Elbrouz (5642m)

Du 14 au 17 mai 2017, Caucase, Russie

 

 

Itinéraire : face sud

Configuration : aller-retour

Départ : Stari Krougozor

Orientation principale : sud

Cotation descente : 2.3

Exposition : 1

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2650 mètres

Compagnon : Xavier Fœssel

Présentation du sommet

 

 

L'Elbrouz, parfois orthographié Elbrus, constitue le point culminant du Caucase, de Russie et d'Europe. À ce titre, il fait donc partie du célèbre défi des Seven Summits, consistant à gravir la plus haute montagne de chaque continent. Trônant depuis 1986 au sein d'un parc national, il s'agit également d'un volcan éteint doté de deux sommets caractéristiques. Le dôme occidental, le plus haut, marque les 5642 mètres de la cime. Le dôme oriental lui, accueille le cratère du volcan, d'un diamètre compris entre 300 et 400 mètres. L'Elbrouz offre une voie d'ascension relativement longue sur son versant nord, réputée belle et sauvage.

 

La face sud elle, se présente comme l'itinéraire le plus simple et le plus court pour atteindre le sommet du géant. Cependant, les nombreuses remontées mécaniques et les refuges présents sur la voie rendent les lieux bien moins esthétiques que sur les flancs nord. Désireux de relever le défi des Seven Summits, je propose à mon ami Xavier de m'accompagner dans la chaine du Caucase. Ayant une semaine mitigée en termes de conditions météorologiques, nous décidons de partir sur le versant méridional, où la logistique est grandement simplifiée et où les possibilités de réussite sont nettement meilleures.

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Jour 1 : acclimatation au Cheget Peak (3601m)

 

Arrivés en Russie la veille avec Xavier, nous prenons un petit-déjeuner au centre du village de Cheget. C'est ici que l'Elbrouz nous apparait pour la première fois, par intermittence entre les nombreux nuages du jour. Effectivement, la visibilité n'est aujourd'hui pas des plus optimales. Nous décidons tout de même de débuter le processus d'acclimatation et d'aller faire un tour en altitude, afin d'optimiser notre séjour caucasien au maximum.

Le ventre plein, nous empruntons une courte remontée mécanique sur les flancs du Cheget Peak, sommet d'une hauteur de 3601 mètres. La neige fait son apparition à l'arrivée du vieux télésiège, vers les 2500 mètres. Skis aux pieds, nous commençons les premiers efforts des vacances, sous le deuxième tronçon de la remontée que nous ne prenons pas. À ces hauteurs, je constate que les températures sont bien plus élevées que dans les Alpes. La progression s'effectue sur des pentes de neige très raisonnables, avant de buter sous un court ressaut rocheux à franchir. Sous le sommet du Cheget Peak, une énorme corniche de neige s'est formée et doit être esquivée sur sa gauche.

 

Le point culminant sous les pieds, à 3601 mètres d'altitude, le temps se fait de plus en plus capricieux. Les nuages remontent et un jour blanc est en train de s'installer confortablement. Nous enlevons rapidement les peaux de phoque, puis débutons la courte descente jusqu'à retrouver le télésiège emprunté. De retour à l'hôtel, la soirée se résume à préparer minutieusement les affaires pour l'ascension de l'Elbrouz. La grande aventure commence dès demain !

 

 

Jour 2 : montée aux refuge des  Barrels (3800m)

 

Le réveil sonne et marque les huit heures du matin. Nous petit-déjeunons et sortons de l'hôtel, où un taxi nous attend. Il ne reste que quelques éléments à acheter, comme du gaz et de la nourriture afin d'être parés pour les prochains jours. Une fois les sacs plein à craquer, nous devons nous enregistrer auprès des gardes du parc national et leur dire que nous tentons l'ascension de l'Elbrouz. Le retour est prévu pour mercredi, journée où le créneau météorologique semble être le meilleur.

Une fois l'administratif réglé, nous arrivons à Azau, petit hameau installé au pied de la montagne. À 2350 mètres d'altitude, la neige est totalement absente. Chargés comme des mulets, nous décidons de prendre la première remontée mécanique du versant sud. Cette dernière mène à l'ancien point de vue de Stari Krougozor. Pour quelques centaines de roubles chacun, nous sommes propulsés à 3000 mètres d'altitude, où nous rencontrons de la neige en quantités non négligeables.

