Grand Combin (4314m)

24 & 25 mai 2018, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : couloir du Gardien >> Corridor

Configuration : boucle

Départ : Fionnay

Orientation principale : nord-ouest

Cotation descente : 4.1

Exposition : 2

Conditions rencontrées : excellentes

Dénivelé positif : 2900 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnons :

  • Roland Mougel

  • Yves Sorrel

Présentation du sommet

Le Grand Combin constitue un ensemble massif de quatre sommets suisses, trônant entre le val de Bagnes et le val d'Entremont. D'ouest en est, nous pouvons citer le Combin de Valsorey, le Combin de Grafeneire, l'Aiguille du Croissant et le Combin de la Tsessette. Ces derniers dépassent tous l'altitude mythique des 4000 mètres, mais seule l'Aiguille ne compte pas comme un 4000 officiel. Le Grafeneire, point culminant du groupe, représente la deuxième plus haute montagne de Suisse romande, précédée par la Dent Blanche. Deux cabanes permettent de couper aisément l'ascension du Grand Combin. Celle de Panossière est construite au nord, à proximité du glacier de Corbassière et celle de Valsorey au sud-ouest, proche du glacier du Meitin.

En fin de printemps, il est possible de réaliser une magnifique boucle à ski, permettant de gravir l'ensemble des proéminences citées. L'itinéraire consiste à gravir le couloir du Gardien, aboutissant au plateau sommital. De celui-ci, les alpinistes cochent facilement les différentes cimes évoquées précédemment. Ils redescendent ensuite par le Corridor, zone très exposée aux chutes de séracs. Ayant des jours à poser, j'aimerais profiter des magnifiques conditions actuelles. Sur Skitour, je trouve Roland, un septuagénaire cherchant quelqu'un pour le Grand Combin. Un ami à lui, Yves, se joindra à l'aventure.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

24 mai 2018

 

Je rencontre Roland et Yves à Martigny. Nous prenons un café dans une station essence puis conduisons jusqu'à Fionnay, hameau perché dans le magnifique val de Bagnes. Sacs minutieusement préparés, nous sommes prêts pour tenter le magnifique Grand Combin. Cette ascension me fait rêver depuis longtemps. En 2014, j'avais atteint la cabane Panossière avec un genou en sang, après avoir chuté contre un rocher. Espérons que cette revanche soit fructueuse. Aujourd'hui, l'objectif est de rejoindre le dit-refuge, construit à 2641 mètres d'altitude.

Bien chargés, nous commençons la montée peu avant midi, skis sur le dos. La météo, comme annoncée, semble très bonne. Nous traversons un large pré verdoyant, puis gagnons une sente herbeuse discrète. Cette dernière se transforme en un chemin de randonnée balisé. Plus ou moins raide par endroit, il s'élève et forme de nombreux lacets. En amont, il est nécessaire de réaliser une traversée, en prenant la direction du sud-ouest. C'est durant celle-ci que nous rencontrons les premiers névés.

Vers 1950 mètres d'altitude, nous gagnons le Grenier de Corbassière, matérialisé par une petite cabane en pierre. C'est ici que nous chaussons les skis, la présence de neige étant plus ou moins constante. Au loin, à l'ouest, nous pouvons apercevoir la cabane Brunet. Au sud, la partie supérieure du Grand Combin apparait. Le géant du coin est encore bien loin. Une petite pause s'impose, afin de s'alimenter et de s'hydrater.

 

Au lieu-dit de la Cougne, à 2140 mètres, nous décidons de descendre dans le vallon sur notre droite. Celui-ci accueille le torrent de Corbassière. Nous remettons les skis sur les sacs puis perdons en hauteur sur un terrain très raide. Une section est équipée d'une main courante. Nous marchons ensuite sur une croupe herbeuse menant directement au vallon, bien enneigé. Skis à nouveau aux pieds, le terrain se fait plat puis se redresse petit à petit au fur et à mesure que nous suivons le cours d'eau. Un passage raide dans une gorge doit être surmonté, en enchainant de nombreuses conversions.

