Aiguille du Chardonnet (3824m)

21 & 22 juillet 2013, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : éperon Migot

Configuration : boucle

Départ : télésiège des Autannes

Orientation principale : nord

Cotation alpinisme : AD+

Engagement : IV

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : moyennes

Dénivelé positif : 1630 mètres

Fréquentation : peu fréquenté

Compagnon : ​Arnaud Pasquer

Présentation du sommet

 

 

L’Aiguille du Chardonnet fait partie du massif du Mont-Blanc et domine les glaciers du Tour et d'Argentière. Cette montagne imposante offre de nombreuses voies d'ascension techniques, bien différentes les unes des autres. Sa face nord, majoritairement formée de neige et de glace, propose un grand nombre de goulottes ou de voies mixtes. Sa face sud elle, se différencie par son caractère rocheux. Deux couloirs en sont néanmoins skiables au printemps, lorsque les conditions s'y prêtent. Sa voie normale, située en versant nord-ouest, est essentiellement convoitée par les alpinistes à la descente.

 

L'éperon Migot est une magnifique course variée et complète, située au plein cœur de son versant septentrional. Avec l'arête Forbes, il s'agit des deux itinéraires les plus empruntés. Arnaud, rencontré sur Internet, désire gravir ce sommet par le Migot. Nous passerons la nuit sous tente, en amont du refuge Albert 1er. Ayant fait une tentative infructueuse il y deux semaines, avortée

par une blessure de mon compagnon de cordée, une revanche s'impose sur cette cime convoitée.

Galerie

Récit de l'ascension

 

21 juillet 2013

 

Je fais la connaissance d'Arnaud à Sallanches. Ensemble, nous co-voiturons jusqu'au parking du Tour. En préparant les affaires, nous décidons de prendre les remontées mécaniques du domaine, ouvertes pour la pratique du VTT. En effet, il serait préférable de ne pas trainer aujourd'hui car des orages sont annoncés en fin de journée. De plus, Arnaud a participé à la course du Nid d’Aigle le matin-même, l'économie d'énergie va être primordiale pour la longue journée de demain. Ainsi, nous empruntons successivement la télécabine de Charamillon, suivie du télésiège des Autannes.

 

Propulsés à 2200 mètres d'altitude en un rien de temps, nous débutons l'ascension en direction du refuge Albert 1er. À un rythme tranquille et sur un beau sentier, une longue traversée plein sud est réalisée. Le matériel d’escalade et de bivouac rendent les sacs à dos lourds. Le chemin menant à la bâtisse est nettement moins enneigé qu’il y a deux semaines, lors de ma première tentative au Chardonnet. Cependant, d’importants névés persistent et doivent être traversés pour pouvoir progresser, notamment celui sous le Bec du Picheu. Le soleil est masqué par une couche nuageuse, devenant de plus en menaçante.

 

L'itinéraire balisé opte ensuite pour la direction sud-est. Les séracs du glacier du Tour font leur apparition, rendant les lieux très esthétiques ! Vers 2500 mètres, nous rejoignons la moraine de l'étendue gelée. La progression se fait désormais sur un terrain bien plus rocailleux. En dépassant le célèbre gite, nous gagnons les plateformes destinées au bivouac, construites en amont. Pendant qu'Arnaud installe la tente, les premières gouttes de pluie entrent en jeu. Nous prenons soin de mettre toutes les affaires à l’intérieur de l'abri sommaire. Avec un temps aussi capricieux, nous décidons d'aller diner à Albert 1er, dans la salle où les réchauds sont tolérés.

 

À l'intérieur (où l'eau passe à travers le toit d'ailleurs), je remarque que je n’aurai pas assez de nourriture pour la course. Je prends donc la décision de manger l'un de mes deux plats lyophilisés ce soir et de garder l'autre pour le départ. Ayant oublié mon briquet, je demande à quelqu’un de m’en prêter un. Je n’ai pas le choix: je dois verser l’eau bouillie dans les deux sachets maintenant. Effectivement, personne ne sera là pour me prêter de quoi allumer le réchaud à notre réveil. L'idée de manger des pâtes à deux heures du matin m'écœure déjà...

 

Il est l'heure de retourner au campement, pour essayer de dormir un peu. J'entends l’orage gronder au loin, j'espère que le beau temps sera de la partie. Dans tous les cas, la nuit va être courte et agitée.

