Grivola (3969m)

14 & 15 juillet 2017, Grand Paradis, Italie

 

Itinéraire : face sud-est

Configuration : aller-retour

Départ : Valnontey

Orientation principale : sud-est

Cotation alpinisme : PD+

Engagement : III

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2450 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnon : Raphaël Salomon

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

La Grivola constitue le deuxième plus haut sommet du massif du Grand Paradis, précédé par la cime éponyme. Trônant en territoire valdôtain, sur les hauteurs du val de Cogne, il s'agit également de la deuxième plus haute montagne entièrement italienne. Isolée et élégante, cette dernière a néanmoins la réputation d'être dangereuse, en raison de la qualité exécrable de la roche dont elle est composée. Très sauvage et peu parcourue, les informations relatives à ses itinéraires sont assez rares. L'arête nord-est, dite "des Clochettes", constitue l'une des courses d'alpinisme menant au point culminant.

 

La face sud-est elle, pourrait-être considérée comme la voie normale de la Grivola. Le refuge Vittorio Sella, construit à quasiment 2600 mètres d'altitude est idéal pour couper l'ascension en deux. Ayant atteint le bivouac Balzola en 2012, perché à 3500 mètres sur l'arête des Clochettes, j'ai dû faire demi-tour car des orages menaçaient. Je propose à Raphaël de m'accompagner pour prendre une vieille revanche sur cette montagne. Nous emprunterons cependant la face sud-est, plus accessible techniquement que l'arête et en bivouaquant en amont du refuge cité précédemment.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

14 juillet 2017

 

Arrivés au hameau de Valnontey vers 16 heures, au fond du val de Cogne, nous nous garons sur la rive gauche du fleuve principal. Affaires soigneusement préparées et sacs à dos bien lourds, nous débutons la montée vers le refuge Vittorio Sella. Il est tout d'abord nécessaire de longer le jardin botanique "Paradisa", avant d'arriver en forêt. À l'abri du soleil, le large sentier qu'il faut suivre se fait très roulant. La prise de hauteur est donc rapide et agréable. Au milieu des sous-bois, un pont en bois permet de traverser l'imposante cascade de Lauson, bien tourmentée.

En amont, sur les alpages verdoyants, la vue sur les hauts sommets du massif se dégage. Plus à l'est, ce sont les masses rocheuses et glaciaires de la Roccia Viva et de la Becca di Gay qui dominent le paysage. Peu de temps plus tard, nous retraversons la cascade évoquée précédemment pour gagner une longue traversée ascendante de l'autre côté. La maison du Parc, matérialisée par quelques bâtisses en pierres, est laissée sur notre gauche.

Le refuge Vittorio Sella, confortablement installé dans la cuvette de Lauson et composé de deux bâtiments principaux, est rejoint. Nombreux sont les randonneurs qui profitent des lumières de fin de journée et des températures agréables qui règnent ici. Nous décidons de monter encore un peu, afin d'écourter au maximum la journée de demain. À travers les marmottes et les bouquetins, nous plantons la tente sur un large replat, 300 mètres en amont de Vittorio Sella et proche d'un court d'eau.

 

Une fois le bivouac correctement installé, nous nous ravitaillons de façon conséquente. En effet, il est primordial d'avoir un maximum d'énergie pour la journée de demain, qui risque d'être soutenue physiquement. Les températures tombent en flèche, au fur et à mesure que le soleil devient timide. La nécessité d'allumer les lampes frontales sous-entend qu'il est grand temps d'aller se reposer, le réveil étant fixé à trois heures du matin !

15 juillet 2017

 

L'alarme sonne donc, comme prévu, au milieu de la nuit. Étonnamment, la fatigue est absente et le sommeil n'a pas été si mauvais que cela. Par un froid notable, le petit-déjeuner est rapidement pris et précède la désinstallation du campement. Les affaires inutiles à l'ascension en tant que telle sont cachées sous un rocher à proximité. Sacs plus légers, l'efficacité sera ainsi au rendez-vous. Nous nous mettons en route puis gagnons le point 2844, avant d'emprunter un sentier menant au col de la Rousse. Quelques passages glissants, humidifiés par des courts d'eau, doivent être surmontés.

