Aiguille de la Tsa (3668m)

07 & 08 septembre 2017, Alpes pennines, Suisse

 

Itinéraire : face est

Configuration : aller-retour

Départ : Arolla

Orientation principale : est

Cotation alpinisme : AD-

Engagement : II

Place dans la cordée : réversible

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 1700 mètres

Fréquentation : peu fréquenté

Compagnon : Raphaël Salomon

Présentation du sommet

 

 

L'Aiguille de la Tsa est un sommet appartenant au massif des Alpes pennines, en territoire suisse. Montagne emblématique du val d'Hérens, cette dernière est surnommée le Cervin d'Arolla. En effet, depuis le village mentionné, son aspect totalement vertical se fait très impressionnant. De l'autre côté, depuis l'est, la proéminence rocheuse est bien moins massive et élancée. Elle domine le glacier de l'Aiguille et surgit comme une petite tour rocheuse, d'une hauteur d'environ cent mètres.

 

La face orientale de la Tsa constitue l'itinéraire le plus facile pour atteindre le sommet. Son escalade est souvent combinée après la traversée de l'arête ouest de la Dent de Tsalion, montagne voisine. En prenant l'approche classique, le versant est de la Tsa nécessite une longue approche, débutant d'Arolla et passant sous la cabane Bertol. Désirant profiter des dernières conditions estivales de l'année, je propose à Raphaël de m'accompagner sur deux jours, en bivouaquant.

 

 

 

Galerie

Récit de l'ascension

 

07 septembre 2017

 

Après avoir co-voituré depuis Thonon-les-Bains, nous arrivons à Arolla vers 17 heures 30. Le soleil se fait encore bien présent. Par des températures fraiches et agréables, nous préparons soigneusement nos sacs au parking. Ici, impossible d'admirer autre chose que notre objectif, l'Aiguille de la Tsa trônant sans égal dans le secteur ! C'est sous des charges lourdes que l'ascension débute, à un rythme lent face à l'imposant Mont Collon. La préoccupation de cet fin d'après-midi se résume à trouver un endroit correct où planter la tente, afin d'écourter au maximum la journée du lendemain. La première étape s'effectue plein sud, sur une route goudronnée interdite à toute circulation.

Après 30 minutes de marche sur du plat, nous traversons la Borgne l'Arolla par un pont en bois. Désormais en rive droite de la vallée, l'itinéraire se raidit quelque peu et emprunte un sentier bien marqué, serpentant au sud-est. Nous faisons désormais face aux nombreux séracs composant le glacier du Mont Collon, dominés par le sommet éponyme. La randonnée du jour, aujourd'hui déserte d'humains et d'animaux, est esthétique et longe de grandes falaises. Au niveau d'une statue de vierge, nous obliquons plein est. Une pause s'impose avant de continuer, au milieu d'un univers devenu entièrement minéral.

Les Plans de Bertol sont sous nos pieds, après avoir surmonté de nombreux lacets. Sur ces alpages d'altitude, une petite maison en pierre est construite. Les températures étant plus que fraiches, je propose à Raphaël d'installer la tente à l'intérieur, afin d'avoir un maximum de chaleur durant la nuit. Le repas du soir, très sommaire, est cependant consistant et apprécié.

08 septembre 2017

 

Le réveil sonne, il est à peine trois heures du matin. Dehors, nous entendons le vent qui souffle fort. Après un maigre petit-déjeuner, nous sortons de l'abri, prêts à nous battre. Je souffre de maux de ventre très douloureux au départ mais après une vingtaine de minutes d'effort, ils s'estompent par miracle. Au loin devant nous, les lumières de la cabane Bertol sont déjà visibles et nous dominent de plus de 600 mètres.

En pleine nuit, nous traversons les alpages puis rejoignons le glacier de Bertol par une moraine. Ce dernier s'apparente plus à un immense éboulis rocheux qu'à une étendue glaciaire proprement dite. Le remonter relève d'un effort soutenu peu agréable, de par la configuration chaotique du terrain. Il est nécessaire de contourner la cabane, perchée sur son promontoire, par la droite. Le col de Bertol est atteint, crampons aux pieds, par une pente très raide et partiellement enneigée.