 

 

22 juillet 2013

L'alarme retentit à deux heures donc, comme prévu. Je sors de l'abri et mange mon lyophilisé. Sans hésiter, c'est le petit-déjeuner le plus difficile de ma vie. Une fois le ventre rempli, nous nous équipons pour commencer l'ascension. La première étape consiste à descendre sur le glacier du Tour, où une fine couche de neige fraiche s'est installée durant la nuit. Encordés, crampons aux pieds et piolets à la main, la seconde étape est sa traversée vers le sud, longue et monotone.

 

Le jour pointe timidement le bout de son nez, au moment où nous cernons le pied des difficultés. Une pente raide de neige, défendue par une rimaye très ouverte, doit être gravie. Il est temps de sortir le deuxième piolet, l'inclinaison est très forte. Arnaud, meilleur que moi, passe en tête. Nous franchissons l'immense crevasse sur sa droite, offrant l'unique passage possible. Une fois surmontée, nous progressons dans le contreforts rocheux du Chardonnet, issu de son arête nord. Après quelques hésitations, Arnaud entame une traversée ascendante gauche. Dans un terrain parfois mixte, l'attention est rendez-vous. En effet, l'exposition et la qualité médiocre du rocher ne sont pas à négliger. Plus haut, un couloir neigeux donne accès à la dite-arête.

 

Sur la crête, je découvre le magnifique versant septentrional de l'objectif, plus à gauche. Ce dernier est composé d'énormes séracs déversants, l'ambiance est magique ! La première portion de l'arête, entièrement en neige, est agréable à remonter. Grâce aux anciens passages, les marches se sont formées et facilitent nettement l'ascension. Quelques sections mixtes doivent être négociées, avant de buter sous la partie la plus technique de la course. Celle-ci s'apparente à une goulotte verticale, d'environ 35 mètres de haut. Lorsque l’on frappe la glace, de gros morceaux partent sous les pioches. De plus, les points d’ancrage réalisés avec les broches n'ont pas l'air des plus fiables. Les conditions ne sont pas optimales, il faut garder son sang froid pour ne pas dévisser.

 

Une fois sortis du crux, nous contournons un sérac débonnaire par la droite. D'ici, il reste une grande pente de neige à escalader, inclinée à 50 degrés environ. Elle débouche à un petit col, situé à gauche du bastion rocheux terminal. Encore une fois, les traces présentes dans la neige nous économisent grandement. En haut de la face, les derniers efforts consistent à emprunter le bastion susmentionné. Il aboutit à l'arête sommitale en neige, esthétique et très effilée.

Sur le point culminant, la vue est belle malgré le temps mitigé qui règne. Plus au sud, les grandes faces nord du massif trônent. Les Courtes, les Droites et l'Aiguille Verte dominent le paysage. Tout proche à l'est, je reconnais la silhouette de l'Aiguille d'Argentière. Cinq minutes plus tard, une cordée de trois personnes foulent le sommet du Chardonnet. Sur la crête occidentale (constituant le début de la descente), une corniche de neige se décroche sous nos yeux et plonge dans l'abime. Pas très rassurant pour le reste de la journée...

 

Quelques photos plus tard, il est temps de revenir à la civilisation. En traversant donc le fil de neige partant vers l'ouest, nous arrivons dans un grand couloir à descendre. Celui-ci tourne à droite et conduit dans une facette suspendue. Après avoir tourné un peu, nous trouvons la ligne de relais à emprunter. Nous effectuons trois grands rappels pour rejoindre le haut du glacier de l'Épaule. D'une pente soutenue, deux grosses rimayes doivent être sautées, avant de regagner le glacier du Tour.

Sa traversée est, une nouvelle fois, interminable. De retour à la tente, le bivouac est désinstallé efficacement. À bon rythme, nous retrouvons successivement le refuge Albert, puis le beau sentier de randonnée amenant au télésiège des Autannes. C'est sous la pluie que les remontées mécaniques sont rejointes.

 

L'Aiguille du Chardonnet se mérite, physique et technique sont mis à l'épreuve. L'éperon Migot est une course magnifique et variée: tous les types de terrain y sont présents. Avec les conditions rencontrées, l'engagement est important.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".