Avant d'aboutir au col de la Rousse, un chemin bifurque vers un petit plateau, à environ 3100 mètres d'altitude. En restant à flanc de paroi à droite, nous gagnons le pied du couloir d'accès au col de la Noire. Dans ce terrain rocheux chaotique, nous nous élevons parfois à quatre pattes. Derrière nous, je reconnais l'imposante silhouette du Grand Paradis, recevant d'ores et déjà les premiers rayons de soleil.

Le col de la Noire est atteint vers six heures, le vent apparait subitement en ces lieux. La face sud-est de la Grivola apparait en face, seul le glacier du Trajoz nous en sépare désormais ! Avec le lever de soleil, l'imposante montagne prend ses teintes matinales, le spectacle est grandiose ! Piolets à la main et crampons aux pieds, nous perdons légèrement de la hauteur afin de descendre sur le glacier. Il est nécessaire de le traverser jusqu'au pied du mur rocheux qui nous attend. Sans trop de crevasses ni de séracs menaçants, la marche est ainsi aisée et paisible.

Au pied de la face, il est nécessaire de monter une cinquantaine de mètres sur une pente de neige raide, avant d'aboutir aux premières dalles rocheuses. Piolets et crampons rangés, nous bifurquons sur notre gauche pour débuter l'escalade. Mon pied glisse sur l'une des dalles, recouverte d'une couche désagréable de verglas. Je propose à Raphaël de nous encorder ici, afin d'essayer de sécuriser ce passage délicat. Bien meilleur grimpeur que moi, mon ami passe en tête et pose quelques coinceurs. La section passée, nous gagnons le premier couloir principal de la Grivola, devant être escaladé de moitié environ.

Ayant gagné une centaine de mètres sur le dénivelé, nous enlevons la corde afin de progresser plus rapidement. Effectivement, le terrain se fait moins technique, malgré la pente et le terrain très instable sur le quel nous sommes. De plus, certains nuages ont l'air un peu menaçants. La pire des situations serait de se retrouver sous une intempérie, en plein milieu de ce dévaloir. Vers 3780 mètres, un cairn rappelle qu'il faut changer de couloir, afin d'atteindre le sommet en minimisant les difficultés. Le couloir secondaire est donc gagné sur notre droite, moins difficile que le premier. Une centaine de mètres en amont, nous rejoignons l'arête nord-est et concluons avec succès cette ascension relativement facilement.

Le sommet de la Grivola est gagné vers 9 heures et demi du matin. Quel plaisir d'être ici et d'avoir pris ma revanche, chose que j'attendais depuis une demi-décennie ! Cependant, la partie la plus délicate de la course est à venir et je me sens quelque peu stressé en y pensant. Effectivement la désescalade de la face ne sera pas une partie de plaisir et va très certainement s'apparenter à une entreprise périlleuse et difficile nerveusement. J'essaye tout de même d'apprécier le panorama, où les plus hauts sommets des Alpes sont visibles.

Après une quinzaine de minutes à quasiment 4000 mètres, nous débutons le long retour à la civilisation. La désescalade du couloir secondaire est relativement aisée. En suivant les quelques marques jaunes peintes sur le rocher, que l'on avait guère vu à la montée, le chemin le plus facile se dessine petit à petit. Revenus au point d'intersection avec le premier couloir, la partie la plus délicate de la descente est juste devant nous. Nous devons absolument faire preuve de sang froid et garder notre concentration, un faux pas pourrait nous faire chuter de 400 mètres. En plus, chaque pas provoque quasiment une chute de pierres, heureusement que nous sommes seuls dans la face. Sur les 100 premiers mètres de la face, nous faisons des rappels de 30 mètres pour revenir sur le glacier en toute sécurité.

Nous devons maintenant remonter au col de la Noire, en réempruntant le glacier du Trajoz. Une fois cette étape réalisée, nous descendons au lieu du bivouac, où nous rencontrons des personnes pour la première fois de la journée. Affaires récupérées, les sacs ont doublé en poids et en volume. Il ne reste ainsi plus qu'à descendre jusqu'à Valnontey, en croisant les nombreux randonneurs qui montent au refuge Vittorio Sella.

 

La Grivola est un sommet majeur d'Italie et l'une des plus belles pyramides des Alpes ! Son ascension est cependant réservée aux personnes conscientes du danger objectif qu'elle suppose. À recommander pour les plus motivés, à la recherche d'un cadre sauvage et sans artifice !

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".