Plus haut, la gorge s'évase et redonne naissance à un vallon de plus en plus large, accueillant le glacier de Corbassière que nous rejoignons. Nous passons sous la grande passerelle éponyme, longue de 210 mètres et perchée à 70 mètres de haut, reliant les cabanes Brunet et Panossière par la moraine du dit-glacier. 200 mètres de dénivelé plus tard, sur notre gauche, il est obligatoire de rejoindre la moraine, accueillant la cabane Panossière.

Les affaires sont déposées à la terrasse du refuge, lieu parfait pour déguster une bonne bière. D'ici, la vue sur le Grand Combin est superbe. Je ne peux m'empêcher de photographier le géant du coin à plusieurs reprises. À gauche, le Tournelon Blanc prend également la pause. Le soleil étant encore des nôtres, nous en profitons pour faire sécher les affaires dehors.

Nous dinons en compagnie de deux skieuses, Catherine et Nathalie. Ces dernières partent également sur le Grand Combin. Après maintes discussions, le ventre plein, nous sortons sur la terrasse afin de profiter du coucher de soleil. Le Grand Combin, le Combin de Corbassière et le Petit Combin s'embrasent. Les températures plongent et la luminosité baisse significativement. Il est grand temps d'aller se reposer, la journée de demain risque d'être physiquement fatigante !

25 mai 2018

 

Après avoir dormi environ quinze minutes, le réveil marque les deux heures du matin. Yves, Roland et moi-même descendons à la salle à manger pour petit-déjeuner. C'est ici que tous les prétendants au sommet s'activent, pour certains à moitié endormis. Il y a tout ce qu'il faut pour se nourrir et s'hydrater, le luxe des refuges suisses est loin d'être un mythe. Motivés pour en découdre, nous

nous préparons dans le sas d'entrée puis sortons sur la terrasse de la cabane, sous un ciel noir très étoilé. C'est ici que Catherine et Nathalie entrent en jeu, grandement déterminées.

Le départ est donné à deux heures quarante du matin, skis aux pieds. À la frontale, nous descendons sur l'immense glacier de Corbassière. Catherine, Nathalie, Roland, Yves et moi-même le remontons ensemble, direction plein sud. Les crevasses étant très bien bouchées, la corde se fait inutile. Par des pentes très douces, la prise d'altitude est gagnée timidement. La première barre de séracs, se manifestant à environ 2800 mètres, est contournée par la droite. S'en suit une légère bifurcation au sud-ouest. C'est à cet instant qu'une chute de glaçons, provenant de la face nord du Grand Combin, retentit. Cela réveille bien, surtout lorsque nous sommes plongés dans l'obscurité et le silence absolus depuis un moment.

Au lever du jour, nous gagnons le plateau des Maisons Blanches. Les sommets alentours se dévoilent dignement. Au nord, je reconnais le Combin de Boveire, le Petit Combin et le Combin de Corbassière. Au sud-ouest, la Petite Aiguille, le Moine, la Grande Aiguille et l'Épée trônent droit devant. Plus loin, dans la même direction, le toit des Alpes reçoit d'ores et déjà les premiers rayons de soleil. Plein est désormais, nous gagnons de la hauteur par un terrain bien plus raide. Nous rejoignons naturellement le plateau du Déjeuner, en amont. Celui-ci donne accès au Corridor à gauche, ou au couloir du Gardien tout droit. Je ne peux m'empêcher d'immortaliser les lieux régulièrement. En effet, les immenses séracs dominant le Corridor changent de couleur, par la venue du jour. Quant au ciel, il se teinte d'un rose et d'un bleu très purs. Inutile de dire que le spectacle est grandiose !

