Barre des Écrins (4102m)

05 & 06 avril 2014, Écrins, France

 

Itinéraire : versant sud & arête ouest

Configuration : boucle

Départ : la Bérarde

Orientations principales : sud puis ouest

Cotation alpinisme : PD+

Engagement : III

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : hivernales

Dénivelé positif : 2450 mètres

Fréquentation : non fréquenté

Compagnons :

  • Florent Berthet & Marie Berthet

  • Nicolas Condevaux & Guillaume Sturni

Présentation du sommet

 

 

La Barre des Écrins est le 4000 le plus méridional de France. Il représente à la fois le point culminant du massif éponyme, du Dauphiné et de la région Provence-Alpes Côte d'Azur. Entourée par quatre glaciers distincts, la cime ressemble à une gigantesque muraille vue du nord. Elle est séparée de l'autre 4000 du secteur, le Dôme des Écrins, par la brèche Lory. Les deux sommets offrent une voie normale commune, débutant de la vallée d'Ailefroide et remontant le glacier Blanc. Il est cependant nécessaire de continuer l'effort sur l'arête occidentale de la Barre depuis la brèche, pour y toucher la croix sommitale.

Au printemps, la route menant au point de départ de cette l'ascension est fermée. Le premier jour serait ainsi grandement rallongé si l'on gravissait la montagne par la vallée citée précédemment. Ayant regroupé des motivés, nous décidons de partir de la Bérarde et de dormir au refuge Temple Écrins, non gardé en cette saison. Nous pourrions ainsi rejoindre la brèche Lory par le versant sud de la Barre, puis d'emprunter l'arête ouest. La descente se fera à skis, sur le versant nord qui domine le glacier Blanc.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

05 avril 2014 

 

Une fois l'équipe au complet, nous co-voiturons dès trois heures du matin depuis Grenoble. Effectivement, il est préférable de gagner le refuge le plus tôt possible en journée car de nombreuses avalanches sont annoncées l'après-midi, lorsque les températures montent. Il fait encore nuit lorsque le parking de la Bérarde est rejoint. Quelques skieurs sont présents et se préparent également à partir.

 

Nous commençons par traverser la vallée du Vénéon, en rive droite du torrent éponyme, actuellement recouvert de neige. Le beau temps n'est pas au rendez-vous et la montée n'est pas des plus plaisante. Vers 2000 mètres, nous bifurquons à l'est pour rejoindre le vallon de la Pilatte. La pente se raidit significativement et les conversions s'enchainent, skis au aux pieds. L'altitude du refuge de Temple Écrins atteinte, il est cependant impossible de l'apercevoir. En effet, la visibilité est quasi nulle et la bâtisse doit être complètement ensevelie sous la neige.

 

Après une demi-heure de recherche active, nous trouvons enfin le gîte où nous passerons la nuit. Nous posons les sacs à dos puis commençons à dégager l'entrée du refuge car inaccessible à cause de la neige. Nicolas et Florent décident également de déneiger deux fenêtres, afin d'éviter un après-midi plongé dans les ténèbres. J'entends à maintes reprises des coulées de neige au loin, comme l'avait prévu le bulletin météo.

 

Siestes et ravitaillement résument parfaitement le programme de la deuxième partie de journée. Le ciel est toujours bouché et nous craignons le fait qu'il n'y ait pas de regel nocturne pour l'ascension de demain. Effectivement, les nuits claires sont celles qui sont les plus froides. Quelques personnes nous rejoignent en soirée. Ils ont prévu de gravir le Dôme des Écrins, également par le versant sud de la Barre des Écrins. Après un repas copieux, nous regagnons nos lits pour tenter de dormir car le réveil est fixé à deux heures et demi du matin.

 

 

06 avril 2014

 

Après une nuit froide et courte, nous petit-déjeunons puis sortons. Des cris viennent de dehors, Florent et Guillaume partent voir ce qu'il se passe. Trois personnes se sont égarées pendant la nuit car ils n'ont pas trouvé le refuge. Elles se sont heureusement réchauffées, grâce à une bouteille de rhum. 

