Cayambe (5790m)

01 & 02 octobre 2018, Andes du Nord, Équateur

 

Itinéraire : versant sud-ouest

Configuration : aller-retour

Départ : refuge Ruales Oleas Bergé

Orientation principale : sud-ouest

Cotation alpinisme : PD

Engagement : III

Place dans la cordée : second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1150 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnons :

  • Hugo Cagnon, Pierrick Demeulier, Benoit Vlieghe

  • Francisco Benitez & Lenin Lopez (guides)

Présentation du sommet

 

Le Cayambe représente la troisième plus haute montagne de l'Équateur, et constitue également le 5000 le plus septentrional du pays. L'ascension de ce volcan actif a la particularité de débuter dans l'hémisphère sud, et de finir dans le nord. Ainsi, les prétendants au sommet passent par la mythique latitude 0. Mike Horn, durant son tour du monde par la ligne imaginaire de l'équateur, a donc gravi le Cayambe et l'a rendu un peu plus célèbre. Le refuge Ruales Oleas Bergé, construit à 4700 mètres sur le flanc sud-ouest de la cime, est accessible en 4x4 par une route très accidentée.

La voie normale de la montagne est une randonnée glaciaire, se déroulant à haute altitude. Elle emprunte le même versant où est construit le gite, offrant de nombreux séracs et crevasses. Les faibles difficultés techniques de cet itinéraire se concentrent sur la fin du parcours, où les pentes se redressent significativement. Ayant déjà gravi trois 4000 et un 5000 locaux, notre acclimatation commence à se parfaire. Par obligation et par simplicité logistique; nous emploierons deux guides équatoriens, Francisco et Lenin, que j'avais déjà contacté auparavant sur Internet.

Galerie

Récit de l'ascension

 

01 octobre 2018

 

Comme convenu quelques jours auparavant, avant notre acclimatation, nous retrouvons les deux guides à Quito. Devant notre auberge de jeunesse, ces derniers sont accompagnés par un chauffeur sympathique, nommé Patricio. Sa camionnette, remplie d'affaires de montagne, reste assez spacieuse pour tous nous accueillir confortablement. Avant de débuter l'aventure, Francisco et Lenin doivent récupérer nos permis d'ascension, dans un bureau de la capitale. Il s'agit de papiers obligatoires, permettant de gravir les sommets appartenant aux parcs nationaux du pays. Le Cayambe, le Cotopaxi et le Chimborazo; cimes faisant partie de notre programme, le sont bel et bien.

 

Une fois les formalités réglées, deux heures de route minimum sont nécessaires pour rejoindre le refuge Ruales Oleas Bergé, perché à 4700 mètres d'altitude. La première étape consiste à gagner la ville de Cayambe, située au pied de la montagne éponyme. Durant le trajet, nous échangeons avec les professionnels et apprenons que Lenin est un fort grimpeur, vainqueur entre autres de l'éperon Walker aux Grandes Jorasses. Durant cette discussion très intéressante, les masses glaciaires du volcan visé font subitement leur apparition au loin, contrastant dignement avec le reste du paysage !

À Cayambe, nous nous arrêtons dans un supermarché pour acheter de la nourriture, dédiée uniquement à l'ascension. Le gite étant gardé, le diner et le petit-déjeuner seront inclus dans la nuitée. Le parc national du Cayambe est ensuite rejoint, par une route carrossable. À 3500 mètres environ, la camionnette se gare à proximité d'une grande maison, où se trouvent un garde. C'est à cet endroit que les permis d'ascension sont contrôlés. Il est nécessaire de changer de transport et de chauffeur, la route devenant trop accidentée en amont. Un pick-up nous attend; nous transférons ainsi toutes les affaires. Le rendez-vous avec Patricio est fixé ici, à 10 heures et demi. Les deux guides et Pierrick entrent dans le 4x4. Quant à Benoit, Hugo et moi-même; nous nous installons sommairement sur la plateforme arrière. Vers 4500 mètres, après maintes bousculades, l'itinéraire devient vraiment chaotique. À flanc de paroi, le pilote doit s'y prendre à plusieurs fois pour surpasser un trou énorme dans la route.

