Dom des Mischabels (4545m)

29 & 30 août 2015, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : Festigrat

Configuration : boucle

Départ : Randa

Orientation principale : nord

Cotation alpinisme : PD+

Engagement : II

Place dans la cordée : en tête

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3160 mètres

Fréquentation : très fréquenté

Compagnon : Ryan Arant

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Dom des Mischabels, ou simplement Dom, est le plus haut sommet entièrement situé en territoire helvétique. Perché entre les vallées de Zermatt et de Saas-Fee, il constitue également le point culminant de la chaine des Mischabels. Son immense versant nord glaciaire comporte d'énormes séracs déversants, défiant la loi de la gravité. Sa face sud, rocheuse et abrupte, en est très différente. Cette majestueuse montagne est tristement connue depuis la chute mortelle de l'alpiniste Patrick Berhault. Voulant gravir les 82 sommets alpins de 4000 mètres en 82 jours, il chuta durant la traversée Täschhorn-Dom le 28 avril 2004.

 

Sa voie normale depuis Randa représente le dénivelé absolu le plus important des Alpes. La Festigrat, alternative technique, est a priori en parfaites conditions, et est réputée pour être une somptueuse course. Désirant gravir la cime et étant bien acclimaté pour cette escalade physique, je propose à Ryan de m'accompagner. Rentrant tout juste d'expédition au Pic Lénine, un 7000 mètres au Tadjikistan, il est plus qu'entrainé pour faire le Dom. Nous pimenterons le tout en emportant le matériel de bivouac car la Domhütte, refuge à 2940 mètres, est complète en ce beau weekend d'août.

 

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

05 juillet 2013

 

Nous garons la voiture au parking souterrain de Randa, charmant petit village suisse du Mattertal. Après avoir organisé les sacs, nous sommes prêts physiquement et mentalement à faire un dénivelé considérable, chargés comme des mulets. Le départ est donné à 1400 mètres d'altitude. La première étape consiste à rejoindre la forêt, située en amont du hameau. Une fois gagnée, je me rends compte d'avoir laissé la corde à la voiture. Le dénivelé est déjà important, il a fallu que je m'en rajoute... Je récupère donc le précieux objet et rejoins Ryan en vitesse.

 

En adoptant un bon rythme, nous progressons rapidement dans le bois. De Randa jusqu'au sommet du Dom, il n'y aura pas de répit car la pente est toujours soutenue. Malgré les arbres, nous apercevons l'impressionnant versant oriental du Weisshorn, trônant en face et nous dominant de plus de 3000 mètres ! Revenus au soleil, nous atteignons des alpages. Laissant la Europahütte à notre gauche, nous nous dirigeons tout droit jusqu'à butter contre une énorme barre rocheuse.

 

Mains courantes et échelles sont installées afin de sécuriser le franchissement de l'immense obstacle rocheux, nous séparant de la Domhütte. Les gros sacs et la chaleur accablante rendent les choses physiquement difficiles.

 

Nous faisons une halte à la Domhütte pour contempler la vue. Depuis la terrasse où nous savourons une bière, la Couronne Impériale de Zinal se dresse juste en face de nous.

 

En reprenant la route, nous prenons pied sur une moraine raide. Vers 3100 mètres d'altitude, je découvre avec joie une plateforme où nous installons la tente. Après cette longue randonnée, nous faisons une sieste afin d'avoir un maximum d'énergie pour le lendemain. Nous nous réveillons pile au coucher de soleil, ce qui me permet de faire de belles photos du Dom. Nous mangeons nos repas lyophilisés avant de regagner la tente.

 

 

30 août 2015

 

Le réveil sonne à trois heures du matin. Nous émergeons et avalons quelques barres énergétiques avant de quitter notre campement d’altitude. Comme prévu, la météo est parfaite. Les températures sont agréables, la visibilité semble excellente et le vent inexistant. La pleine lune éclaire la suite du parcours et nous laisse déjà apercevoir les cimes imposantes des environs. Cette journée s’annonce prometteuse !