 

Nous commençons l'ascension sous un ciel étoilé. Finalement, le regel a l'air excellent. Après une heure et demi d'effort, nous mettons les couteaux sous les skis car la pente gelée devient de plus en plus raide. Le soleil se lève lorsque nous gagnons le col des Avalanches, situé à 3499 mètres d'altitude. Nous nous encordons sur le glacier du vallon de la Pilatte pour approcher la rimaye, dominée par le versant sud de la Barre des Écrins. Marie et Florent se sont encordés ensemble, je serai donc avec Guillaume et Nicolas.

 

L'immense rimaye se dessine devant nous, il est difficile de trouver le passage le plus sûr pour la franchir. Marie et Florent se dirigent à l'est et franchissent la crevasse. Ma cordée tente de passer droit devant. Skis sur le dos et crampons aux pieds, Nicolas passe en tête. Lorsqu'il essaye de franchir le passage, nous sommes surpris par un bruit sourd. Le passage est délicat et fragile. Nous repérons un meilleur pont de neige puis remontons un large couloir raide et neigeux. Ce dernier bifurque ensuite sur la gauche, derrière une tour rocheuse. Les derniers passages sont exposés et impressionnants.

 

Nous sortons à la brèche Lory vers 9 heures du matin. Le glacier Blanc est vierge de traces. Je suis fatigué et je suis persuadé que la traversée de l'arête sommitale va être un moment éprouvant. Nous déposons les skis car nous reviendrons à cet endroit au retour. Je change de cordée sous les conseils de Nicolas. Effectivement, il préfère que je joigne celle de Florent et Marie qui, selon lui, seront plus aptes à m'assister en cas de besoin. Nicolas et Guillaume partent devant et adoptent un rythme bien plus soutenu que celui de nous trois, à cause de mon état de fatigue avancé.

 

La partie la plus grimpante se trouve juste au dessus de nous. Nous rejoignons ensuite le fil de l'arête, habituellement rocheuse. En ce mois d'avril, les conditions sont évidemment hivernales. À 30 minutes du sommet, Florent me propose de m'arrêter là, en les attendant qu'ils fassent rapidement le sommet. En effet je n'avance pas vite mais je décide de continuer et d'accélérer. Il ne faut pas trainer car il est nécessaire de redescendre en vallée avant les chaleurs de après-midi. Il faut garder à l'esprit que les avalanches du printemps ne sont pas encore toutes parties. Je donne mon maximum pour ne pas ralentir mes compagnons davantage.

 

Nous voici à 4102 mètres, sur le point culminant des Écrins ! Je prends quelques photos avant de repartir aussitôt pour entamer la longue et périlleuse descente de l'arête occidentale. Les pauses sont fréquentes car je suis épuisé. Malgré les nausées et la tête qui tourne, je reste concentré jusqu'au bout. Je tiens à remercier tout particulièrement Marie et Florent qui ont fait preuve de patience pour m'assister durant ces dernières heures.

 

De retour à la brèche, nous chaussons les skis pour descendre jusqu'au col des Écrins. La descente est magnifique et nous tutoyons les énormes séracs du versant nord, surplombant le glacier Blanc. La neige est très bonne mais nous devons faire très attention aux nombreuses crevasses.

 

Une fois au col, Nicolas et Florent partent en direction du refuge des Écrins pour continuer leur raid à ski. La partie sous le col des Écrins est réputée dangereuse. Il est fortement recommandé de s'attacher aux mains courantes présentes sur l'itinéraire. Une chute ici serait effectivement fatale. Le dernier câble est enfoui sous la neige, il faut donc désescalader avec prudence. Nous rechaussons les skis sur le glacier Bonne Pierre puis skions le vallon éponyme, jusqu'à la Bérarde.

 

La Barre des Écrins se mérite. La gravir en été par le glacier Blanc doit être très certainement plus facile que par le versant sud au printemps. Dans tous les cas, la vue depuis le toit du Dauphiné est splendide !

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".