Le refuge est gagné vers 15 heures. Francisco et Lenin proposent d'aller faire un peu d'escalade glaciaire, sur le glacier Hermoso du volcan. Ce dernier est accessible après quinze minutes de marche uniquement. Les quelques affaires jugées inutiles pour cet après-midi sont laissées au gite. Derrière celui-ci se dessine une sente bien marquée, menant naturellement au dit-glacier. Une série de barres rocheuses est longée par la droite. S'en suit un virage à gauche, puis une moraine instable à surmonter avant d'accéder à la glace. Benoit étant novice en alpinisme, Francisco lui enseigne les rudiments de l'activité. Hugo écoute les conseils de Lenin et Pierrick tente de filmer l'activité avec son drone. Me concernant, je m'amuse à grimper des petites sections faciles, sous les imposants séracs du coin.

Après une heure et demi d'amusement, nous revenons au refuge en fin de journée. Le diner, bon et copieux, est servi vers sept heures. Le ventre plein, il est grand temps d'aller se reposer. Nous allons dans notre chambre à l'étage, où nous installons nos sacs de couchage. Le repos va être court. En effet; dans les Andes plus que dans les Alpes d'ailleurs, il est obligatoire de partit très tôt. Les températures montent vite en matinée et par raison de sécurité, un départ en pleine nuit s'avère primordial pour la réussite d'un sommet glaciaire.

02 octobre 2018

 

Le réveil marque les coups de minuit, personne dans la chambre n'a réellement dormi. Nous descendons dans la salle à manger, afin de se ravitailler quelque peu. Les guides nous rejoignent et mangeant à leur tour, dans un silence notable. Trois quarts d'heure plus tard, nous revérifions les sacs une dernière fois et sortons dehors. Le ciel étoilé et le vent se faisant faible, une belle journée s'annonce ! Cependant, je suis étonné quant aux températures relativement élevées. À une telle altitude, j'ai l'habitude d'avoir bien plus froid en Europe !

La première étape de cette longue matinée consiste à suivre une sente bien marquée, située au nord du refuge. Nous suivons le rythme des guides, relativement lent pour s'économiser vis à vis de la haute altitude. Par une progression en lacets, suivie de quelques petits pas d'escalade facile, nous gagnons un plateau rocheux. Ce dernier mène naturellement au pied du versant glaciaire. Crampons aux pieds et piolets à la main, il est également temps de sortir les cordes. Comme convenu, Lenin s'attache avec Hugo et Pierrick. Quant à Benoit et moi-même, nous nous ferons guider par Francisco.

 

À un rythme régulier, nous nous élevons dans la face, peu crevassée sur sa partie inférieure. Les professionnels réalisent des conversions, permettant de gagner en hauteur de manière douce. Vers 5400 mètres, toujours dans la nuit noire, une halte s'avère obligatoire. Il est nécessaire de s'alimenter et de s'hydrater, dans le but de ne pas faire d'hypoglycémie. Les températures sont de plus en plus froides, au fur et à mesure que nous gagnons en hauteur. Ainsi, nous mettons les grosses doudounes et les moufles, afin de ne pas geler sur place. Nous nous remettons donc en route. Désormais, la pente s'accentue et offre des crevasses notables. Après quelques onces d'hésitation et de tâtonnement, les guides trouvent un chemin entre ces gouffres immenses.

 

En amont, le terrain se raidit à nouveau. Il est nécessaire de réaliser une traversée ascendante gauche, avant d'arriver à un replat. Les premiers lueurs du jour permettent de découvrir le paysage grandiose dans lequel nous nous trouvons actuellement ! En effet, nous sommes dans un cirque glaciaire exceptionnel, entourés de sculptures éphémères somptueuses ! La forte odeur de souffre qui règle ici nous rappelle que le Cayambe est bel et bien un volcan actif. Les glaciers sont bien différents que ceux dans les Alpes, nous avons l'impression d'être au milieu de gigantesques meringues ! La cordée guidée par Lenin est devant nous, plus au nord. Cinq minutes plus tard, nous les rejoignons.

