Cervin (4478m)

10 & 11 septembre 2012, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : arête du Hörnli

Configuration : aller-retour

Départ : Schwarzsee

Orientation principale : nord-est

Cotation alpinisme : AD-

Engagement : III

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1900 mètres

Fréquentation : très fréquenté

Compagnon : Nicolas Condevaux

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

Le Cervin, ou Matterhorn, est un sommet des Alpes pennines et l'emblème-même de la Suisse. Souvent représenté à des fins publicitaires, il décore entre autres la majorité des cartes postales du pays et les emballages du chocolat Toblérone. La première ascension réussie remonte au 14 juillet 1865, par l'anglais Edward Whymper et met fin à l'âge d'or de l'alpinisme. Durant la descente, quatre des sept conquérants périrent en chutant. La montagne possède deux sommets distincts, le suisse à 4478 mètres et l'italien légèrement plus bas, muni d'une croix. Ils sont séparés de 80 mètres par une arête horizontale. Parmi les nombreuses voies qu'offre la pyramide presque parfaite, nous pouvons évoquer les itinéraires très engagés de sa face nord, réputée pour être l'une des plus techniques des Alpes.

 

Il existe deux voies d'ascension relativement abordables, considérées aujourd'hui comme les voies normales. Son arête sud-ouest, dite du Lion, se gravit par le versant italien de la cime. Je propose à Nicolas de m'accompagner sur l'arête nord-est, celle du Hörnli, dominant la station helvétique de Zermatt. Cette voie historique, bien qu'abondamment équipée en cordes fixes, reste une course périlleuse. Effectivement, la qualité médiocre du rocher et la sur-fréquentation n'aide en rien à la sécurité. Nous dormirons à la cabane du Hörnli, perchée au pied des difficultés.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

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10 septembre 2012

Le village de Zermatt étant piéton, nous garons la voiture au Matterhorn Terminal, grand parking de Täsch. Nous prenons le petit train menant à la célèbre station suisse, où nous décidons de faire un détour par l'office du tourisme. Effectivement, nous voulons obtenir des informations précises sur la météo des jours à venir, actuellement jugée instable. Le jour du sommet serait mitigé, avec un potentiel risque d'averses en après-midi. Après quelques moments d'hésitation, nous allons tout de même tenter de gravir le sommet.

 

Nous empruntons une remontée mécanique jusqu'à la station de Schwarzsee, où nous commençons la marche d’approche. Le sentier de randonnée menant à la cabane du Hörnli est sublime et les hautes cimes suisses trônent à 360 degrés. Dent Blanche, Ober Gabelhorn, Mischabels, Mont Rose; nombreux sont les 4000 au rendez-vous ! Cependant, mon regard reste figé sur le Cervin, l’objectif du lendemain. Vers 2750 mètres d'altitude, nous traversons une rampe en fer installée à flanc de paroi. Quelques cordes fixes facilitent la progression en aval du refuge.

 

Arrivés à la cabane du Hörnli à 3260 mètres, la vue est encore plus belle. Les Mischabels et le Mont Rose écrasent littéralement Zermatt, qui parait tout petit d'ici. Quelques lacs sont visibles et se marient parfaitement avec l'ambiance minérale et glaciaire du coin. L'immense terrasse panoramique du refuge me pousserait à rester des heures à contempler le paysage. Je propose cependant à Nicolas d'aller siester, afin d'avoir un maximum d’énergie pour demain.

 

On se réveille à l’heure du dîner. Sans demi-pension, nous préparons nos plats lyophilisés à l'extérieur. Le sommet du Cervin est dans les nuages, j'espère que la météo sera correcte demain matin. De retour au lit, je règle le réveil à quatre heures du matin. Il est impossible de partir plus tôt car les gardiens ferment la cabane durant la nuit. Les personnes ayant un guide sont prioritaires et partent une demi-heure avant les cordées autonomes.

 

11 septembre 2012

Ayant beaucoup de mal à dormir, j’entends la pluie tomber vers deux heures du matin. À cet instant précis, je suis convaincu que le sommet sera impossible à atteindre. Très déçu, je garde néanmoins un mince espoir car nous sommes censés partir à quatre heures et demi. Le réveil sonne et heureusement, la météo s’est nettement améliorée. Le ciel étoilé, présage de belle journée, nous réconforte. Le créneau de beau temps est limité et nous le savons. Nous petit-déjeunons puis sortons rapidement de la bâtisse.

