Haute Route (3710m)

Du 28 juillet au 01 août 2010, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : traversée Mauvoisin >> Zermatt

Configuration : traversée

Départ : Mauvoisin

Cotation alpinisme : F

Engagement : II

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3500 mètres

Compagnons :

  • Jean-Baptiste Mang

  • la famille Vandroux

 

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Reliant les deux capitales de l'alpinisme, la "haute route" Chamonix-Zermatt est un itinéraire alpin grandiose, sûrement l'un des plus réputés au monde. Ce dernier offre des points de vue uniques sur les plus belles cimes du massif du Mont-Blanc et du Valais. Sans grandes difficultés techniques, il s'agit d'une traversée classique, en alpinisme l'été ou en ski de randonnée au printemps. Généralement, elle se réalise en une semaine, débutant à l'arrivée du téléphérique des Grands Montets à Argentière et finissant dans le centre de Zermatt. Le tracé propose énormément de variantes, modifiant la difficulté et la durée du séjour. Le record de vitesse du parcours mythique est battu le 21 mars 2016, en seulement 16 heures et 35 minutes.

 

Un ami de lycée, Lucas, me propose de découvrir l'univers de la haute montagne. En me joignant à un groupe qu'il connait, guidé par un professionnel nommé Jean-Baptiste, je pourrai enfin apprendre les techniques de bases pour progresser dans ce milieu hostile. La maman et la sœur de mon ami, avec qui je sympathise vite, seront également de la partie. N'ayant que cinq jours de disponible, le guide nous propose d'écourter l'excursion, en partant directement de Mauvoisin. Nous rejoindrions ainsi directement la cabane Chanrion depuis la vallée. En ayant réservé la nuitée et la demi-pension dans chaque refuge, les sacs à dos ne seront pas lourds.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Jour 1 : barrage de Mauvoisin (1975m) - cabane Chanrion (2462m)

 

 

Après avoir fait connaissance avec le groupe et le guide durant le trajet, nous arrivons à Martigny où nous laissons une voiture. Un deuxième véhicule nous emmène à Mauvoisin, point de départ de notre traversée. Je suis d'ores et déjà pressé de découvrir l'univers de la haute montagne, totalement inconnu et intriguant pour moi ! Mais avant de s'émerveiller devant les glaciers, il est tout d'abord nécessaire de gagner de la hauteur à des altitudes plus raisonnables. Nous montons au barrage, en amont du hameau puis le traversons. Grâce à des tunnels creusés dans la roche, nous gagnons la rive droite de l'esthétique lac de Mauvoisin. Le chemin sur lequel nous avançons, à flanc de rochers, est large et plat jusqu'à l'altitude 2065.

 

Nous nous élevons ensuite dans les alpages dominant l'immense étendue d'eau, en direction de la cabane Chanrion. Le Grand Combin et le Mont Gelé sont ici les rois du secteur. Après deux heures d'effort environ, nous gagnons le lac de Tsofereit puis le col éponyme, à 2642 mètres. D'ici, il ne reste plus qu'à redescendre 200 mètres par des escaliers puis sur un chemin rocailleux. En suivant ce dernier, nous traversons les pâturages jusqu'à Chanrion où nous passerons une bonne soirée et une courte nuit.

 

 

Jour 2 : cabane Chanrion (2462m) - cabane des Vignettes (3157m)

 

En prenant un petit-déjeuner copieux tôt le matin, nous sortons de la cabane sereinement. Le temps est gris et nous recevons même quelques gouttes de pluie. Malgré une faible visibilité, Jean-Baptiste arrive à nous guider sans souci. En prenant la direction nord-est, nous perdons de la hauteur par un petit sentier puis par une route carrossable. 

 

Lorsque nous gagnons la base du glacier d'Otemma, la météo s'améliore sensiblement. En prenant pied sur le glacier, je réalise que je n'avais jamais remonté ce genre de terrain auparavant, quelle émotion ! Crampons inutiles, nous remontons la pente douce en adoptant un bon rythme, pendant sept kilomètres environ. Au col de Charmotane, perché à 3037 mètres d'altitude, la troupe fait une halte et profite du paysage.

 

Toujours derrière Jean-Baptiste, je suis mes collègues en bifurquant à gauche pour gagner le col des Vignettes. À partir de celui-ci, nous chaussons les crampons et nous nous encordons les uns aux autres. Encore une fois, c'est une grande première pour ma part ! Il se met à neiger fortement lorsque nous contournons un éperon rocheux par sa gauche. Dans cette purée de pois, j'aperçois la cabane à la dernière minute, à la fois heureux et rassuré.

 

Suite à cette longue journée formatrice, le dîner est plus que le bienvenu ! À cause de la neige fraiche, le guide nous suggère d'éviter la traversée qu'il voulait faire à la base. Effectivement, cette dernière nous nous aurait permis de rejoindre directement le prochain refuge. Dangereuse selon lui, Jean-Baptiste préfère descendre jusqu'à Arolla pour remonter au prochain gîte, par un sentier de moyenne montagne. Suite à cette discussion instructive, je pars me coucher dans une des chambres luxueuses qu'offre cet hôtel d'altitude.

