Aiguille Dibona (3131m)

21 & 22 août 2017, Écrins, France

 

Itinéraire : voie du Nain

Configuration : boucle

Départ : les Étages

Orientation principale : est

Cotation alpinisme : AD

Engagement : I

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1550 mètres

Fréquentation : peu fréquenté

Compagnon : Déodat Richard

 

 

 

Présentation du sommet

 

 

L'Aiguille Dibona est une montagne emblématique du massif des Écrins, perchée au beau milieu du cirque du Soreiller. Offrant un granite d'une qualité irréprochable, sa face sud quasiment verticale et très prisée par les grimpeurs. Le refuge du Soreiller est construit au pied de ce versant, à une altitude de 2719 mètres. Malgré l'aspect impressionnant et élancé de la cime, cette dernière possède une voie normale accessible: son arête nord. Elle mixe randonnée alpine et escalade ludique sur sa partie sommitale.

 

La voie du Nain constitue l'un des itinéraires les plus faciles. Il s'agit d'une alternative intéressante à la voie normale, plus difficile

techniquement. Le parcours est composé de cinq longueurs d'escalade, ne dépassant jamais le niveau 5a. Il aboutit à la brèche des Clochetons, où il est possible de rejoindre l'arête nord afin d'accéder au point culminant. Déodat me rendant visite dans les Alpes, nous décidons de dormir deux nuits au gite, afin d'enchainer le jour suivant avec l'arête sud de l'Aiguille Centrale du Soreiller.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

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21 août 2017

Partis ensemble de Thonon-les-Bains, nous arrivons au hameau des Étages vers 16 heures. Je gare la voiture sur l'unique parking du coin, où le Dôme et la Barre des Écrins dominent déjà le paysage à l'est. Sacs minutieusement préparés, nous nous mettons en route, bien chargés. Effectivement, n'ayant pas réservé la demi-pension au refuge du Soreiller, nous transportons deux jours de nourriture. Inutile de rappeler que la quincaillerie et les cordes, primordiales pour l'escalade, pèsent également lourd. L'objectif de cette fin d'après-midi est de rejoindre la bâtisse citée précédemment, 1200 mètres plus haut.

 

En rive droite de la vallée du Vénéon et sous un soleil encore puissant, nous enchainons les premiers lacets de cette approche. L'itinéraire se fait de plus en plus esthétique, au fur et à mesure que nous prenons de l'altitude. En face, le vallon des Étages compose en majorité le panorama, surplombé par la pointe éponyme. Plus haut, une traversée à flanc de falaise doit être réalisée. Celle-ci aboutit à une gorge, accueillant le ruisseau d'Amont. À proximité de l'Amas du Clot (comme indiqué sur la carte IGN), nous franchissons le court d'eau principal, par un pont doté d'une construction primaire. C'est à cet endroit que la silhouette surnaturelle de l'Aiguille Dibona surgit, plus au nord ! Impossible de laisser l'appareil photo dans son étui.

 

Un deuxième passage à flanc, équipé d'une sorte d'escalier en pierre, mène naturellement à la combe de la Balme. D'ici, le refuge du Soreiller apparait timidement, au pied de la face sud impressionnante de la Dibona. Sur un terrain toujours soutenu, nous gagnons rapidement en dénivelé. Les températures sont agréables, un petit vent s'est levé et nous rafraîchit quelque peu. Les autres cimes du coin apparaissent petit à petit, autour de nous. Toutes rocheuses et élancées, je comprends désormais pourquoi ce secteur des Alpes est si réputé pour la pratique de l'escalade !

Le gite est gagné vers 19 heures 30. À l'intérieur, nombreux sont les grimpeurs et alpinistes qui y dinent. Nous nous asseyons discrètement au fond de la salle à manger (après accord de la gardienne), puis mangeons à notre tour. Matériel prêt pour l'ascension de la voie du Nain, nous nous installons dans l'un des dortoirs à l'étage puis tombons de fatigue rapidement.

