Dent d'Oche (2222m)

13 février 2018, Chablais, France

 

Itinéraire : couloir du Pierrier

Configuration : aller-retour

Départ : Malpasset

Orientation principale : sud

Cotation descente : 4.2

Exposition : 2

Conditions rencontrées : excellentes

Dénivelé positif : 1200 mètres

Compagnon : Guillaume Houard

 

 

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

La Dent d'Oche est une montagne emblématique du massif chablaisien, surplombant le lac Léman et le pays de Gavot. Cette dernière a la particularité d'être le 2000 français le plus au nord. Un refuge portant son nom est construit une centaine de mètres en aval du point culminant, inauguré durant l'année 1914. En périodes estivales, la cime est très prisée, à la fois par les grimpeurs et les randonneurs. Sa face septentrionale, souvent plongée dans l'ombre, est réputée pour être l'une des plus raides du Chablais.

En hiver, la montagne se fait beaucoup plus sauvage. Son tour constitue une magnifique balade en ski de randonnée, alors que sa face sud offre des itinéraires propices à la pente raide. La Dent d'Oche propose également son couloir du Pierrier, parallèle à la voie normale d'été. Il s'agit d'un itinéraire relativement soutenu, offrant une inclinaison de 45 degrés. Voulant profiter des bonnes conditions de neige, je propose à mon collègue Guillaume de m'accompagner, afin de découvrir ces lieux en plein mois de février.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

Je retrouve mon ami au restaurant de la Chevrette, perché sur les hauteurs de Bernex. Avec son 4x4, nous gagnons le départ de Malpasset en amont, par une route partiellement déneigée. C'est sous des températures glaciales et saisissantes que nous nous préparons. Prêts à en découdre, l'ascension du jour débute skis aux pieds, sur la route du Pré Richard. En hiver, cette dernière constitue l'une des pistes de la station familiale.

Une dizaine de minutes s'écoulent lorsque nous rejoignons la Fétiuère, matérialisée par son esthétique bâtisse en bois. Il s'agit également du départ estival de la Dent d'Oche, inaccessible en voiture à cette période de l'année. La voie d'été passe tout juste à gauche du chalet et longe le fleuve de l'Ugine, sur un terrain raide et accidenté. En hiver, il est bien plus aisé d'emprunter le chemin balisé en forêt, formant un virage en épingle avec la piste de ski.

Au beau milieu des sapins, la progression se fait efficace. À la sortie des sous-bois, nous atteignons le paisible alpage de Haute Ugine, rejoignant ainsi l'itinéraire d'été. Ici, la vue se dégage. Derrière nous à l'ouest, le Mont Baron apparait alors qu'au sud, c'est la Pointe de Pelluaz qui domine. Nous avançons désormais en direction des chalets d'Oche, construits plus à l'est. À gauche, la face sud de notre objectif entre en jeu alors que droit devant, l'imposant Roc du Château d'Oche compose l'horizon.

Arrivés aux gîtes précédemment cités, nous rencontrons le soleil, rendant l'atmosphère un peu plus vivable. Guillaume continue devant et trace la face sud de la Dent d'Oche, en rive gauche. En été, le chemin la traverse en diagonal et ce, jusqu'au col de Rebollion bien plus à gauche. En hiver, il est préférable de ne pas trop s'exposer dans la pente, vis à vis des coulées possibles. Conversions sur conversions, nous venons ainsi butter contre une série de barres rocheuses, rayant le versant. Il est nécessaire de les longer en direction du nord, vers le col évoqué plus tôt.

Malgré notre avancée rapide, la base du couloir se situe un peu plus loin que notre position actuelle. Guillaume me propose de gravir, skis sur les sacs et crampons aux pieds, un petit ressaut mixte plus proche. Effectivement, les quantités de neige à tracer se font bien plus conséquentes désormais, un raccourci n'est pas de refus. Toujours en forme, mon collègue continue d'ouvrir la marche. L'obstacle surmonté, le couloir du Pierrier est atteint. Par endroit, nous nous enfonçons jusqu'à mi-taille. L'or blanc nous ralentit grandement, l'effort est rude. La beauté des paysages avoisinants nous rappelle que toute récompense à un prix.

Plus haut, nous visualisons l'esthétique refuge d'Oche, installé sur notre gauche. Perché sur son rocher, la construction est bien ensevelie. Le terrain devient plus raide. Mon collègue me propose de prendre pied sur une série de rochers, afin de brasser le moins possible. Idée plus qu'intéressante et piolet désormais à la main, nous retrouvons le soleil en amont. Il faut désormais longer l'éperon sommital de la Dent d'Oche par la droite, afin de gagner des dalles rocheuses équipées en chaines métalliques. Il s'agit de l'unique porte d'entrée pour gagner l'arête sommitale, et donc le point culminant.

La traversée est quelque peu délicate. S'en suit le franchissement des dalles, où les mains courantes sont difficilement accessibles. Nous sortons sur l'arête par ce terrain très raide, où nous déposons enfin les skis. En face, quelques bouquetins trônent sur les contreforts méridionaux de la Dent d'Oche, le spectacle est rendu magique ! Je propose à mon ami de nous nous encorder, afin de finir cette ascension en sécurité. Les dernières difficultés sont surmontées facilement, mais avec prudence et attention.

 

La croix de la Dent d'Oche est rejointe à midi et quart ! Désireux d'aller au plus haut point, légèrement plus à l'est, je suggère à Guillaume de réaliser l'aller-retour rapidement. Moins de dix minutes plus tard, par une crête facile mais étroite, l'objectif est coché ! Montagne phare de mon massif natal, je suis heureux d'avoir pu l'atteindre en plein hiver ! D'ici, la vue est somptueuse ! Nous avons une vue d'avion sur le lac Léman. Son bleu parfait contraste parfaitement avec les cimes enneigées plus proches, telles que le Pic Boré ou celui des Mémises. Au sud-est, nous jouissons d'un panorama sans égal, de l'Eiger au Grand Combin ! Inutile de préciser que la chaine du Mont-Blanc, plein sud, se dresse dignement comme à son habitude. 

Revenant sur nos pas efficacement, nous retrouvons les skis et enlevons les peaux. Prêts à descendre, je pars le premier et déclenche une petite plaque posée sur les dalles. Sur ce sol rocheux, raide et lisse, la neige ne survivrait longtemps après plusieurs passages. J'attends mon collègue plus bas, au sommet du couloir. Guillaume me rejoint et enchaine les godilles. À tour de rôle, nous skions l'itinéraire très rapidement, le sourire jusqu'aux oreilles. D'une pente d'environ 45 degrés, la raideur du terrain ne se fait absolument pas ressentir en ces conditions exceptionnelles !

Revenus au pied de la ligne, à droite du ressaut franchi, nous bifurquons à gauche pour retrouver la face sud de la Dent. Malgré le fait que le soleil cogne dessus, la neige est restée froide. Ainsi, le ski se fait encore excellent ! Les chalets d'Oche regagnés, nous profitons des champs de poudre immaculés jusqu'à Haute Ugine. En aval, la descente en forêt se fait un peu moins ludique et précède la piste de ski, peuplée de monde.

 

La Dent d'Oche en hiver se mérite mais vaut grandement le détour. La remontée de la face sud nécessite des conditions stables. La sortie au sommet rend l'ascension alpine et techniquement intéressante !

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".