Aiguille de Bionnassay (4052m)

31 août & 01 septembre 2013, Mont-Blanc, France

 

Itinéraire : Durier >> Dôme du Goûter

Configuration : boucle

Départ : la Gruvaz

Orientations principales : sud puis nord-est

Cotation alpinisme : AD

Engagement : IV

Place dans la cordée : en second

Conditions rencontrées : bonnes

Dénivelé positif : 3370 mètres

Fréquentation : assez fréquenté

Compagnons :

  • Nicolas Condevaux

  • Jean Tezenas

Présentation du sommet

L’Aiguille de Bionnassay est une montagne du massif du Mont-Blanc, entourée sur toutes ses faces de glaciers. Son arête méridionale la relie aux Dômes de Miage, séparée par le col de Miage (qui accueille le refuge Durier). La cime constitue souvent une étape pour atteindre le Mont Blanc, par un itinéraire technique et esthétique. Ce n'est pas pour rien que l'enchainement Dômes de Miage-Bionnassay-Mont Blanc est connu sous le nom de "traversée royale". Bionnassay, en soi, représente déjà un bel effort, quelle que soit la voie empruntée. Une course plus exigeante se dessine en face nord-ouest, nécessitant de passer une nuit au gite de Tête Rousse.

 

Connue pour sa magnifique arête nord-est effilée, la traversée de Bionnassay est réputée pour être l'une des plus belles courses des Alpes de ce genre. Ayant fait deux fois le Mont Blanc par sa voie normale, je rêvais de gravir ce sommet, bien visible depuis l'Aiguille du Goûter. Je propose donc cette course à Nicolas, proposant lui-même cette sortie à un de ces amis, Jean. Atteindre ce 4000 sera l'objectif principal des deux jours, nous verrons ensuite si nous décidons de continuer jusqu'au point culminant du massif.

Galerie

Récit de l'ascension

 

31 août 2013

 

Après avoir fait la connaissance de Jean, nous gagnons tous ensemble le parking de la Gruvaz, situé à un peu moins de 1100 mètres d’altitude. L’approche pour accéder au refuge est réputée longue et pénible. ​Certains la considèrent même comme une micro-course d'alpinisme. Ayant fait le tour du lac Léman la veille en vélo, je sens que la journée va être éprouvante. Nous débutons à l'ombre sur un sentier agréable en forêt puis atteignons les chalets de Miage, 400 mètres en amont. L’endroit est très beau et l'ambiance y est paisible. Situé juste devant l'impressionnante face nord des Dômes de Miage, le contraste entre moyenne et haute montagne rend ce lieu unique. Je constate déjà que l’accès au refuge Durier sera loin d'être aisé, avec un cheminement complexe et pentu.

 

Il faut désormais gagner le refuge de Plan Glacier, à 2730 mètres d'altitude. En traversant le vallon au dessus des chalets d'alpages, les températures estivales se font bien ressentir. Les quelques cascades d'eau de proximité sont idéales pour se rafraichir. La progression s'effectue désormais sur un sentier devenant de plus en plus rocailleux. L'herbe laisse place à un univers plus minéral, pendant qu'une couche nuageuse s'installe progressivement.

 

Nous progressons désormais sur une moraine qui mène à la bâtisse d'altitude susmentionnée. Je suis admiratif de sa position si singulière: l'abri a été construit dans la roche, à flanc de montagne. D'ici, le sentier de randonnée disparait. Nous sommes contraints à gagner du dénivelé sur un terrain bien plus raide, essentiellement composé de dalles. Quelques câbles en mauvais état sont présents pour faciliter son ascension. Escalade facile et traversées de névés sont au rendez-vous.

 

Nous devons ensuite désescalader quelques dizaines de mètres, afin de rejoindre le glacier de Miage. Ce dernier est surplombé par de nombreux séracs, cependant de petites tailles. Crampons aux pieds et encordés, nous le traversons en direction du sud-ouest puis le remontons. Nous rejoignons ensuite l'éperon rocheux directement issu du col de Miage, sur la droite. À nouveau sur un sol rocheux et délité, la dernière partie de cette approche est très longue.

 

Après 2200 mètres de dénivelé, nous accédons enfin au refuge Durier, perché à 3369 mètres d'altitude. Le brouillard se dissipe et le soleil réapparaît, ce qui permet de découvrir ces lieux magnifiques. J'entre à l'intérieur du refuge (pouvant seulement accueillir 12 personnes). Il y a du monde mais l'ambiance y est très sympa ! Nicolas rencontre même l'un de ses amis. Nous profitons d'un excellent dîner, avant de sortir admirer le coucher de soleil. En amont d'une mer de nuage, j'aperçois les sommets alentours qui rosissent. 