Nous sommes au pied du crux. Il s'agit de l'escalade de Santa Barbara, l'une des antécimes du Cayambe. C'est un mur neigeux frôlant les 50 degrés, sur environ 40 mètres. L'effort est très rude à cette endroit, les pauses y sont fréquentes. Lentement mais surement, nous surpassons l'obstacle et gagnons un terrain bien moins exigeant. Trois minutes de marche plus tard, nous gagnons le sommet de l'antécime susmentionnée. Devant nous, en direction du sud-est, le véritable point culminant se dessine. Le but est proche, il ne faut rien lâcher !

Désormais, il est nécessaire de réaliser une traversée, sur une crête neigeuse très esthétique. Le spectacle dont je suis témoin est superbe, l'appareil photo est l'objet obligatoire de l'instant ! Le soleil commence réchauffer l'atmosphère, rendant d'ailleurs la neige très molle. Ainsi, la progression se fait éreintante. Il n'est pas rare que l'on s'enfonce jusqu'aux genoux. Nous suivons les traces réalisées par la cordée de Lenin, de manière très stricte pour s'économiser au maximum.

Le point culminant du Cayambe est gagné, il est six heures et demi ! Heureux, nous nous prenons dans les bras pour fêter ce moment si privilégié ! De plus, nous avons eu la montagne pour nous tout seul ! Au sud, j'aperçois la silhouette massive de l'Antisana, quatrième plus haute cime du pays. J'immortalise les lieux maintes fois. Au nord-est, j'admire une belle mer de nuages très basse par rapport à notre position. C'est à cet instant où l'impression de hauteur se fait clairement ressentir. Pierrick arrive à décoller son drone, malgré la faible portance de l'air.

Après avoir profité pleinement du panorama, nous entamons la descente. La première étape est de regagner le Santa Barbara, en essayant de rester une nouvelle fois dans la trace. Une fois sous nos pieds, nous descendons prudemment la pente raide, avant de rejoindre le cirque glaciaire. Ici, un faux pas pourrait faire très mal, la concentration est au rendez-vous. L'odeur de souffre est à nouveau présente.

S'en suit donc la re-traversée du cirque, avant de retrouver le grand versant sud-ouest. Encore à l'ombre, la descente est fraiche, agréable et efficace. Vers 5300 mètres, nous faisons une pause. Les glaciers sur lesquels nous nous trouvons contrastent avec les grands plateaux d'altitude à l'horizon. À 5000 mètres, le plateau rocheux est rejoint. Cordes, piolets et crampons sont désormais rangés. La descente s'effectue par la même sente qu'à la montée. Un joli petit lac est laissé sur notre droite. Lenin nous propose de prendre un chemin alternatif, plus raide et plus direct que celui emprunté à la montée. Par quelques pas de désescalade faciles, suivi d'un cheminement poussiéreux, nous regagnons le refuge Ruales Oleas Bergé.

 

Notre transport privé est déjà sur place, prêt à nous reconduire à la civilisation. À neuf heures du matin, la course est déjà finie ! Des images plein la tête, il est temps de prendre un petit-déjeuner copieux, afin de retrouver des forces. Nous récupérons les sacs de couchage et refaisons les sacs minutieusement. Une fois faits, nous sortons du gite pour entrer dans le véhicule tout-terrain. Patricio et sa camionnette sont retrouvés au point de rendez-vous convenu, en aval, et reconduit le groupe jusqu'à la capitale.

Le Cayambe est un sommet somptueux et peu fréquenté, offrant des paysages glaciaires exceptionnels ! Le refuge étant accessible en 4x4, la montagne est rendue accessible pour la plupart. Cependant, il ne faut pas oublier que l'altitude est importante et qu'une acclimatation s'avère obligatoire pour réussir cette montagne.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".