timides sont là pour aider quant à la route à suivre, dans ce chaos minéral. Nous accédons à la crête sommitale, en amont. Il est nécessaire de la suivre en direction de l'ouest, dans le but d'en finir. Nous progressons sur le fil, offrant de la glace sur son versant sud, à notre gauche donc. Ces masses de glaces, collées à la paroi, ne gène en rien la progression. En outre, elles rendent le paysage très esthétique et photogénique !

Le sommet escarpé de l'Illiniza Norte est gagné vers sept heures ! Ce dernier est matérialisé par une petite croix en métal. En regardant vers le sud, l'Illiniza Sur domine de peu. À sa droite, la silhouette massive du Chimborazo découpe l'horizon. Vivement que l'on aille tenter son ascension dans quelques jours ! Une dizaine de photos plus tard, nous ne tardons pas pour redescendre.

Nous re-traversons rapidement la crête, puis nous replongeons dans le versant nord de l'Illiniza Norte. En désescaladant sa partie sommitale, nous croisons la cordée d'anglais, accompagnée des guides. Ces derniers assurent leurs clients à l'aide d'une corde. Ils la laissent fixée à la paroi, dans le but de tirer des rappels à la descente. Après leur avoir demandé, nous leur empruntons puis descendons en rappel, afin de minimiser les risques.

En aval du couloir, nous cernons la voie classique de descente, différente que celle de montée. Il s'agit de perte de l'altitude sur l'arête nord-nord-est, puis dans les nombreux éboulis du versant oriental. S'en suit une sente, d'abord poussiéreuse, menant à la base de la moraine nord de l'Illiniza Sur. C'est ainsi que le chemin emprunté hier est rejoint, conduisant naturellement au point de départ. Le parking de la Virgen est sous nos pieds, vers les neuf heures du matin. Nous avons une heure et demi d'avance sur le rendez-vous. Il serait dommage de ne pas en profiter pour faire une petite sieste, avant de retrouver le taxi tout-terrain.

L'Illiniza Norte offre une ascension magnifique, où la majorité des hauts sommets du pays sont visibles. Par conditions sèches, son ascension est aisée. Attention tout de même à la partie haute, offrant une multitude de pierres instables. 

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".