 

Skis aux pieds, nous commençons par remonter l'unique piste de ski du coin. Sous un soleil timide, une faible chute de neige fait bizarrement son apparition. La progression, malgré le poids important sur nos épaules, n'est pas si lente que cela. Les deux sommets de l'Elbrouz apparaissent au loin pendant une dizaine de minutes, avant de disparaitre sous une couche nuageuse opaque. La station de Mir est gagnée, vers 3470 mètres. À partir d'ici, l'itinéraire apparait comme une décharge à ciel ouvert, avec un bon nombre d'installations délabrées. C'est ici que les prétendants du toit de l'Europe débutent en général leur ascension.

Nous gagnons les refuges des Barrels peu après 13 heures, après avoir doublé de nombreuses personnes sur le chemin. Le temps s'est dégradé et le vent s'est quelque peu levé. Nous entrons dans l'une des bâtisses en taule, de forme arrondie et peintes aux couleurs de la Russie. Le confort y est primaire mais les lieux sont chauffés, un soulagement pour ma part ! C'est à cet instant que le gardien nous rattrape, sorti de nulle part. Nous lui donnons 4000 roubles pour deux nuits pour deux.

En soirée, un norvégien se joint à nous. Ce dernier, Jonathan de son prénom, a échoué aujourd'hui sur les pentes de l'Elbrouz. Il a atteint l'altitude de 5300 mètres. Il redescend demain à Cheget pour se reposer. Cependant, il compte retenter le sommet mercredi, comme nous. Nous formerons donc une équipe de trois. Nous préparons notre diner dans une cabane à côté des Barrels, avant de tenter de trouver le sommeil.

 

 

Jour 3 : acclimatation aux Pastukhov Rocks (4690m)

 

Après une nuit quasiment blanche pour ma part, je suis définitivement debout à six heures du matin. Dehors, le jour s'est déjà entièrement levé. À ma grande surprise, il fait très beau ! Je sors prendre quelques photos et découvre la magnifique chaine du Caucase géorgien, en direction du sud. Au nord, ce sont les deux sommets de l'Elbrouz qui trônent.

Je réveille Xavier et lui propose d'aller s'acclimater. L'unique occupation du jour se résumerait à suivre la piste de ski formée par les fameuses dameuses. Cette dernière s'arrêterait a priori vers les 5100 mètres d'altitude. À un rythme lent et sous des températures déjà bien hautes, la progression débute de 3800 mètres et se fait très agréable. C'est sous un soleil radieux que j'immortalise les lieux régulièrement. Malheureusement, de nombreux rattraks nous doublent pendant notre marche. Cette montagne n'aura pas fini de nous étonner.

 

À 4810 mètres, légèrement en amont des Pastukhov Rocks qui constituent en général l'étape d'acclimatation, nous décidons symboliquement de s'arrêter là. À l'altitude du Mont Blanc donc, nous restons une vingtaine de minutes pour se reposer et souffler. Les nuages remontent déjà, il est temps de redescendre. C'est par un jour blanc épais que nous regagnons les refuges des Barrels. Nous l'aurons compris, sur l'Elbrouz, la météo est très vite changeante vers midi. 

Nous nous reposons durant toute l'après-midi et rencontrons quelques français fort sympathiques à proximité du refuge. C'est sous une très bonne ambiance que nous dinons tous ensemble. Le norvégien nous rejoint le soir. Il nous apprend qu'il est possible d'emprunter les dameuses afin de s'économiser et ce, jusqu'à 5100 mètres ! Il est hors de question pour nous de voler le sommet ainsi. Pour sa part, il est encore fatigué de sa tentative et nous affirme qu'il prendra les engins motorisés jusqu'à 4400 mètres. Nous nous retrouvons donc au petit matin vers ces altitudes.

La météo en soirée se fait très capricieuse, voire tempétueuse. De grosses quantités de neige tombent et nous rendent dubitatifs pour la suite. De plus, le vent se fait relativement violent. Espérons que la nivologie ne soit pas trop dangereuse et que nous pourrons tout de même tenter le sommet demain matin...