En direction du sud à nouveau, nous butons sous une petite barre rocheuse. C'est ici que nous mettons les skis sur les sacs, tout en installant les crampons aux chaussures. Piolet à la main, nous contournons la série de rochers par l'ouest, puis entrons dans le couloir du Gardien. Ce dernier étant très prisé, la trace est faite par les nombreux passages. La progression est donc rendue aisée, malgré la fatigue et l'altitude notables. Au dessus de nous, d'immenses séracs nous surplombent mais ne sont guère déversants. Dans la partie supérieure de l'itinéraire, il est nécessaire de serpenter entre les séracs pour sortir sur le plateau sommital. Un passage en glace, d'une hauteur d'environ cinq mètres, doit être surmonté. Nous le franchissons sans mettre la corde, puis retrouvons la neige dans l'écharpe de sortie.

Nous sortons sur le plateau sommital du Grand Combin, enfin au soleil. Il est à peine huit heures, la barre des 4000 mètres vient d'être franchie. La pente étant très nettement moins raide, nous rangeons les crampons puis remettons les skis aux pieds. Une petite pause contemplative s'impose. À l'est au loin, le Weisshorn fait son apparition. Au sud, le Grafeneire s'apparente à une petite bosse de neige, guère plus haute. Au sud-ouest, le Combin de Valsorey est plus marqué et plus esthétique. Afin de gravir tous les 4000 officiels du coin, le plus efficacement possible; je propose à mes compagnons de commencer logiquement par celui-ci. Roland, quelque peu fatigué, décide de partir en direction du Grafeneire directement. Il est suivi par Catherine.

Quant à Nathalie, Yves et moi-même, nous partons donc au sud-ouest, en direction du col 4127. Ce dernier se situe entre le Grafeneire et le Valsorey. L'altitude se fait réellement sentir, nous obligeant à ralentir le rythme malgré les pentes douces. Arrivés au col, l'ultime pente de neige à droite mène au premier sommet. Le terrain se fait à nouveau plus soutenu. Deux conversions plus tard et nous voici sur la crête sommitale, débouchant sur une petite plateforme très confortable.

Nous gravissons ainsi le Combin de Valsorey, vers 9 heures 30. Le sommet est matérialisé par une petite croix en bois. D'ici, la vue sur le massif du Mont-Blanc est imprenable ! Plus au sud-est, les masses glaciaires du Grafeneire composent majoritairement le panorama. Sur ses pentes, nous voyons un bon nombre de skieurs, progressant doucement vers le point culminant. Après quelques photos et sourires, il est temps de monter encore plus haut.

Sans enlever les peaux de phoque, nous regagnons le col 4127. Lentement mais sûrement, je suis de près mes deux compagnons. Les 200 derniers mètres sont physiquement difficiles, les pauses sont nombreuses. En nous nous élevant dans cette large face, nous gagnons naturellement l'arête sommitale. Large et débonnaire, il y a cependant de grosses corniches dominant le versant sud. Le plus haut point est tout proche, peuplé de personnes heureuses.

Le Combin de Grafeneire est enfin sous nos pieds ! Nous retrouvons nos amis Catherine et Roland. Marqué par une petite antenne métallique, le sommet offre un panorama féérique ! À 4314 mètres d'altitude, la vue sur l'ensemble des montagnes valaisannes est imprenable. À l'est, l'horizon est découpé par les hautes cimes suisses. Parmi elles, je reconnais facilement le Weisshorn, la Dent Blanche, le Cervin et le Mont Rose. Au sud, la Grivola et le Grand Paradis se détachent particulièrement. Quand à l'ouest, le massif du Mont-Blanc est toujours présent. Après avoir profité de la vue, je ressens des nausées et ma tête se met à tourner. Je propose à mes camarades de ne pas trainer.

