Dent Blanche (4357m)

20 & 21 juillet 2015, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : arête sud

Configuration : aller-retour

Départ : Ferpècle

Orientation principale : sud

Cotation alpinisme : AD

Engagement : III

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2530 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnon : Arnaud Pasquer

Présentation du sommet

La Dent Blanche domine le val d'Hérens et représente le point culminant de la Suisse romande. Surnommée la "Monstrueuse Coquette" par Maupassant dans son livre le Horla, elle se dresse comme une pyramide gigantesque. La cime à la particularité d'avoir ses quatre arêtes parfaitement alignées avec les points cardinaux. Elle fait partie de la célèbre Couronne Impériale de Zinal, composée également du Cervin, de l'Ober Gabelhorn, du Weisshorn et du Zinalrothorn. À son sommet se dresse une croix métallique, montée par hélicoptère et fixée en octobre 1966. Quelque soit la voie empruntée, la Dent Blanche se mérite physiquement et techniquement.

 

L'itinéraire la plus facile, l'arête sud, est déjà une course d'alpinisme d'ampleur. Il est tout d'abord nécessaire de faire la très longue approche jusqu'à la cabane Rossier, perchée à 3507 mètres d'altitude. Le lendemain, l'ascension commence par une courte approche glaciaire pour laisser place à la longue traversée de l'arête effilée, soit neigeuse soit rocheuse. Les conquérants de la Dent Blanche doivent escalader ou contourner les quatre gendarmes imposants, dressés à mi-chemin.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension​

20 juillet 2015

Nous arrivons à Ferpècle en plein cœur de l'esthétique val d'Hérens, où nous apercevons notre objectif 3000 mètres plus bas. Le départ de la longue approche est donné vers midi, sous un soleil de plomb. La première étape consiste à gagner la cabane Bricola, située à 2415 mètres d'altitude. Tout d'abord, nous marchons en forêt en forêt puis gagnons un alpage où la vue sur le glacier du Mont Miné se dégage. Le dénivelé est gagné par un sentier de randonnée qui nous mène au refuge cité précédemment,  où l'imposante Dent Blanche se dévoile.

 

En amont de Bricola, le chemin de randonnée balisé a laissé place à une sente peu marquée. Il est parfois nécessaire de contourner des lacs de fonte, dans un cadre très minéral. Nous prenons pied sur le glacier des Manzettes puis le remontons jusqu'à l'arête du Roc Noir. Cette dernière, bien que facile techniquement, est désagréable à parcourir. Une fois sur la croupe glaciaire, qui se situe en aval de la cabane Rossier, il ne nous reste plus qu'une demi-heure d'effort. Les nuages nous empêchent de distinguer quoique ce soit mais la trace au sol nous guide naturellement vers le refuge.

 

Arrivés à la cabane Rossier, j'aperçois vaguement la Dent d'Hérens depuis la terrasse. La Dent Blanche nous domine de 800 mètres et son arête sud n'a pas l'air très commode d'ici. Curieusement, le réseau téléphonique est excellent. Pendant le dîner, je parle à un guide et sa cliente assis en face. Pierre de son prénom, le professionnel connait le sommet comme sa poche et a même réalisé la première hivernale de l'arête nord en compagnie du célèbre montagnard André Georges. Après un bon repas, nous partons nous coucher afin d'être en meilleure forme possible. Une dizaine de cordées tenteront l'ascension ce mardi-ci.

 

21 juillet 2015

 

J'entends le réveil sonner à quatre heures du matin. Comme à son habitude, les nuits en altitude ne sont ni très longues ni très bonnes. Nous mangeons un petit déjeuner copieux pour avoir un maximum d'énergie. L'itinéraire commence juste derrière la bâtisse, par une courte escalade sur une arête peu difficile mais exposée. Le vide, malgré la nuit noir, se devine facilement. Le terrain effilé aboutit sur un plateau glaciaire, nommé la Wandfluelücke.

 

Encordés, crampons fixés et piolet à la main, nous progressons rapidement avant de revenir sur un terrain rocheux. Les premières lueurs du jour apparaissent et nous laissent déjà deviner la silhouette imposante et mythique du Cervin. Désormais, nous devons rejoindre le début de l'arête méridionale proprement dite par une traversée neigeuse exposée qui surplombe la grande face ouest de la Dent Blanche.

 

Les premières difficultés apparaissent mais ne diminue pas notre rythme de progression. Le soleil fait son apparition, rendant les lieux magiques ! Arrivés sous le fameux Grand Gendarme, Arnaud se motive pour l'escalader. Je le suis, en second, car je suis le moins doué en escalade. Cette montée est impressionnante mais le rocher est de qualité. Nous parvenons sans trop de souci au sommet de cette tour rocheuse, en corde tendue. L'exposition est maximale et les points d'attache sont espacés.

 

À cet instant, une petite désescalade s'impose pour rejoindre les autres gendarmes qui sont désormais au nombre de quatre. Il est obligatoire de les grimper, à l'exception du troisième qui se contourne sur la droite, en versant est. Une fois les principaux obstacles rocheux derrières nous, l'arête s'élargit et devient neigeuse. Vers le point culminant, elle s'affine légèrement.

 

Nous y sommes, à 4357 mètres d'altitude, avec une vue centrale sur tous les plus hautes cimes suisses ! Le sommet est large et offre une plateforme parfaite pour faire une pause. Le beau temps est là, contrairement au vent qui est aujourd'hui inexistant. De plus, nous sommes seuls en haut de cette montagne à l'allure himalayenne, depuis la vallée. J'enchaine les photos car ce n'est pas tous les jours qu'on assiste à un tel spectacle.

 

Il nous faudra six longues heures pour désescalader cette longue arête et revenir au refuge en toute sécurité. Une petite pause s'impose à Rossier avant d'attaquer le long retour jusqu'à Ferpècle. Je perds Arnaud durant cette dernière mais nous nous retrouvons au parking, tous les deux heureux d'avoir réussi cette magnifique course.

 

La Dent Blanche se résume ainsi; approche épuisante et traversée engagée. C'est donc une ascension sérieuse, réservée aux plus motivés. La satisfaction lorsqu'on se trouve au sommet de celle-ci est donc intense et la vue qu'elle offre saura récompenser tous les efforts fournis précédemment !

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".