 

En soirée, la gardienne reçoit le bulletin météorologique, favorable pour l’ascension de demain. Un vent non négligeable serait cependant présent en altitude: 30km/h à 4000 mètres et 50 km/h en haut du Mont Blanc. Nous verrons si l'ascension du toit des Alpes est possible. Le réveil est réglé à quatre heures du matin.

01 septembre 2013

 

N'ayant dormi qu'une maigre demi-heure, je sens que cette journée sera tout aussi difficile que la première. Je me lève pour manger un petit-déjeuner conséquent. Mes deux compagnons de cordée, Jean et Nicolas, en font de même. Lorsque je sors de Durier, je suis saisi par le froid intense qui règne ici. Les températures sont basses, le regel à l'air excellent. Crampons aux pieds et encordés, il est temps de remonter la première pente de neige !

 

Peu de temps après, j'aperçois une magnifique étoile filante dans ce ciel limpide d'altitude ! Quelques pas d'escalade faciles précèdent un segment d'arête neigeuse effilée. Le soleil se lève lorsque nous buttons contre la grande partie rocheuse de la course, où la vue se fait sublime. À droite, la voie normale italienne du Mont Blanc commence à devenir visible. Derrière nous, l'Aiguille de Tré la Tête et les Dômes de Miage font également leur apparition. Le ciel prend une couleur bleue orangée et la luminosité matinale sera la bienvenue pour la partie la plus technique de la course, juste en amont.

 

Nicolas et Jean passent devant. Le rocher est pourri, rendant certains pas très délicats. L'attention doit être maximale. Mes compagnons sécurisent l'endroit en posant quelques sangles et coinceurs. Nous tirons uniquement deux longueurs durant l'escalade. Une grande écaille de rocher a l’air très instable et Jean me propose de l’arracher lorsque je serai à son niveau. N’ayant aucune cordée derrière moi, il est toujours préférable de se débarrasser de ce genre de prises trompeuses. En effet, elle pourrait s’avérer très dangereuse voir mortelle vue notre position actuelle. Lorsque je la détache, le rocher sur lequel mes pieds reposent part également: une bonne frayeur ! Heureusement, mes prises de main sont correctes. Nous sortons des difficultés rocheuses pour poser pied sur la dernière pente de neige. D'ici, il suffit de se laisser guider vers le sommet, droit devant.

 

Nous atteignons les 4052 mètres de l'Aiguille de Bionnassay. La vue est à couper le souffle et l’arête nord-est profilée, dont j'ai tant rêvé, s'avère magnifique. Le point de vue sur le Mont Blanc et sur l'Aiguille du Goûter est saisissant ! La face septentrionale de notre montagne, juste devant, tombe à pic. Je prends une dizaine de photos avant d'attaquer la traversée engagée sur le fil neigeux. Ce dernier de plus en plus étroit. Nous marchons tantôt du côté droit de l'arête, tantôt du gauche ou sur elle-même. Les quelques passages mixtes de l’arête ne sont pas donnés et la concentration doit être maximale.

 

Une fois le col de Bionnassay atteint, il est obligatoire de remonter le Piton des Italiens, une antécime rocheuse depassant les 4000 mètres dressée sur notre chemin. D'ici, il ne reste qu'à franchir une crête neigeuse rejoignant le Dôme du Goûter, bien plus facile. Nous l'atteignons 30 minutes plus tard lorsqu'un vent glacial fait surface. Relativement en retard sur l’horaire, nous prenons la décision de descendre directement au refuge du Goûter. Je regarde alors la traversée que l'on vient de réaliser, tout aussi magnifique qu'impressionnante.

 

Le retour à la civilisation, en direction du plus haut refuge de France, est très efficace. Nous nous apprêtons désormais à emprunter la voie normale de l’Aiguille du Goûter, au sein de sa face occidentale surpeuplée. Il s'agit de mon cinquième passage à cet endroit, en un mois et demi. Successivement, le couloir du Goûter, le refuge de Tête Rousse, le Nid d'Aigle et le parking du Crozat s'enchainent, en prenant notre mal en patience. Passer de 4300 à 1400 mètres d'altitude, cela ne se fait pas en une heure...

 

Au parking, deux aimables personnes nous reconduisent en voiture à proximité du parking de la Gruvaz. Une dernière petite montée est nécessaire pour retrouver ma voiture, sur route goudronnée. Le plus en forme d’entre nous, Nicolas, se charge d’y aller au pas de course.

 

Quelle journée magnifique ! Bionnassay était un rêve à mes yeux, représentant un objectif de taille. Je retiens de cette course un certain engagement lié à la qualité médiocre du rocher mais aussi à la traversée de l'arête, où le moindre faux pas serait fatal.

Carte

N.B. Les légendes présentes dans les galeries désignent toujours les sommets les plus visibles, de gauche à droite.
Toutes les photos sont non retouchées et prises par Hugo Haasser ou ses amis, excepté celles de l'onglet "Projets".