 

Nous progressons sur la moraine en direction de l’est, sur une sente de moins en moins marquée. L’orientation devient difficile et le terrain est de plus en plus pourri. Vers 3300 mètres d’altitude, nous prenons pied sur le Festigletscher. Encordés et équipés, nous le remontons en rive droite jusqu’à butter sous un mur rocheux. L’attention doit être au rendez-vous car les gigantesques crevasses y sont nombreuses.

 

À 3700 mètres d’altitude, l’escalade du Festijoch est la seconde étape de cette longue ascension. Suite à quelques hésitations sur le passage à emprunter, nous gravissons un couloir rocheux se dessinant sur notre droite. Ne sachant pas s’il s’agit de la voie classique, nous grimpons prudemment. Effectivement, il est primordial de faire attention à nos prises car les rochers, en équilibre, ne demandent qu’à tomber de la paroi. Quelques pas sont très délicats et la neige, parfois présente, ne facilite en rien les choses.

 

Sortis directement sur la Festigrat en amont du col, nous faisons une pause d'une dizaine de minutes. Nous sommes heureux de découvrir la suite de l’itinéraire qui semble plus facile et bien plus esthétique ! Nous progressons entre 3900 et 4000 mètres d’altitude où la pente neigeuse se raidit considérablement. La trace et les conditions sont excellentes et nous avançons sans aucun problème. L'itinéraire est prisonnier entre de gros rochers à droite et d’énormes séracs à gauche, l’ambiance est magique ! Le parcours glaciaire mais offre quelques passages mixtes faciles. Perchés à 4100 mètres, nous assistons à un somptueux lever de soleil en plein cœur du Valais. Les températures montent enfin, ce qui fait un bien fou pour nos mains et nos pieds !

 

Nous débouchons à un col, point de jonction entre la Festigrat et la voie normale, où une pause semble nécessaire. À cet instant, nous nous trouvons exactement à 4479 mètres d’altitude. D’ici, il ne reste que 80 mètres de dénivelé à grimper sur une crête neigeuse qui mène à la calotte glaciaire sommitale. Une fois en haut, il ne reste qu’un segment d’arête, fin mais très exposé, pour atteindre la croix marquant le sommet rocheux du Dom.

 

Je suis heureux d’être sur le plus haut sommet entièrement suisse ! Le paysage est à couper le souffle, notre position centrale nous offre une visibilité sans égal sur tous les sommets voisins ! Au sud-est se dessine une longue arête rocheuse qui s’étend jusqu’au Täschhorn, petit frère du Dom. J’immortalise les lieux avant de revenir à la calotte, plus commode pour se reposer un peu. Nous rencontrons un alpiniste au sommet, seul, voulant rejoindre notre corde pour descendre la longue voie normale crevassée. Nous acceptons avec plaisir avant d'entamer les 3160 mètres de dénivelé négatif jusqu’à Randa !

 

Nous rejoignons le col puis bifurquons dans l’immense face nord du Dom pour redescendre jusqu’au Lenzjoch. Depuis ce col, la pente devient nettement moins raide. Ensuite, nous devons remonter 70 mètres pour rejoindre le Festijoch. À cet instant, je cerne mieux les risques objectifs de la voie normale. Effectivement, les séracs du versant nord sont monstrueux et ne demandent qu’à s’écraser sur l'itinéraire. La désescalade du mur rocheux sous le Festijoch est délicate, nous installons une main courante pour plus de sécurité. Revenus à la tente, nous refaisons les sacs avant de retrouver la civilisation. L'interminable et douloureux retour se fera sous un soleil de plomb.

 

Sans aucun doute, l’ascension du Dom est l’une mes plus belles courses glaciaires réalisées jusqu’à présent ! Sortant à 4545 mètres d’altitude, elle nécessite une bonne acclimatation au préalable. De plus, le dénivelé important en fait un sommet physique et long à gravir.

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".