Aletschhorn (4193m)

21 & 22 juillet 2015, Alpes bernoises, Suisse

 

Itinéraire : par le Mittelaletschbiwak

Configuration : aller-retour

Départ : Bettmerhorn

Orientation principale : sud

Cotation alpinisme : PD

Engagement : II

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 2250 mètres

Fréquentation : peu fréquenté

Compagnon : Laurent Dupont

Présentation du sommet

 

 

L'Aletschhorn est un sommet des Alpes bernoises, culminant à plus de 4000 mètres d'altitude. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce dernier est entièrement localisé en territoire valaisan. Grande pyramide isolée, elle a pour réputation d'être la cime la plus froide des Alpes. Effectivement, elle est entourée à 360 degrés par d'immenses masses glaciaires, dont la plus grande d'Europe: l'Aletschgletscher long de 23 kilomètres ! La montagne offre de nombreuses possibilités en alpinisme l'été, mais aussi en ski de randonnée au printemps.

 

Suite à un échauffement au Grand Muveran la veille, nous partons avec Laurent pour ce magnifique objectif. L'ascension serait divisée en deux jours, avec une nuit au Mittelaletschbiwak. Cette course, peu technique, est cependant réservée aux alpinistes les plus motivés car l'approche du premier jour est réputée interminable. Elle consiste à traverser l'Aletschgletscher puis à remonter la vallée du Mittelaletsch. J'ai hâte d'entreprendre ce périple car il s'agira de ma première dans ce massif !

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

 

25 juillet 2015

 

Après une courte nuit sous tente au camping de Betten, nous empruntons le téléphérique menant à Bettmeralp. Il s'agit d'un charmant petit village suisse piétonnier, perché à une altitude de 1950 mètres. Le ciel est gris mais nous ne perdons pas espoir pour la suite. Il est nécessaire de traverser le bourg pour gagner la télécabine du Bettmerhorn, qui écourtera l'approche jusqu'au bivouac. Le véritable départ est donc donné à 2640 mètres, à l'arrivée de cette deuxième remontée mécanique.

 

Ici, nous découvrons un joli ciel bleu, où les hautes cimes des Alpes bernoises apparaissent par intermittence. La première étape consiste à descendre jusqu'à l'immense Aletschgletscher. Cinq minutes s'écoulent lorsque j'aperçois pour la première fois la magnifique étendue gelée ! À cet instant, il m'est impossible de laisser l'appareil photo dans son étui. Les nombreux touristes présents à cet endroit en font de même. L'Aletschhorn se dessine au loin, à travers les nombreux nuages. Nous perdons de l'altitude en suivant un sentier de randonnée très esthétique, dominant de 300 mètres la merveille du coin.

 

Nous laissons le joli chemin balisé pour s'engager dans une descente raide et instable, sous l'Eggishorn. Celle-ci mène sur la rive gauche du dit-glacier. Crampons fixés aux chaussures, piolets en main et encordés, il est temps de traverser l'imposant champ de glace vallonné. L'objectif actuel est de rejoindre la vallée du Mittelaletsch, située en face au nord-ouest. J'immortalise à maintes reprises notre avancée, les lieux étant particulièrement esthétiques.

 

Une fois la rive droite sous nos pieds, la corde et les crampons sont rangés. Laurent et moi sommes psychologiquement prêts à débuter l'harassante montée du vallon. Traversées de moraines et de torrents résument parfaitement cette marche d'approche épuisante. Quelques kilomètres plus loin, avant les séracs du Mittelaletschgletscher, nous escaladons un couloir pentu à droite. Celui-ci est principalement composé de rochers pourris et de vires herbeuses. Après six heures de souffrance, nous voici enfin arrivés au Mittelaletschbiwak, perché à 3013 mètres d'altitude !

 

Nous sympathisons avec un groupe d'alpinistes à l'intérieur puis siestons avant de dîner. Dehors, le spectacle est grandiose. Le gigantesque Aletschhorn domine les masses glaciaires crevassées du Mittelaletschgletscher. Le coucher de soleil restera gravé dans ma mémoire, pour longtemps !

 

 

26 juillet 2015

 

Après avoir passé une agréable nuit, nous nous réveillons vers trois heures du matin puis petit-déjeunons rapidement. Nous sortons du refuge et débutons cette deuxième journée dans l'obscurité et le brouillard. L'itinéraire n'est pas des plus évidents à suivre. Effectivement, de nombreuses barres rocheuses doivent être contournées avant de gagner le Mittelaletschgletscher. S'en suit la montée de l'Aletschjoch, col perché à 3623 mètres. Nous surpassons les nuages, laissant découvrir un ciel limpide et étoilé.

 

Le col est atteint aux premières lueurs du jour. L'Aletschhorn et son antécime 4087 apparaissent sur notre gauche. Il est temps d'attaquer une première arête à l'ouest, facile mais exposée. Elle propose une section rocheuse puis neigeuse. Certains passages demandent beaucoup d'attention, une erreur ici ne serait pas permise. Le soleil se lève derrière nous, juste à droite de la silhouette du Finsteraarhorn, point culminant du massif. Les magnifiques lumières donnent une teinte rose à la neige.

 

Un premier plateau glaciaire, parsemé de trous et de séracs, est rejoint. Le froid, accentué par le vent, est saisissant. À cet instant, la réputation hostile de l'Aletschhorn se fait clairement ressentir. Désormais, nous devons escalader l'antécime susmentionnée, par sa face nord-est. Cette dernière se fait de plus en plus raide et aboutit à une crête. Les difficultés franchies, le véritable point culminant se dévoile, légèrement plus au sud.

Nous devons rejoindre la base de l'arête sommitale, se dessinant sur sa droite, en traversant un deuxième petit plateau glaciaire. Juste derrière une autre cordée, nous nous engageons sur ce terrain technique. Dans un environnement exposé, nous progressons

lentement et prudemment sur le fil. Parfois rocheux, parfois neigeux, parfois mixte, ce final est bien complet. Il s'agit de l'obstacle majeur de cette longue ascension.

 

Le prestigieux sommet alpin est sous nos pieds vers 10 heures ! Les hautes montagnes des Alpes bernoises et des Alpes pennines trônent comme des rois, de part et d'autre. Au nord, le mythique trio Jungfrau-Mönch-Eiger découpe l'horizon. Au sud-ouest, le Mont Rose, le Cervin et le Weisshorn se démarquent tout particulièrement. Après une quinzaine de minutes de contemplation, nous faisons demi-tour car le retour va être très long.

 

Successivement, nous revenons à l'antécime 4087, à l'Ateschjoch, au bivouac, à la vallée du Mittelaletsch et à l'Aletschgletscher. La remontée au Bettmerhorn est douloureuse, après une telle journée. Le rythme adopté est soutenu car l'heure tourne et les remontées mécaniques ne vont pas tarder à fermer. Arrivés juste à temps, nous retrouvons Bettmeralp, épuisés mais tellement heureux d'avoir relevé ce défi !

 

L'Aletschhorn se mérite vraiment. Les personnes voulant le vaincre doivent faire preuve d'effort et de patience. Le paysage de rêve que nous offre cette escalade nous fait oublier les longues heures passées à marcher et à grimper.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".