Au niveau du col, nous descendons quelques mètres et gagnons l'immense glacier du Mont Miné. Crevassé, nous nous encordons immédiatement. Les premières lueurs du jour permettent de distinguer la magnifique silhouette de la Dent Blanche, ainsi qu'un bout du Cervin. Désormais, nous devons esquiver la Dent de Bertol au nord-est, par une barre rocheuse offrant une sente peu marquée. Cette dernière, très raide et parfois exposée, est équipée d'une chaine sécurisant un passage délicat. Celui-ci aboutit à gauche du point 3373, où le glacier de l'Aiguille fait son apparition.

Nous devons désormais y descendre, en perdant environ 50 mètres de hauteur. Deux grandes rimayes doivent être désescaladées, avant de remonter le glacier en rive droite. Au milieu de belles crevasses, l'attention ne doit pas être relâchée. Nous laissons le col de la Tsa plus à l'ouest, avant de longer les Douves Blanche et de gagner le pied de l'objectif au nord. Un fragment d'arête neigeux plus tard, nous laissons les sacs en bas de la face est, afin de s'économiser au mieux. Il est temps d'attaquer les réelles difficultés de la course, regroupées sur l'escalade finale purement rocheuse.

Nous y rencontrons deux autres thononais, également prêts à franchir les derniers obstacles de la sortie. Raphaël passe en tête. La grimpe est ludique et débute sur une vire ascendante gauche, aboutissant à un relai. La voie se redresse ensuite, par des dalles en rocher compact. En amont du deuxième relai, il est obligatoire de rejoindre le fil de l'arête par une fissure, montant à gauche. Très aérienne, l'arête domine la face gravie mais aussi celle donnant sur Arolla, 1500 mètres en contrebas ! Cette longueur impressionnante vient buter sous le bastion sommital, qu'il est possible de contourner par une vire sur sa droite. S'en suivent quelques gradins faciles mais enneigés, en versant nord, concluant l'ultime longueur.

Le sommet de la Tsa est gagné vers 10 heures 30 ! Le spectacle est tout bonnement grandiose, nous jouissons d'une vue d'avion sur le val d'Hérens. En direction de l'est, c'est le Weisshorn, la Dent Blanche, le Cervin et la Dent d'Hérens qui découpent l'horizon. Au nord, la Pointe des Genevois se distingue tout particulièrement et offre son plus beau profil ! Les deux chablaisiens nous rejoignent et profitent de la vue avec nous.

Après quatre rappels consécutifs, nous rejoignons la base du mur escaladé, avant de reprendre nos affaires laissées en aval de la paroi. Il est temps de débuter le long retour à la civilisation. Nous redescendons le glacier de l'Aiguille jusqu'au col de la Tsa. En condition, il constituerait un excellent raccourci. Cependant, il est aujourd'hui en glace inconsistante. Il ne serait très clairement pas raisonnable de s'y aventurer. Nous repassons donc proche du point 3373, avant de regagner prudemment le col de Bertol par le même chemin. 

 

Une pause est nécessaire sous la cabane, avant d'attaquer la très longue descente jusqu'au Plans de Bertol. Par un sentier raide et rocailleux, nous gagnons une section câblée que nous n'avions pas cernée durant notre montée nocturne. Aux Plans de Bertol, Raphaël retrouve sa tente dans l'abri. Le campement désinstallé et un café plus tard, les sacs ont à nouveau leurs poids initiaux non négligeables. Fatigués mais heureux, nous revenons machinalement au fond du val d'Hérens, avant de traverser dans le sens inverse la route goudronnée menant au parking.

L'Aiguille de la Tsa constitue une magnifique course d'alpinisme, de difficulté modérée. Une longue marche en terrain varié est nécessaire pour réaliser cette voie normale, se concluant sur une escalade ludique en haute montagne.

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".