 

 

Jour 3 : cabane des Vignettes (3157m) - cabane Bertol (3311m)

 

Au réveil, je constate que mon altimètre a augmenté durant la nuit. Signifiant une dépression, ce n'est jamais très bon signe concernant la météo. Nous petit-déjeunons puis sortons de la jolie cabane. Une fois encordés, nous perdons de la hauteur sur le glacier de Pièce. Minutes après minutes, le ciel se dégage et je distingue l'imposant Pigne d'Arolla sur ma gauche, à travers les nuages.

 

Ayant repris pied sur un chemin de randonnée, nous enlevons la corde puis gagnons la station suisse en contrebas. Arolla rejoint, nous attaquons directement la montée jusqu'au Plan de Bertol, dominé par le somptueux Mont Collon. D'ici, il est nécessaire de remonter un vallon avant d'obliquer à droite. Le refuge, perché sur son bastion rocheux, est déjà visible. Une pente de neige nous fait face, nous chaussons donc les crampons. En remontant les uns derrière les autres, des marches se forment dans la neige. Une fois au col de Bertol, la dernière étape consiste à monter sur de grandes échelles verticales, donnant accès à la terrasse du gîte.

 

La vue depuis la cabane est sublime et le coucher de soleil restera gravé dans ma mémoire. Les imposantes masses rocheuses de la Dent Blanche, du Cervin et de la Dent d'Hérens trônent au loin, dominant le paysage glaciaire. Nous mangeons un bon repas puis dégustons du génépi faisant office de digestif. Demain sera le jour de mon premier vrai sommet, la Tête Blanche !

 

 

Jour 4 : cabane Bertol (3311m) - Tête Blanche (3710m) -  cabane Schönbiel (2694m)

 

Au réveil, nous découvrons une météo superbe. Le ventre plein, nous descendons les échelles vertigineuses puis accédons au glacier du Mont Miné. Une fois encordés, nous traversons le vaste plateau glaciaire en direction du col des Bouquetins. Vers 3357 mètres, le col est délaissé pour un itinéraire à sa gauche. Nous empruntons ensuite une combe qui doit être remontée dans son intégralité. Au loin, je découvre pour la première fois les crevasses, donnant un aspect à la fois esthétique et dangereux aux glaciers.


La pente devient plus raide puis aboutit à un plateau sommital, dominé par la croix de Tête Blanche, marquant le point culminant. J'ai gravi mon premier vrai sommet, je suis à 3710 mètres d'altitude ! La vue sur le Cervin et la Dent d'Hérens depuis cette montagne est unique ! Une pause s'impose pour se ravitailler un peu mais surtout pour immortaliser ce moment plein d'émotions.

 

Après quelques photos de groupe, il est l'heure d'attaquer la longue descente en direction de la cabane Schönbiel, notre dernier refuge. En revenant à des altitudes plus raisonnables par le glacier de Stockji, très crevassé, la vigilance doit être de la partie. Nous quittons ce terrain en perpétuel mouvement pour un sentier très esthétique, dominé par la face nord de la Dent d'Hérens. En perdant de l'altitude, la moraine du glacier de Zmutt est atteinte. Après une longue marche, sous une chaleur épuisante, le gîte est enfin devant nous.

 

Nous nous posons dehors en terrasse, face au géant rocheux qu'est le Cervin. Littéralement écrasés par sa masse rocheuse, nous jouissons néanmoins d'une vue imprenable sur l'ensemble des sommets du Mont Rose mais aussi sur le Rimpfischhorn plus à gauche. Le coucher de soleil sera encore une fois magique, donnant une teinte rose à toutes les hautes cimes enneigées du secteur.

 

 

Jour 5 : cabane Schönbiel (2694m) - Zermatt (1608m)

 

Nous nous levons à six heures du matin. Je savoure notre dernier petit déjeuner en altitude avant d'attaquer la longue descente jusqu'à Zermatt. Cette dernière s'avère de toute beauté et offre des points de vue très différents de la face nord du Cervin, l'une des plus techniques des Alpes ! Quelques cascades et edelweiss colorent l'univers minéral dans lequel nous progressons. Ici, les mondes très différents de la moyenne et de la haute montagne se confrontent et rendent l'ambiance encore plus féérique.

 

Nous arrivons à Zmutt, joli hameau dominant la célèbre station suisse. Revenus à la civilisation, nous traversons la station piétonne qu'est Zermatt. Je découvre cet endroit de renom, offrant la vue la plus connue du Cervin, celle de ses faces nord et est. L'ensemble de l'équipe reviendra en train à Martigny pour récupérer la première voiture, puis la deuxième à Mauvoisin. 

 

Quelle aventure, ce raid en haute montagne m'a littéralement comblé ! J'ai découvert un sport magnifique, une ambiance unique, des merveilles de la nature qui m'étaient totalement inconnues jusqu'à présent. Sans aucun doute, le virus m'a contaminé ! Je peux donc affirmer que ma passion est née après ce séjour, merci Lucas de m'avoir proposé de te suivre !

Cette traversée est, comme le dit toute personne qui y est allée, somptueuse. Sans prendre de gros risques, elle permet d'avoir des points de vue sur de nombreuses cimes majeures des Alpes, en alternant moyenne et haute montagne !

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".