Skis aux pieds, nous profitons d'une neige poudreuse. Je retrouve étonnamment la forme. Pour rejoindre le dernier objectif de la journée, le Combin de la Tsessette, il est nécessaire de longer l'Aiguille du Croissant par l'ouest. Nous sommes désormais confrontés au fameux Mur de la Côte, passage raide dominant le plateau où se dresse le dernier Combin. Nous traversons à skis la section technique, en partant vers l'est. Ainsi, nous ne sommes plus exposés aux barres rocheuses, présentes sous notre position précédente. Une pente raide est ensuite skiée, une fois l'exposition diminuée. Le groupe entier fait une pause au point côté 4117. Catherine et Roland décident d'attendre ici, le temps que nous fassions rapidement l'aller-retour sur la dernière cime. Yves, Nathalie et moi déposons nos sacs puis repeautons, afin de cocher le troisième 4000 de la journée rapidement.

Une fois gravi, nous contemplons une fois de plus les grands sommets de l'arc alpin. La vue sur les cimes valaisannes est encore plus belle. En revanche, le massif du Mont-Blanc est masqué cette fois-ci par le Combin de Grafeneire et l'Aiguille du Croissant. Ces derniers ont d'ici un aspect abrupte et rocheux. Leur face orientale forme une gigantesque muraille. Droit au nord, au loin, le Haut-Giffre et les Alpes vaudoises sont toujours là. Plus proche, le Combin de Boveire, le Petit Combin et le Combin de Corbassière paraissent encore ridiculement bas. Quelques photos plus tard, nous enlevons les peaux de phoque et sommes prêts à redescendre vers des altitudes plus raisonnables.

Nous retrouvons Catherine et Yves au dépôt des sacs. Tous ensemble, nous partons au nord-est, en direction du Corridor. Cet endroit, très exposé aux chutes de séracs, doit être skié très rapidement. La partie supérieure offre de la bonne neige. Sous la section la plus menaçante, la pente n'est pas agréable à descendre. Nous skions sur de nombreux blocs de glace, récemment tombés. L'ambiance est magique mais il serait dangereux et stupide de s'attarder ici, malgré la beauté de ces lieux insolites.

Nous revenons sur le plateau du Déjeuner, sourires jusqu'aux oreilles. Désormais, toutes les difficultés et dangers objectifs sont derrière nous. La neige se fait désormais excellente, il s'agit d'une moquette revenue parfaitement grâce au soleil. Ces conditions printanières permettent de skier vite, sans se fatiguer. Nous rejoignons le plateau des Maisons Blanche, sous le regard du Grand Combin. Sur le glacier de Corbassière, les virages s'enchainent et la hauteur diminue à grande vitesse. 

 

À 2600 mètres environ, nous repeautons puis revenons rapidement au refuge, perché sur sa moraine. Je reprends quelques affaires laissées dans le sas. Nous buvons une bière sur la terrasse, pour fêter notre belle réussite. Beaucoup de personnes sont présentes ici, le Grand Combin sera certainement très convoité demain. Après s'être ravitaillés et reposés quelque peu, il est temps de retrouver la civilisation.

Nous décidons de revenir par le chemin du Bisse, l'un des canaux d'irrigation historique du Valais. Celui-ci domine le torrent de Corbassière, en rive droite. Ainsi, nous rechaussons à la cabane. Nous skions encore 400 mètres de dénivelé sur le Plan Goli, puis mettons les skis sur les sacs. À pied donc, nous longeons les falaises par le chemin cité précédemment. Très fin par endroit, l'attention doit être au rendez-vous. Certains névés barrent la route et doivent être négociés avec prudence. Quelques sections sont équipées d'échelles.

Après avoir entièrement traversé le Bisse, le lieu-dit de la Cougne est directement gagné. C'est ici que nous rechaussons les skis, en essayant de trouver les moindres langues de neige. Catherine et Nathalie étant garées au Mayen du Revers, nous leur disons au revoir vers le Grenier de Corbassière. De nouveau à pied, je retrouve Fionnay avec Yves et Roland, en suivant machinalement le sentier de randonnée.

Le Grand Combin est une ascension exceptionnelle, offrant des paysages glaciaires sans égal. Le dénivelé à réaliser, la distance à parcourir et l'altitude à atteindre sont conséquents. Par bonnes conditions, la traversée effectuée permet de gravir trois beaux sommets, dépassant tous les 4000 mètres.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".