Cotopaxi (5897m)

04 & 05 octobre 2018, Andes du Nord, Équateur

 

Itinéraire : versant nord-ouest

Configuration : aller-retour

Départ : parking du Cotopaxi

Orientation principale : nord-ouest

Cotation alpinisme : PD

Engagement : III

Place dans la cordée : second

Conditions rencontrées : moyennes

Dénivelé positif : 1030 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnons :

  • Hugo Cagnon, Pierrick Demeulier, Benoit Vlieghe

  • Francisco Benitez & Lenin Lopez (guides)

Présentation du sommet

 

Le Cotopaxi est le plus haut volcan actif d'Équateur, mais aussi le deuxième plus haut sommet du pays. Avec son allure de cône parfait, il s'agit de la montagne la plus populaire et la plus fréquentée du secteur. Le 14 août 2015, une grande éruption a eu lieu, soit 138 ans après la dernière notable. Suite à cet évènement volcanique majeur, l'accès à la cime a été interdit jusqu'au 4 octobre 2017, date depuis laquelle il est officiellement possible de la re-gravir. Le refuge José Ribas est construit sur le versant nord du géant, à une altitude de 4864 mètres. Il est accessible à pied en 30 minutes environ, depuis la fin de la route carrossable.

 

La voie normale emprunte le versant nord-occidendal. Il s'agit d'un itinéraire glaciaire très tourmenté et complexe, composé de séracs et de crevasses béantes. Sur sa partie supérieure, une imposante muraille rocheuse doit être contournée par l'ouest. Elle est

connue sous le nom de Yanasacha. Depuis l'éruption de 2015, la présence de glace vive pour cette course a considérablement augmenté, rendant la progression plus délicate. Après avoir gravi le Cayambe deux jours auparavant, nous sommes prêts à tenter l'ascension du Cotopaxi. Il s'agira de notre seconde montée guidée, avec les locaux Francisco et Lenin.

Galerie

Récit de l'ascension

 

04 octobre 2018

 

Nous retrouvons les guides et le chauffeur Patricio à Quito, en fin de matinée. Deux heures de transport sont nécessaires, avant d'atteindre l'entrée du parc national du Cotopaxi. Cette dernière est matérialisée par une arche bien gardée, où passe la route d'accès au parking d'altitude. À gauche, j'observe de grandes maisons en bois. C'est ici que les contrôles des permis d'ascension s'effectuent. Une fois les formalités réglées par Francisco et Lenin, nous gagnons en hauteur par une route carrossable. Celle-ci se fait bien meilleure que celle du Cayambe, empruntée trois jours auparavant.

 

Le parking de la cime, perché à 4650 mètres environ, est rejoint vers quinze heures. Deux autres véhicules tout-terrain y sont garés. Nous sortons de la camionnette, accueillis par un brouillard épais et par un vent puissant. Les températures ressenties sont basses. Ainsi, il est conseillé d'être efficace pour se préparer, dans le but de ne pas congeler. Le rendez-vous avec Patricio est fixé à 10 heures 30, demain matin. Chaussures de montagne aux pieds et sacs à dos sur les épaules, il est temps de se mettre en route.

Le refuge José Ribas, 200 mètres plus haut que notre position actuelle, est atteignable en quarante minute. L'itinéraire se déroule sur un large chemin volcanique. Nous progressons sur un terrain très meuble, essentiellement composé de cendres. J'ai la même sensation que lorsque je progresse dans la neige ou dans le sable. Effectivement, nous nous enfonçons et marquons le sol par de nombreuses traces de pas. En amont, la voie est cernée par de magnifiques rochers rouges. La bâtisse visée se distingue au loin, lorsque le brouillard se dissipe. Pour ma part, je suis lent et souffre de l'altitude. Lorsque la montée est trop rapide, ce qui est le cas en voiture, les premiers efforts sont souvent douloureux. J'adopte un rythme tranquille et prends mon mal en patience.

Le gite est rejoint peu de temps après. Nous entrons successivement dans le sas, puis dans la salle à manger. Cette dernière, très décorée, est colorée par de nombreux drapeaux du monde entier. Une vingtaine de personnes peuplent les lieux, l'atmosphère qui règne ici est très agréable. L'étage est composé de trois grands dortoirs, nous entrons dans celui du milieu. Nous déposons nos affaires sur les lits superposés, tout en sortant les sacs de couchage. Revenus au rez-de-chaussée, nous nous asseyons à une table jusqu'au diner, servi par les gardiens. Les assiettes sont posées sur des dessous-de-table en bois, représentant fièrement le Cotopaxi. À travers la fenêtre, je constate qu'il commence à neiger.

 

Le ventre plein, je sors du bâtiment vers 18 heures, afin de capter les dernières lumières du jour. La blancheur de la neige, fraichement tombée, contraste parfaitement avec le sol ocre du géant ! Je sympathise avec deux tchèques, admirant le panorama sur la vallée. En road-trip du Canada jusqu'à la Patagonie, leur but n'est pas de grimper les cimes. Ils sont ici pour passer la soirée et pour profiter du refuge.

Je rejoins mes camarades et les deux guides à l'intérieur. Ces derniers nous affirment qu'en général, les alpinistes partent vers minuit pour gravir la montagne, dans le but d'atteindre son sommet vers les six heures. Ils déclarent également que notre rythme est bien supérieur à la normale, chose qu'ils ont constatée au Cayambe. Ils proposent ainsi de fixer le réveil à une heure et demi du matin. Il est vingt heures lorsque je tente de trouver le sommeil.