 

 

Jour 4 : ascension de l'Elbrouz (5642m)

Le réveil sonne à une heure précise du matin. La forme est là et la motivation s'avère sans faille ! Nous nous habillons rapidement et avalons quelques collations, en prenant soin de ne pas réveiller Jonathan. Nous sortons du Barrel et fixons les skis aux pieds. Dehors, le ciel est parfaitement étoilé et le vent se fait quasiment inexistant. Ce 17 mai constitue bel et bien un créneau favorable à ne pas louper ! Quel plaisir de se dire que les chances de réussite sont réelles !

À un rythme lent, nous progressons lentement mais surement sur la piste entretenue par les dameuses. Il n'est donc pas nécessaire de faire la trace dans la neige fraichement tombée. En pleine nuit, nous ne comptons pas le nombre d'engins motorisés qui nous doublent sans mal, transportant les alpinistes feignants. Nous sommes les seuls à gravir le toit de l'Europe depuis le refuge, quel dommage !

Le lever de soleil, donc nous sommes témoins vers 4600 mètres, est magique mais glacial. La Grande Ourse, ornant le sommet ouest de l'Elbrouz disparait peu à peu. Les températures doivent désormais avoisiner les -30 degrés. Heureusement, nous avons pris du matériel d'expédition, ce qui nous permet de continuer sans crainte. Jonathan, bien plus acclimaté, se fait déposer en aval et nous rattrape sans mal. Au sommet de la piste, matérialisé par une dameuse cassée, nous troquons les skis contre les crampons. En effet, le sol est gelé et il serait malcommode de glisser ici.

La prochaine étape de cette longue ascension consiste à traverser en direction du dôme occidental, sur les flancs du sommet oriental. Heureusement, d'autres personnes sont passées avant nous et ont la suite du parcours. La progression commence à se faire très douloureuse, le manque d'oxygène se fait grandement ressentir. Nous nous posons vers 5200 mètres et observons la suite de l'itinéraire. Une grande pente de neige doit être escaladée, je suis persuadé qu'elle constituera un obstacle difficile...

Arrivés au Saddle, col entre les deux sommets de l'Elbrouz, Jonathan décide de continuer seul. En effet, il est bien plus en forme que nous et aimerait en finir rapidement avec cette montagne. Quant à Xavier et moi, nous commençons à être bien épuisés. Suite à une pause de vingt minutes, nous décidons de continuer notre périple sans skis, ni sacs. Ainsi, nous serons plus aptes à sortir le sommet, sans souffrance supplémentaire.

La pente bien prononcée est longue et s'avère être une épreuve physique et mentale de taille. C'est à un rythme de tortue que nous gravissons cette dernière, en s'arrêtant tous les 30 mètres. Nous débouchons sur le plateau sommital, où le point culminant de l'Elbrouz apparait timidement au loin. Un dernier segment d'arête doit être traversé, avant l'ultime récompense.

Il est 11 heures et 15 minutes lorsque le toit de l'Europe est sous nos pieds ! Quel soulagement d'avoir réussi, par une météo si clémente ! Nous sommes conscients que cette montagne est très exigeante sur le plan météorologique et que nous avons eu énormément de chance de grimper par de telles conditions. Nous voyons cependant les nuages remonter au loin, nous ne devons pas trainer davantage sous peine d'être pris dans une potentielle tempête.

Quelques photos plus tard et nous redescendons rapidement au Saddle. Nous retrouvons nos skis et perdons rapidement en altitude. Avec la fatigue, il nous est tout simplement impossible de skier correctement. Trois virages suffisent pour nous obliger à nous asseoir avant de repartir. Cependant, cela fait du bien de retrouver des hauteurs plus raisonnables. Nous regagnons les Barrels sous un jour blanc et saluons au passage notre ami Jonathan, déjà en place. Nous retrouvons les sacs lourds et skions jusqu'à Stari Krougozor, avant de reprendre le téléphérique jusqu'à Azau. Désormais, il est temps de fêter notre victoire à Saint-Pétersbourg, autre facette de ce séjour russe !

L'Elbrouz est un réel défi physique, où l'acclimatation parait indispensable. Malgré toute l'assistance mécanique qu'il y a derrière, c'est une cime à ne pas sous-estimer. En amont des installations, les paysages sont grandioses et le lever de soleil sur le Caucase est tout bonnement superbe !

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".