22 août 2017

Le réveil sonne à six heures et demie. Rares sont les matinées qui commencent aussi tard en altitude ! Un petit-déjeuner plus tard, nous voilà en route pour gravir la fabuleuse aiguille ! C'est sur un terrain très accidenté et rocailleux que la courte approche s'effectue, à droite de l'imposante face sud qui nous écrase littéralement ! Les masses granitiques de la Tour Rouge et du Plaret, deux sommets perchés plus au nord-est, ferment le cirque minéral dans lequel nous progressons.

Vers 2950 mètres, la voie du Nain est censée faire son apparition à gauche. Après dix minutes de recherche, nous la cernons grâce aux spits installés dans la roche, rendus brillants grâce aux premiers rayons de soleil. Au pied de l'itinéraire, nous nous encordons avant que mon ami passe en tête. Je l'observe et l'assure. Un quart s'écoule lorsqu'il négocie avec brio le crux de la voie: un pas de 5a sous un surplomb. Étant arrivé au relai, Déodat m'assure à son tour. Sans problème sur le départ, je passe la section technique, suite à quelques hésitations quant au mouvement à adopter.

Les deuxième et troisième longueurs sont moins difficiles, mais offrent néanmoins de beaux mouvements en 4c sur dalle. Au relai en amont, nous découvrons avec surprise une statue de nain, confortablement installée entre quatre pierres. Après une courte pause au soleil, réchauffant les troupes et la roche, Déodat enchaine ensuite les dernières longueurs de 3c. Ces dernières sont bien plus faciles. Sur ma gauche, je suis impressionné par les Clochetons Gunneng, tours rocheuses très élancées.

À leur droite, nous gagnons la brèche des Clochetons. De visuel, il est d'ici très difficile de comprendre la suite de l'ascension, qui mènerait au fameux point culminant. Effectivement, les édifices rocheux cités précédemment se dressent sur notre chemin, tels des obstacles infranchissables. Cependant, il est possible de les contourner par un système de vires astucieux, en versant ouest. Prudemment, nous suivons ce cheminement facile mais exposé.

Nous gagnons la brèche Gunneng en corde tendue, située entre les clochetons éponymes et l'arête nord de l'Aiguille Dibona. Mon ami se lance dans les dernières difficultés, pendant que je l'assure depuis cette seconde brèche. Avec 60 mètres de corde, il atteint le sommet en grimpant d'une traite les deux longueurs d'escalade, sans utiliser le relai intermédiaire. Entre ciel et terre, sur le fil de l'arête où le mot verticalité prend tout sons sens, je le rejoins. Le réel point culminant se trouve dix mètres au dessus, désormais à portée de main.

Heureux d'avoir gravi les 3131 mètres de la Dibona, si belle et si impressionnante depuis la vallée ! Confortablement installés, j'enchaine les photos. Les montagnes somptueuses de l'Oisans, que je ne connais guère, se dressent de part et d'autre. Au sud-est, le Pic Geny et la Tête du Rouget surgissent. Au nord-est, c'est le Plaret qui s'impose. Au nord, ce sont l'Aiguille Occidentale et l'Aiguille Centrale du Soreiller qui sont maîtres. Quant à l'ouest, l'Aiguille du Plat de la Selle règne sans égal.

Afin de ne pas coincer les cordes, nous décidons de faire deux rappels pour regagner la brèche Gunneng. De celle-ci, nous descendons prudemment les vires, avant de rejoindre l'approche de la voie normale en versant ouest. Gradins faciles et éboulis composent le reste de la descente. Le refuge est regagné vers 14 heures 30. Il sera notre maison encore cette nuit, pour enchainer demain matin avec l'arête sud de l'Aiguille Centrale du Soreiller.

La voie du Nain est idéale pour les personnes débutantes en escalade. Enchainer avec l'arête nord de l'Aiguille Dibona permet de gravir cette montagne emblématique, de manière esthétique et ludique.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".