 

05 octobre 2018

 

L'alarme retentit. Ayant dormi deux heures environ, ce qui est exceptionnel à une telle altitude, je me prépare reposé. Avec mes amis, nous descendons du dortoir pour rejoindre la salle à manger. Le petit déjeuner est difficile à avaler, à cause de la hauteur et de l'heure. De plus, une personne victime d'un mal des montagne vomit en ce moment-même à proximité. Inutile de préciser que cela ne rend pas les choses plus faciles...

Je sors de la bâtisse et constate que mes camarades sont déjà partis, excepté Francisco qui m'attend. À droite de l'entrée du gite se trouvent les toilettes. Dans leur continuité, le sentier à prendre s'élève plus loin sur la gauche. Ce dernier, régulier et soutenu, s'élève en lacets progressivement. Les nuages d'altitude laissent parfois entrevoir un ciel noir très étoilé. J'espère vivement que nous aurons beau temps là-haut ! En amont, nous doublons à tour de rôle un groupe de six personnes.

Une heure et demi plus tard, le bas du glacier nous fait face. Il est l'heure de s'encorder, de mettre les crampons aux chaussures et de sortir les piolets. Comme pour le Cayambe, Pierrick et Hugo s'encordent avec Lenin. Quant à Benoit et moi-même, nous aurons Francisco comme leader. Reliés par un fil donc, nous progressons sur de la glace dure. Nous louvoyons entre les pénitents et les crevasses, l'ambiance est au rendez-vous ! En amont, une traversée ascendante droite doit être effectuée, sur une belle écharpe de neige. Elle est cernée par deux gouffres, en amont et en aval. Plus haut, il est nécessaire de continuer à traverser vers la droite, sous une grande barre de séracs peu menaçante. Géographiquement, nous contournons le Yanasacha par le bas, fameux mur rocheux caractéristique de la face nord du volcan.

Nous faisons une halte, à environ 5650 mètres. Il est grand temps de sortir les grosses doudounes et les moufles, les températures sont ici bien froides. À l'approche du sommet, donc du cratère, une forte odeur de souffre commence à se faire sentir. Toujours dans la nuit noire, les guides nous affirment que s'il on garde ce rythme rapide, nous arriverons bien avant le lever de soleil là-haut. Ainsi, il est préférable d'attendre à l'abri, au lieu de geler à presque 6000 mètres d'altitude. D'importants nuages nous rattrapent. Deux autres groupent nous rejoignent et décident de s'arrêter également, afin de souffler un peu.

Il est temps de se remettre en marche. Nous abordons le couloir de Yanasacha, situé à l'ouest de la falaise susmentionnée. Il s'agit d'une pente mixte, coincée de part et d'autre par d'imposants pénitents. Le terrain est raide et la glace est toujours là, un faux pas ici pourrait faire très mal. Nous sortons de l'obstacle, affaiblis par l'effort, par une traversée ascendante gauche à 5800 mètres. Nous sommes désormais sur une pente de neige fraiche, où la progression est bien plus aisée. Les premières lueurs du jour apparaissent, vite englouties par le brouillard qui règne dans le ciel. Le bord du cratère est gagné, dans une visibilité quasi nulle. Pour atteindre le point le plus haut, il est nécessaire de longer la crête par la gauche, sous quelques séracs débonnaires.

Le sommet est atteint vers six heures et quart ! La couverture nuageuse est omniprésente, elle est désormais mélangée avec des émanations de souffre. Outre le fait d'être très hauts, la forte odeur nauséabonde qui est en place nous empêche encore plus de respirer correctement. Inutile de préciser qu'il nous est impossible de profiter de la vue. Quelle déception ! Le cratère si connu de la cime, parfaitement rond et entouré de masses glaciaires, est strictement invisible à l'ouest. Nous sommes rejoints par un autre groupe d'alpinistes peu après. Nous attendons près d'une demi-heure, en espérant avoir une éclaircie. Le soleil n'est pas loin mais n'est pas décidé à venir. De plus, tout le monde commence à être blanchis par le givre. Le vent violent, les températures glaciales et les puanteurs de la montagne nous poussent à repartir.

Le retour à la civilisation est entamé. Successivement; nous retrouvons la pente neigeuse sommitale, le couloir de Yanasacha et la traversée sous les séracs. Lenin tente d'ouvrir une nouvelle voie de descente, avec Hugo et Pierrick donc. Nos deux cordées se séparent. Avec Francisco et Benoit, nous suivons la voie de montée dans l'autre sens. La météo ne s'améliore pas, je dirais même qu'elle s'empire. Toujours dans une épaisse nébulosité, il commence à neiger. L'écharpe délicate est retrouvée, avant de quitter définitivement le glacier. La pente en amont du gite est descendue sans mal, à toute vitesse.

Il est neuf heures lorsque nous rentrons à José Ribas, à peu près tous en même temps. Un petit-déjeuner plus tard, nous refaisons les sacs avant de repartir de si belle. L'altitude se perd sur le large chemin poussiéreux du premier jour. Je suis encore ébahi devant ce sol volcanique, composé de pierres très rouges. Le ciel se dégage. Je me tourne et aperçois l'imposant relief gravi, avec la bâtisse en premier plan. Le spectacle dont je suis témoin est grandiose, je ne peux m'empêcher d'immortaliser l'instant ! Le parking, accueillant Patricio et sa camionnette, est gagné en aval. Il est temps de rentrer à la capitale et de se reposer, avant de tenter l'immense Chimborazo !

Lorsque la météo est dégagée, le Cotopaxi propose un itinéraire glaciaire de toute beauté. Son ascension, bien que très haute, n'est pas très longue. Le dénivelé à réaliser est efficace, car il s'effectue sur une pente constamment soutenue. Il est cependant nécessaire d'être attentif aux nombreuses crevasses sur la voie, pouvant évoluer très rapidement.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".