Grand Paradis (4061m)

16 & 17 septembre 2012, Grand Paradis, Italie

 

Itinéraire : voie Bertolone

Configuration : boucle

Départ : Pravieux - Valsavarenche

Orientation principale : nord

Cotation alpinisme : D

Engagement : III

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2100 mètres

Compagnon : Nicolas Condevaux

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Grand Paradis est une cime des Alpes italiennes, point culminant du massif éponyme. Dans le secteur, il s'agit de l'unique sommet dépassant la barre des 4000 mètres d'altitude. Essentiellement glaciaire, sa partie sommitale est néanmoins composée de plusieurs gendarmes rocheux. Une vierge a été installée sur le plus haut d'entre eux, marquant le point culminant. De par la faible technicité de sa voie normale, le Grand Paradis est accessible pour la plupart depuis les refuges Victor Emmanuel II ou Chabod. Il est ainsi très fréquenté, par les alpinistes ou les skieurs de randonnée.

 

Le géant du Valsavarenche offre une multitude d'itinéraires plus ou moins difficiles, dont sa célèbre face nord. La voie Bertolone traverse cette paroi toujours glacée ou enneigée, inclinée jusqu'à 55 degrés sur une hauteur de 600 mètres. Ayant fait demi-tour la même année à ski en raison d'un risque d'avalanche élevé, je décide de prendre ma revanche avec Nicolas. Ce dernier me propose d'aller gravir ce sommet par cette voie technique et engagée.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension​

16 septembre 2012

Nous arrivons dans le Valsavarenche, où la météo est idéale. Je gare la voiture à Pravieux, point de départ d'une altitude de 1834 mètres. L’objectif du jour est d’atteindre le refuge Chabot, situé devant la face nord du Petit et du Grand Paradis. Malgré nos sacs lourds, le début de la randonnée est agréable et s'effectue en forêt, à l'abri du soleil. Des marches en pierre construites par l'Homme facilitent la progression. Sortis du sous-bois, les alpages nous offrent une vue dégagée sur les environs.

 

Depuis les vastes pentes fleuries sur lesquelles nous nous trouvons, la prise de photos me semble obligatoire. L'objectif du lendemain est en visuel ! J’observe la voie par laquelle nous allons atteindre le sommet, qui parait totalement verticale vue d’ici. L'idée de progresser à deux piolets sur une pente raide de neige ou de glace me réjouit d'ores et déjà !

 

Quelques moments plus tard, le refuge Chabot est atteint. Sacs posés, il est déjà l’heure de se ravitailler. Sans demi-pension, nous sortons sur la terrasse pour cuisiner. Le soleil se couche et le Petit et Grand Paradis prennent leurs couleurs rosées de fin de journée. Réveil fixé à deux heures du matin, nous ne tardons pas pour aller au lit.

 

 

17 septembre 2012

 

La montre sonne et sommes les premiers levés. Effectivement, les personnes empruntant la voie normale ou la petite face nord se lèvent généralement à quatre heures du matin. Nous nous hâtons dans la salle à manger pour avaler un petit-déjeuner conséquent. Sortis du refuge, je constate que la nuit a été froide et claire. Il s'agit d'une excellente nouvelle car le regel doit être parfait pour aborder ce genre d'ascension.

 

Nous débutons la journée en adoptant un rythme soutenu, en marchant sur une moraine relativement pentue. Le glacier de Laveciau est vite rejoint. Une fois équipés, nous progressons encordés pour traverser ce labyrinthe crevassé. Éclairer les immenses gouffres de glace à la lampe frontale rend l'ambiance morbide. Nous buttons au pied de la face nord mais légèrement trop à droite. Il est en effet très difficile de se repérer en pleine nuit, dans ce chaos dénué de toutes traces. Nous avons perdu du temps mais ce n'est pas grave car il n'est que quatre heures du matin.

 

Nicola prend toutes les broches à glace, nous sortons chacun nos deux piolets. Il part en tête, je le suis machinalement droit dans la pente. À cet instant, nous comprenons qu'un mur neigeux de 600 mètres nous surplombe. La rimaye est inexistante et nous enlève une bonne épine du pied. Sur le bas de la face, une neige dure et plaquée nous permet de progresser rapidement. Cependant, j'ai très froid aux pieds et mes orteils s'engourdissent. J’essaye constamment de les bouger afin d'éviter de potentielles engelures.

 

Au milieu de la voie, le soleil pointe enfin bout de son nez. Nous sommes témoins d'une belle mer de nuage au dessus du Valsavarenche, avec le massif du Mont-Blanc qui découpe l'horizon. Nous arrivons à la section la plus raide de la course, entièrement gelée. L'escalade devient bien plus physique et technique. Des séracs sont juste au-dessus de nous, l’ambiance est au rendez-vous ! Mes pieds vont mieux avec les températures qui montent en flèche. Cette face est interminable, je me force à suivre Nicolas, bien entrainé.

 

En amont de la face, nous prenons enfin le soleil. C'est à cet instant que nous découvrons une autre mer de nuage au sud, parfaitement lisse. Je suis bien fatigué mais dois à tout prix garder ma concentration. En effet, nous sommes désormais sur une arête effilée, où le moindre faux pas serait fatal. L'obstacle franchi, il ne reste qu'à escalader le gendarme sommital. C'est ici que nous constatons la fréquentation insensée de la voie normale.

 

Arrivés au sommet, il s'agit de la notre première face nord ! Il y a énormément de monde faisant la queue pour accéder sur le gendarme, où la place manque cruellement. Je sors mon appareil photo pour immortaliser cet instant magique. Nous apercevons le Mont Viso, le massif du Mont-Blanc et toutes les Alpes suisses.

 

Nous redescendons du petit mur rocheux à l'aide d'un court rappel. Nous empruntons la voie normale, avant de rebasculer vers le refuge Chabod, où ponts de neige et crevasses sont monnaie courante. Revenus à la bâtisse, un hélicoptère se dirige vers la petite face nord du Grand Paradis, pour porter secours à une cordée en difficulté. Le retour au parking sera long et fatiguant.

 

Le Grand Paradis est un magnifique belvédère sur l'ensemble des Alpes ! La voie Bertolone est longue, soutenue et engagée. L'approche est crevassée, l'escalade est longue mais quelle satisfaction de rejoindre le sommet de cette belle montagne de cette manière !

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".