 

Les difficultés rocheuses débutent directement. La première partie de la course se situe sous l'arête, dans la face orientale. Les premières cordes fixes donnent le ton et me force à émerger. Les alpinistes se suivent de près car l'itinéraire est trop étroit pour pouvoir doubler. De plus, l'arête est très paumatoire et lorsque l’on s’éloigne de la voie, le terrain devient très instable. Le Cervin, composé de schistes, peut-être considéré comme une immense pile d’assiettes qui ne demande qu'à tomber. 

 

Nous nous égarons durant vingt minutes avant de retrouver la stabilité relative de la voie normale. Il est nécessaire d'accélérer le rythme car cette perte de temps pourrait bien nous coûter le sommet, le beau temps n'attendra pas. Nous doublons tant bien que mal les nombreuses cordées présentes aujourd'hui. Sous la cabane Solvay, abri de secours perché à 4000 mètres d'altitude, les cordes fixes installées sont très pratiques pour progresser.

 

Une pause d'une dizaine de minutes est nécessaire pour souffler quelque peu. Le jour se lève timidement et la tête du Cervin, 500 mètres en amont, s'embrase déjà. Le ciel est légèrement nuageux, mais rien de trop menaçant dans l'immédiat. L'imposante face nord enneigée, se dressant juste à notre droite, me laisse perplexe et admiratif quant aux voies d'alpinisme qui s'y dessinent.

 

À 4350 mètres, altitude où la neige et la glace apparaissent enfin, les crampons sont nécessaires pour continuer. Piolet en main, nous progressons juste au dessus de la verticale face nord, où le terme exposition prend tout son sens. Les nombreuses cordes fixes permettent d'avancer plus rapidement et sereinement. La statue de Saint-Bernard, présente sous le sommet suisse du Cervin, est gagnée. La météo s'améliore sensiblement et c'est à ce moment précis où je réalise que nous avons gagné notre pari.

 

Nous atteignons le point culminant de la montagne ! Le sentiment de satisfaction est grand. La croix sommitale, présente sur le sommet italien, est également à portée de main. Il faut désormais traverser l'arête, aujourd'hui neigeuse. La concentration est maximale, un faux pas nous plongerait dans l'abime interminable de la face nord ou de la sud. Nous touchons la croix et faisons une courte pause. Je constate qu'un nombre important de cordées a fait demi-tour. Je suis heureux d’être ici, d'être sur cette cime mondialement connue. Je prends quelques photos et mange un peu pour me redonner des forces. J'aperçois un hélicoptère d'Air-Glaciers, tournant autour de nous.

 

Nous retraversons l'arête avant de redescendre. La désescalade de la partie glacée et enneigée peut être sécurisée par des becquets autour des tiges métalliques, plantées dans la roche. Nicolas, le plus en forme de nous deux, me mouline sur plusieurs longueurs. Vers 4200 mètres, je revois l’hélicoptère transportant un corps, attaché à la jambe par une corde... La partie supérieure du Cervin commence à devenir prisonnière des nuages. De retour à la cabane Solvay, nous nous arrêtons une quinzaine de minutes. Pour ma part, la descente sera interminable et bien plus difficile que la montée.

 

Nous revenons au refuge, où nous apprenons par la gardienne que l’homme accroché à l’hélicoptère a fait une chute de 800 mètres. Il réalisait l’ascension seul et serait tombé dans la face est. Nous sommes épuisés et une énième pause me semble primordiale. Il est trop tard pour prendre la dernière benne pour Zermatt et n'ayant pas assez d'argent pour refaire une nuit au refuge, nous devons trouver un abri de fortune pour la nuit.

 

Juste en amont de la station Schwarzsee, nous découvrons une cabane de pisteur inhabitée  Il s’est mis à neiger dehors et le sommet du Cervin n’est plus du tout visible. Nous n’avons plus de nourriture ni d’eau et les températures sont basses. Une petite nuit s'impose donc à 2800 mètres d’altitude. Le téléphérique est repris le jour suivant, à la première heure.

 

Malgré le fait que la difficulté technique soit amoindrie par l'équipement abondant dans la voie, cette ascension reste physique, sérieuse et dangereuse. Cette dernière caractéristique a été confirmée par l'accident du jour...

 

 

 

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".